BOLIVIE/Présidentielle

Evo Morales : un second mandat à portée de bulletin

Meeting de clôture du Mouvement vers le socialisme.
Meeting de clôture du Mouvement vers le socialisme. Reza Nourmamode / RFI

Le président socialiste semble assuré d’une large victoire grâce à l’appui des couches populaires et indigènes du pays. Larguée dans les sondages, l’opposition de droite appelle à faire barrage au « projet totalitaire » de Morales.

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De notre correspondant à La Paz

« Nous ne devrions même pas faire campagne, nous allons gagner avec 80% ! », s’époumone Juana, militante du parti MAS (Mouvement vers le socialisme), lors d’une marche de soutien à la candidature d’Evo Morales, quelques jours avant le scrutin. La victoire du leader socialiste ne fait en effet aucun doute dans le pays le plus pauvre d’Amérique du Sud.

Après quatre années au pouvoir, l’allié du Vénézuélien Hugo Chavez est crédité dans les sondages d’au moins 50% des voix dès le premier tour contre à peine 20% pour son principal adversaire Manfred Reyes Villa, candidat de la droite libérale.
« Ce qui va être validé, analyse le politologue français Hervé Do Alto, c’est notamment l’impasse stratégique de la droite face à l’hégémonie du MAS. Une droite qui, à défaut de programme, a tout misé sur des personnes incarnant sa frange la plus radicale ».

Reyes Villa, ancien officier militaire, a commencé sa carrière politique dans les années 1990 au sein du parti ADN de l’ex-dictateur Hugo Banzer. Elu gouverneur de la région de Cochabamba en 2005, il en est chassé par referendum l’an passé et est actuellement accusé par la justice bolivienne de malversations financières durant sa gestion. Quant à son colistier, Leopoldo Fernandez, candidat à la vice-présidence, il réside depuis plus d’un an dans… une cellule de prison. Ancien gouverneur du Pando, il est accusé par le gouvernement d’être lié à un massacre de paysans indiens survenu en septembre 2008.
Face à ce ticket, le MAS joue sur du velours : « Quand j’ai appris les noms des candidats de la droite, s’amuse Evo Morales,  j’ai été ravi : il y en a un qui fait campagne pour sortir de prison et l’autre pour ne pas y rentrer ».

Un large soutien auprès des couches défavorisées

Au-delà des difficultés de la droite, qui n’a jamais réussi en quatre ans à construire une opposition crédible, le président sortant bénéficie d’un large soutien auprès des couches défavorisées.
Sa recette ? La promulgation d’une nouvelle Constitution offrant protection et droits inédits aux 36 ethnies indiennes du pays, une série de nationalisations dans certains secteurs clés comme les hydrocarbures, et la redistribution des nouveaux dividendes aux populations fragiles grâce un nouveau système de pensions.
Indienne Aymara, Elena Poma a suivi les cours d’alphabétisation dispensés gratuitement aux adultes sortis trop tôt du système scolaire : « c’est le premier président de la Bolivie qui s’est souvenu de nos régions rurales, de nos communautés indigènes. Jamais avant nous n’avions reçu ces aides, explique-t-elle. Nous ne sommes plus discriminés comme avant. Maintenant nos enfants, qu’ils parlent aymara, quechua ou espagnol, peuvent réussir dans la vie. Avant, la femme indienne en habit traditionnel ne pouvait pas rentrer dans les bureaux. Aujourd’hui nous pouvons. »

Une dimension symbolique

Pour Idon Chivi Vargas, avocat et spécialiste du droit indigène au sein du ministère bolivien de la Justice, la dimension symbolique du premier président indien de l’histoire du pays joue également dans l’adhésion populaire : « Le processus de décolonisation en cours a généré un sentiment d’estime de soi national, assure-t-il. A partir de là, l’identité indigène ne sera plus jamais vilipendée. C’est comme Evo Morales qui entre au Palais présidentiel et qui dit : ' nous allons rester, nous ne sommes pas de passage '. C’est un message symbolique : il ne peut rien se passer en Bolivie sans nous autres, les indigènes. Que vous le vouliez ou non ».

Héros du peuple pour la gauche et les mouvements indigènes, Evo Morales est qualifié de populiste par l’opposition. « Les indigènes ont bien peu de conscience, pense Esperanza Rada, candidate à la députation pour le parti de centre droit Unité Nationale. On leur donne quelque chose, et ils acceptent. Nous en revanche, gens de la classe moyenne, nous avons encore une tête pour penser et nous ne devons pas nous tromper une fois de plus ».

Fort de sa popularité, Morales a appelé ses partisans à se mobiliser pour obtenir deux tiers des sièges dans le futur Parlement bolivien et ravir la majorité au Sénat actuellement tenu par la droite qui appelle à faire barrage au « projet totalitaire » du MAS et dénonce l’organisation d’une « fraude à grande échelle » de la part du gouvernement.
Côté promesses, Evo Morales a juré de transformer la Bolivie en « puissance industrielle », de renforcer la protection sociale, et de démocratiser l’accès aux télécommunications. « Nous nous engageons de nouveau à travailler pour l’égalité et la justice, a ajouté le vice-président Alvaro Garcia Linera lors du dernier meeting de la campagne du MAS à El Alto, la banlieue des pauvres et des indiens qui surplombe La Paz.

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