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Cinéma

Second souffle pour le Soudan Ciné à Bamako

La façade du Soudan Ciné.
La façade du Soudan Ciné. Olivia Marsaud/RFI
Texte par : Olivia Marsaud
4 min

Le cinéaste mauritanien Abderrahmane Sissako a décidé de lui redonner vie quinze ans après sa fermeture. Le réalisateur d'En attendant le bonheur entend bien redonner tout son lustre à une salle qui a laissé des souvenirs impérissables à toute une génération. Son ambition, faire du Soudan Ciné le centre culturel de la capitale malienne. 

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 A Bamako, tout le monde connaît le Soudan Ciné. L'endroit a beau être fermé depuis 15 ans, il suffit de prononcer son nom pour que les chauffeurs de taxi soient pris de nostalgie. Ouvert avant l'indépendance, il a en effet fait les belles heures de la cinématographie mondiale dans la capitale malienne : on venait y voir des films français, américains ou asiatiques. Et des vocations y sont nées... Il ne reste de cette belle époque que quelques bobines poussiéreuses dans la salle de projection : La chevauchée sauvage, Bako, un film des années 70 sur l'immigration, une bobine hollandaise et un documentaire sur la conquête spatiale russe... L'édifice à l'architecture d'inspiration sahélienne a toujours belle allure et fait partie du patrimoine bamakois. Le réalisateur mauritanien Abderrahmane Sissako, qui l'a fréquenté dans son enfance, a décidé de lui redonner vie. 

« Les installations, laissées en l'état, ont été vendues par le gouvernement au groupe malien Tomota, qui s'est engagé à maintenir l'activité cinématographique. M'impliquer dans une salle qui permette une plus grande visibilité du cinéma africain, c'est un devoir, c'est pourquoi j'ai relevé le défi de la rénovation et de la réouverture du Soudan Ciné. À Bamako, il y a une seule salle de cinéma, à 700m d'ici, le Babemba, dont la programmation, américaine, n'a jamais donné l'opportunité à un film africain d'être vu et confronté au public ». Le Soudan Ciné va être transformé par une équipe d'architectes spécialisés qui ont déjà travaillé sur la Cinémathèque de Tanger et le Cinéma de Kaboul.
 

Le réalisateur Abderrahmane Sissako (c).
Le réalisateur Abderrahmane Sissako (c). Olivia Marsaud/RFI

Le projet prévoit deux salles de spectacles polyvalentes permettant d'accueillir des projections numériques. « Il y aura les mêmes moyens techniques que dans les grandes salles européennes. Le lieu sera multifonctionnel car on ne peut pas, comme en Europe, commencer les séances le matin. Ici, les gens vont au cinéma le soir. Il faut donc aussi en faire une salle de conférences, de musique, de danse. On est très ambitieux, on veut en faire le coeur de Bamako, un coeur culturel ». Côté programmation cinématographique, Abderrahmane Sissako répète qu'il ne veut pas d'un lieu d'art et d'essai élitiste : « Ce sera un cinéma pour les Bamakois, avec des films qui les feront rêver. Une belle salle ne doit pas être seulement dédiée aux gens riches. On réfléchit à un système de sponsor des billets, pour toucher des gens qui ne vont jamais au cinéma. Moi, j'ai rêvé devant les western spaghetti quand j'étais enfant, je veux donner cette chance à d'autres ».

Pour donner corps à ce rêve, le réalisateur a lancé, via son association Des Cinémas pour l'Afrique (dont Juliette Binoche est vice-présidente), une campagne de souscription lors du dernier festival de Cannes, auprès de donateurs publics et privés. Les fauteuils du Soudan Ciné sont donc mis en vente symboliquement, à 5000 euros pièce, pour contribuer à sa rénovation. « Des personnalités, comme Barbara Hendricks, et des institutions, comme l'UEMOA, ont déjà acheté des fauteuils », précise Olivier Poivre d'Arvor, le directeur de CulturesFrance, qui soutient l'initiative. « C'est un projet très singulier, anachronique par rapport à tout le discours sur la disparition des salles, mais qui me semble en avance sur son temps. Nous sommes en train d'imaginer une collecte pour que les Bamakois puissent participer, même modestement, avec quelques centaines de Fcfa, à l'achat d'un fauteuil qui leur sera dédié. On espère terminer la collecte en mai ». Et Abderrahmane Sissako de conclure : « Le Soudan Ciné est un projet pilote qui s'intègre dans une démarche panafricaine. Nous voulons pousser les gens à croire au projet de Bamako et l'initier dans d'autres pays. Ce cinéma, pour moi, sera une fenêtre sur le monde ».

Ouverture prévue fin 2010 si tout va bien... Ce qui réjouit Mamadou Diakité, la « mémoire » du Soudan Ciné. Caissier, technicien... il a tout fait ici. Depuis 15 ans, il attend sa réouverture. « Tous les jours, je m'assois sur le banc, devant le cinéma, de 8h30 à 13h30. Je suis à la retraite mais c'est mon plaisir. Ma famille le sait, elle ne vient pas me déranger », explique le vieil homme. « Ce qui changera avec la réouverture ? Je quitterai le banc et je m'assierai dedans ! »

 

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