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Miles Davis & Exposition

« We Want Miles » ou le jazz face à sa légende

Sony Music
Texte par : Virginie Pironon
5 min

Soixante ans après sa première venue en France, cinquante après l’enregistrement de son chef-d’oeuvre Kind of Blue, quarante ans après le révolutionnaire Bitches Brew, la Cité de la Musique, à Paris, consacre jusqu’au 17 janvier une rétrospective à l’un des grands créateurs de la musique du XXème siècle : Miles Davis (1926-1991).

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« Rencontrer le commissaire de l’exposition, maintenant ? Vous n’y pensez même pas ! Dans quelques jours, peut-être, quand tout sera redevenu plus calme... ». En cette soirée de vernissage de l’exposition, Vincent Bessières, le rédacteur en chef adjoint du magazine Jazzman, auquel la Cité de la Musique a fait spécialement appel pour piloter l’exposition, ne sait plus où donner de la tête. Emission de radio enregistrée en simultané, interviews pour les grandes chaînes de télévision... journalistes et invités de marque, reçus sur carton d’invitation, se bousculent au portillon. 

« C’est génial », peut-on entendre ici et là dans la cohue. Originalité du parcours, dont la scénographie a été confiée à l’atelier Projectiles : proposer aux visiteurs des « chambres d’écoutes » également appelées « auditoriums miniatures » ou encore, « sourdines », en référence à la sonorité si singulière de l’artiste. « Je voulais que la musique soit au centre de l’exposition, explique Vincent Bessières. Il fallait trouver un dispositif qui permette de faire entendre la musique dans d’excellentes conditions ». Oeuvres d’art, partitions (notamment celles de Birth of the Cool et de Porgy and Bess, l’adaptation que Miles Davis et Gil Evans avaient fait de l’opéra de Georges Gershwin), instruments, vidéos : l’exposition se construit autour de ces sourdines.

Roy de Carava/ Sony Music

Du noir et blanc à la couleur
 
En raison des contraintes d’espace du musée de la musique, réparti sur deux étages, l’exposition se déroule en deux temps. La première partie, toute de noir et de blanc, s’intéresse à la naissance de l’artiste, de son enfance bourgeoise aux clubs new-yorkais jusqu’aux albums de la consécration comme Birf of the Cool (1949) et Kind of Blue (1959). Les visiteurs peuvent notamment écouter une sélection de morceaux de jeunesse de l’artiste, qui reçut sa première trompette à 10 ans, sur un vieux poste TSF datant de 1930. Juste au-dessus, une citation de Miles Davis : « (...) l’année après ma naissance, une violente tornade ravagea Saint Louis. Peut-être suis-je encore animé par son souffle puissant. Il faut du souffle pour jouer de la trompette ». Au milieu des photographies et des partitions, deux pièces à couper le souffle, justement : dans une demi-obscurité trônent deux peintures majeures du peintre américain Jean-Baptiste Basquiat, Bird of Paradise et Horn Player, immense tryptique qui rend hommage à Charlie Parker et Dizzy Gillespie, deux musiciens pour qui Miles Davis conserva la plus grande estime. Devant ces deux chefs-d’oeuvre, deux jeunes femmes, ravies, se prennent en photo.

Changement de look et de sonorité

La deuxième partie de l’exposition, toute en couleurs vives, se concentre, elle, sur les années post-68. « C’est à partir de ce moment-là, explique Vincent Bessieres, que Miles Davis a fait sa révolution, en ouvrant le jazz à d’autres influences, comme le rock, le funk, ainsi que d’autres musiques plus métissées ». Une ouverture qui correspond également à un changement de look et d’environnement sonore, puisque c’est le moment où entrent dans son orchestre des instruments comme la guitare, la basse électrique ou les claviers.

Sur les murs : des peintures de Miles Davis. L’artiste se met en effet à dessiner en 1982 pour rééduquer sa main qui, à la suite d’une attaque, est restée partiellement paralysée. Mais les visiteurs peuvent également apercevoir des trompettes de l’artiste, qui aimait jouer sur des instruments personnalisés. Parmi elles, une trompette recouverte d’un vernis bleu-vert étrangement clinquant... Séries télévisées, publicités (pour les scooters Honda ou la liqueur japonaise Van Aquacif), soirées caritatives, le musicien était constamment sollicité. Signe que son public se situe bien au-delà du seul cercle des amateurs de jazz : en 1986, en veste à paillettes, affublé d’un foulard à poids sur canapé zébré, le trompettiste est invité à participer à l’émission française Les enfants du rock, où il se prête, avec une parfaite mesure du personnage qu’il incarne et la fascination qu’il inspire, à un jeu de questions-réponses.

Pourquoi Paris pour une première grande rétrospective ?
 
Pour Vincent Bessières, il s’agit d’un choix naturel : la ville-lumière aurait eu une très grande importance dans sa vie. N’est-ce pas là, lors de sa première venue en 1949, qu’il tombe amoureux de la chanteuse Juliette Gréco ? N'est-ce pas là qu'il enregistre en 1958 la Bande Originale d'Ascenseur pour l'échafaud de Louis Malle ? « La place de cet artiste dans l’histoire du jazz moderne est centrale, affirme le commissaire. C’est une personnalité qui a fait évoluer cette musique sans arrêt, en innovant sur le plan de l’improvisation, en introduisant des notions comme la modalité, qui change la base sur laquelle les musiciens improvisent... ». Vers la fin de sa carrière, le jazz est devenu pour lui un lieu de fusion, un lieu de métissage, une musique qui emprunte à d’autres sources comme le rock ou bien le hip-hop. Au moment de sa mort, Miles Davis travaillait en effet à un album où se mêlaient jazz et rap.

Clou de l’exposition : la retranscription, dans une salle à part, sur grand écran du concert de Miles Davis à la Villette (déjà !) en 1991. Pour la première et dernière fois, l’artiste accepte de se retourner sur son passé. Ironie de l’histoire : la cité de la musique était alors en construction. Les spectateurs peuvent d’ailleurs voir le chantier en arrière-fond...
 

Répétition
Répétition Sony Music

 

 

 

 

 

 
 

 

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