Accéder au contenu principal
Allemagne

L'un des derniers grands procès nazis s'ouvre à Munich

250 000 hommes, femmes et enfants juifs sont morts dans le camp d'extermination de Sobibor, en Pologne.
250 000 hommes, femmes et enfants juifs sont morts dans le camp d'extermination de Sobibor, en Pologne. Reuters / Peter Andrews
4 min

John Demjanjuk, 89 ans, apatride d’origine ukrainienne, est jugé pour avoir participé – en tant que gardien - au meurtre de 27900 juifs dans le camp d’extermination nazi de Sobibor. En tête de la liste des criminels nazis établie par le Centre Wiesenthal, il nie les accusations en bloc.

Publicité

Pour le directeur du Centre Wiesenthal à Jérusalem, Ephraïm Zuroff, ce procès de John Demjanjuk est un moment clé de l’Histoire : « On va enfin savoir son rôle exact dans la machine d’extermination ». C’est également l’espoir de Jules Schelvis, partie civile et témoin au procès. Le Néerlandais aujourd’hui âgé de 88 ans, qui a survécu au camp de Sobibor (aujourd'hui en Pologne) mais y a perdu sa femme Rachel, attend que justice soit faite : « Justice, c’est le mot qui tourne tout le temps dans ma tête, même après tant d’années ».

Ce procès à Munich, sous les feux des projecteurs du monde entier, n’est pas le premier pour John Demjanjuk, né en 1920 sous le nom d’Ivan Demjanjuk en Ukraine. Il y a 20 ans, il a échappé de justesse à la peine de mort en Israël. En 1988, il y avait été condamné pour avoir été gardien au camp de Treblinka, où les prisonniers l’auraient surnommé « Ivan le Terrible » à cause de sa cruauté, mais suite à des doutes sur son identité, l’accusé a été acquitté.

Une carte d’identité, pièce maitresse de l’accusation

Cette fois-ci, l’accusation affirme pouvoir prouver la culpabilité du présumé exécutant de l’Holocauste pour des faits semblables. Une carte d’identité établie par les SS au nom de Demjanjuk servira de pièce maîtresse de l’accusation. Elle prouverait son transfert depuis Trawniki, le centre de formation des gardiens de camp de concentration, vers Sobibor.  Dans ce camp de la mort, 30 membres des SS et 120 gardiens étrangers ont gazé, tué par balle ou battu à mort quelque 250.000 hommes, femmes et enfants. En tant que gardien étranger, John Demjanjuk y aurait envoyé à la mort 27.900 juifs entre mars et septembre 1943, la plupart d’origine néerlandaise.

John Demjanjuk a toujours nié les faits. Lorsque les juges israéliens lui ont posé la question « avez-vous jamais tué quelqu’un ? », il a répondu : « Jamais. Je ne peux même pas tuer un poulet. C’est toujours ma femme qui s’en charge ». Selon sa version des faits, il n’aurait été gardien de camp à aucun moment de sa vie. John Demjanjuk affirme avoir été capturé en 1942, alors qu’il servait dans l’armée rouge et dit avoir été ensuite prisonnier jusqu’à la fin de la guerre.

Demjanjuk coulait une vie paisible aux Etats-Unis

En 1953, après quelques années passées en Bavière, John Demjanjuk émigre aux Etats-Unis pour s’installer à Cleveland dans l’Etat d’Ohio. Ouvrier chez Ford, il y mène une vie discrète, élève trois enfants avec son épouse Vera et prend soin de son jardin potager, selon des témoignages de voisins.

Ses ennuis juridiques commencent à partir de 1977, lorsque des survivants identifient Demjanjuk comme « Ivan le Terrible » du camp de Treblinka en Pologne. Déchu de sa nationalité américaine, il peut être jugé en Israël, mais lorsqu’en 1993, la Cour suprême israélienne l’acquitte, il reprend sa vie tranquille aux Etats-Unis.

En 2002, il perd à nouveau sa nationalité américaine pour avoir menti sur son passé. La famille de John Demjanjuk lance alors une bataille juridique acharnée contre son expulsion, perdue définitivement en mai 2009. Le 11 mai, un avion sanitaire le transporte à Munich en Allemagne, où le vieil homme gagne la prison sur un brancard, intubé. « Malheureusement, du fait de son état de santé, mon père ne survivra probablement pas physiquement au procès  », a commenté son fils, John Jr., qui met en avant les nombreux maux de son père, dont une maladie de la moelle osseuse.

Les audiences sont limitées à deux séances de 90 minutes par jour pendant trois jours de la semaine au plus. Des survivants, des proches de victimes et plus de 200 journalistes suivront l'ouverture du procès. La salle 101 avec ses 147 places dans le petit tribunal de Munich ne suffira pas pour répondre aux demandes.

Daprès ses avocats, John Demjanjuk – le criminel le plus recherché selon le Centre Wiesenthal - risque de se murer dans le silence durant son procès.

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail

Page non trouvée

Le contenu auquel vous tentez d'accéder n'existe pas ou n'est plus disponible.