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Chili / Election présidentielle

La droite aux portes de la Moneda

Sebastian Piñera, candidat de la droite à l'élection présidentielle chilienne et sa femme, lors de leur meeting de fin de campagne, à Santiago, le 10 décembre 2009.
Sebastian Piñera, candidat de la droite à l'élection présidentielle chilienne et sa femme, lors de leur meeting de fin de campagne, à Santiago, le 10 décembre 2009. Reuters / Ivan Alvarado
Texte par : Claire Martin
4 mn

Huit millions d’électeurs chiliens étaient appelés dimanche 13 décembre 2009 à élire leur président, leurs députés et une partie des sénateurs. Les sondages sont formels : le candidat de droite, Sebastian Piñera, arriverait en tête des quatre principaux candidats en lice pour l'élection présidentielle. Pour la première fois depuis le retour de la démocratie.

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Avec notre correspondante à Santiago du Chili 

Sebastian Piñera doit déjà rêver au doux velours du fauteuil présidentiel. S’il s’est présenté il y a plus d’un an comme le candidat unique de la droite, il a toujours été donné favori, obtenant entre 36 % et 44 % selon les sondages. Du jamais vu depuis le retour de la démocratie au Chili.

Depuis vingt ans, c’est la même coalition de centre-gauche, la « Concertation » (composée de socialistes, de démocrates-chrétiens et de radicaux), qui dirige le pays. « Une coalition à bout de souffle, divisée, qui vit peut-être ses dernières heures », souligne Carlos Huneeus, directeur de l’institut de sondages Cerc. De fait, sur quatre candidats en lice, trois sont issus de la «Concertation» : le candidat officiel, le sénateur démocrate-chrétien Eduardo Frei (26 %), le député Marco Enriquez-Ominami (19 %), qui a claqué la porte du parti socialiste pour se présenter comme indépendant, et le socialiste Jorge Arrate (5 %), qui se présente pour les partis communiste et humaniste.

Divisions à gauche, union à droite


Des divisions qui avantagent Sebastian Piñera. L’ancien sénateur (entre 1990 et 1998) se présente, à 60 ans, comme le candidat de l’alternance de la droite unie, devenue fréquentable. C'est comme si la mort, il y a tout juste trois ans, de l’ancien dictateur Augusto Pinochet avait débarrassé la droite de la vieille figure tutélaire, permettant à nombre de ses leaders de se refaire une image, loin de la dictature (1973-1990) à laquelle beaucoup ont participé.

Sebastian Piñera, lui, a voté « non » au référendum de 1988 qui proposait le maintien au pouvoir du dictateur. Cela fait de lui un démocrate. Cet homme d’affaires milliardaire se veut plus centriste que son alliance. Il promet de poursuivre la politique de protection sociale menée par la présidente sortante Michelle Bachelet, qui ne peut briguer un nouveau mandat. Cette politique explique aujourd’hui son record de popularité (plus de 77% de soutien). Plus progressiste aussi, Piñera propose un PACS à la chilienne pour les hétérosexuels et les homosexuels, au grand dam des plus conservateurs de sa coalition, liés à l’Opus Dei et aux Légionnaires de Dieu.

Polarisation sur la dictature

La «Concertation» a mis les bouchées doubles cette semaine. Son chef de file, le démocrate-chrétien, Eduardo Frei Ruiz-Tagle, 67 ans, a perdu son père, du même nom, en 1982. Or lundi, le juge Alejandro Madrid a révélé que celui-ci, l’ancien président Eduardo Frei Montalva (1964 -1970) avait été assassiné par les sbires de Pinochet. « Cette révélation judiciaire a polarisé la campagne autour d’un des seuls sujets qui semblent encore séparer la gauche de la droite aujourd’hui, celui des violations des droits de l’homme », souligne le politologue René Jofré. D’autant que Sebastian Piñera s’est publiquement engagé début novembre auprès des militaires à la retraite poursuivis par la justice à accélérer leurs procès.
 

Les hommes et les femmes votent séparément. Les Chiliens évitent d'aller voter trop tôt, par crainte d'être réquisitionnés comme assesseurs.

Les bureaux de vote ont ouvert leurs portes

Le phénomène de cette campagne, qui a secoué l’establishment et capté le vote des partisans mécontents de la «Concertation», a seulement 36 ans. Le député indépendant Marco Enriquez-Ominami a peu de chance de passer au second tour, selon les sondages, mais ce cinéaste médiatique – qui a passé toute son enfance en France dans l’exil – a réussi à mettre sur la table le problème du vieillissement des élites politiques, du manque de démocratie des partis politiques. Ce fils du révolutionnaire d’extrême-gauche, Miguel Enriquez, assassiné sous la dictature alors que Marco n’avait encore que trois mois, a également présenté pour la première fois une candidature transversale, réunissant droite et gauche sous la même bannière.

Quant au quatrième candidat, Jorge Arrate, il est parvenu à dérider la campagne. « Ce vieux baroudeur de la politique de 67 ans est le meilleur candidat de cette campagne », souligne Marta Lagos, directrice de l’institut de sondages Mori. Il a mené sa campagne selon ses idées progressistes et non d’après les sondages. Le hic, c’est qu’il se présente sous les couleurs du PC qui capte peu de voix au Chili. Il pourrait quand même marquer un record pour ce parti. 

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