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France / Egypte

La France rend à l'Egypte des fragments de peintures murales

Le président français Nicolas Sarkozy et son homologue égyptien, Hosni Mubarak, au palais de l'Elysée à Paris le 14 décembre 2009.
Le président français Nicolas Sarkozy et son homologue égyptien, Hosni Mubarak, au palais de l'Elysée à Paris le 14 décembre 2009. Reuters
Texte par : RFI Suivre
8 min

Les cinq fragments de fresques murales proviennent de la tombe d'un dignitaire de la 18e dynastie égyptienne datant de plus de 3 000 ans. C'est la fin d'un long bras de fer entre le musée du Louvre propriétaire de ces pièces et le Conseil suprême des antiquités égyptiennes. La restitution s'est déroulée à l'Elysée ce lundi 14 décembre 2009 lors de la visite officielle du président égyptien Hosni Moubarak. 

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Ce dossier, culturel au départ, est ensuite devenu politique. Le porte-parole du Quai d'Orsay, Bernard Valéro, nous donne la version officielle de cette restitution : « Je n’ai pas de précisions sur les modalités de la restitution. Je ne sais ni où, ni quand. Je ne suis pas la bonne personne pour répondre à cette question. Il faudrait mieux que vous vous adressiez soit à la présidence de la République, soit au Louvre. De notre point de vue à nous, au Quai d’Orsay, il peut y avoir d’autres regards sur le problème, des regards politiques, des regards culturels, mais nous notre regard, il est juridique. La France a signé et ratifié en 1997 cette convention de l’Unesco et il va de soi que nous devons la respecter. Ce qui est en jeu, c’est naturellement la force de l’engagement international de notre pays et la parole de la France ».

On peut éventuellement en conclure qu'aucune négociation n’a été faite d’Etat à Etat et cela expliquerait pourquoi la restitution se fait entre les deux chefs d’Etat. Il y a ce qui se dit, ce qui ne se dit pas, ou encore, ce qui se murmure tout bas. Il semble qu’au prochain sommet Afrique-France qui doit se tenir au Caire en février 2010, le président Moubarak aurait l’intention d’accueillir sur le sol égyptien le président soudanais el-Béchir. On peut imaginer l’incident diplomatique entre l’Egypte et la France et c’est pour adoucir et réchauffer les relations bilatérales que la France, le président de la République en personne, se charge de cette mission.

Cela pourrait se résumer ainsi : « Je vous donne vos fresques et vous m’évitez de croiser un homme recherché par le Tribunal pénal international à qui je serai obligé de serrer la main ». Si l’on cherche à redevenir ami-ami c’est que les liens se sont distendus. Dans les milieux gouvernementaux français, on met ce coup de semonce du Caire sur le compte du climat de suspicion qui règne entre les deux pays après l’échec de la candidature de Farouk Hosni, le ministre égyptien de la Culture, au poste de directeur général de l’Unesco. La presse égyptienne attribue en effet cet échec à la campagne virulente menée par plusieurs intellectuels français, dont Bernard-Henri Lévy, contre ce proche du président Moubarak.

Voilà comment un dossier patrimonial devient un dossier politique au terme d’un long feuilleton à rebondissement porté et nourri par le très puissant chef du service des antiquités égyptiennes, Zahi Hawass. C’est lui en effet qui, depuis deux ans, mène une campagne soutenue, agressive et presque « terroriste » disent certains pour que les chefs d’œuvres antiques reviennent en Egypte.

Un prince du Nouvel Empire

Tout commence début 2008 suite à la découverte de la nécropole d’un certain Tetiky, prince du Nouvel Empire, vers 1550 avant J.-C.. C'est lui le héros de cette histoire. Sa tombe, qu’on croyait perdue, est redécouverte. Les archéologues constatent que les peintures murales ont été largement arrachées. Les Egyptiens font alors le tour des collections ; ils n’ont pas de mal à retrouver les fresques dans la base de données du Louvre.

Dès janvier 2008, Zahi Hawass écrit à Henri Loyrette président directeur du musée du Louvre ; ce dernier décide de mener une enquête sur ces acquisitions faites de bonne  foi. Mais il découvre vite que « des doutes sérieux » sont apparus sur la légalité du transfert de ces fresques. La commission scientifique nationale des musées de France se rend compte que ces pièces légalement vendues ont été volées et dès lors elle ne voit pas d’objection à rendre les éléments égyptiens conformément à la convention de l’Unesco de 1970 sur la lutte contre le trafic de biens culturels.

Une affaire d'Etat

Pour le Conseil des antiquités du Caire, il y a maldonne. Zahi Hawass, son directeur, accuse le Louvre d’avoir acheté ces objets en connaissance de cause et réclame leur restitution. La France ayant tardé à réagir, l’Égypte a annoncé, le 6 octobre, la suspension de ses relations archéologiques avec le musée.

Dans un geste d’apaisement, Frédéric Mitterrand, le ministre français de la Culture, a annoncé le 7 octobre dernier que la France est prête à rendre les pièces en question si l’illégalité de leur provenance est prouvée et si la Commission scientifique nationale des collections muséales de France donne un avis favorable. Le 9 octobre, la Commission adopte un avis favorable à la sortie des œuvres. C’est la première fois qu’elle prend une telle décision de «déclassement».

Ces pièces ont été acquises par le Louvre entre 2000 et 2003. Le Louvre les avait achetées pour quelque 100 000 euros. Quatre ont été achetées en 2000 à la galerie Maspero, une cinquième fut acquise à Drouot, pour 23 000 euros en 2003. Il est question d’une collection de diplomate français entrée en Europe entre 1915 et 1925.

Ces oeuvres murales sont de petite taille (environ 15 cm de large sur 30 cm de haut), on parle de « fresques », et même de « stèles » ; il s’agit en fait de peintures murales qui représentent des scènes de cueillettes de la vie. Ces figures assez raides, sont tracées à la détrempe sur enduit sec, recouvrant un mortier de terre paillée.

Chasse aux trésors

L’Egypte lance la chasse à ses trésors et ce n’est plus un phénomène isolé. De plus en plus de pays de culture ancienne, l’Egypte, l’Inde, la Grèce, l’Afghanistan, la Chine revendiquent leur souveraineté sur leur patrimoine dispersé dans le monde, souvent à la faveur de la colonisation, et réclament la restitution de leur trésors pillés par des musées occidentaux : la pierre de Rosette au British Muséum, le buste de Néfertiti au musée égyptien de Berlin...

En février dernier, le Royaume-Uni a montré la voie en rendant à l’Afghanistan quelque 2 000 pièces, des statues en ivoire. Ces œuvres d’une valeur inestimable dormaient dans les sous-sols des musées anglais et depuis octobre dernier les Afghans peuvent les admirer au musée de Kaboul. Mais la question du retour des biens culturels dans leur pays d’origine partage archéologues et conservateurs comme l'explique Eric Delpont, directeur de collection à l’Institut du monde arabe : « Dans l’absolu, on peut comprendre le bien-fondé bien entendu puisque chaque peuple a à cœur de conserver chez lui les plus belles pièces ou les pièces les plus marquantes de son patrimoine. Cela se comprend tout à fait. Maintenant en ce qui concerne le retour des objets, il faut voir aussi dans quelles conditions ces objets ont pu quitter leur territoire d’origine. Et c’est là où il y a une brèche argumentaire pour éventuellement justifier un retour, et encore faut-il que ce retour soit digne de préserver l’objet tel qu’il l’aura été jusqu’à maintenant, puisque généralement les pièces qui sont parties ailleurs ou à l’étranger, pour parler d’une façon un peu abrupte, sont généralement des pièces maîtresses qui sont conservées dans de très bonnes conditions, souvent bien étudiées, bien mises en valeur. Lors d’une restitution, la moindre des choses est évidemment de s’assurer que la vie de ces objets perdure dans le temps. Mais c’est vrai que si on réfléchit un peu plus, cela remet en cause plus ou moins la notion même de musée encyclopédique puisque si chacun devait récupérer l’intégralité de son patrimoine, que connaîtrions-nous des autres ? ou de l’autre d’une manière générale ? »explique Eric Delpont.

Reprise en mains

Avec cette reprise en main énergique par des pays qui ont des œuvres dans les pays occidentaux, les musées ne vont-ils pas se vider ? C'est là qu'il faut distinguer les objets prélevés sauvagement, lors des conflits, les guerres, pendant la colonisation, les objets frauduleusement acquis et les œuvres données ; ainsi, l'obélisque qui trône place de la Concorde à Paris est un don de l'Egypte à la France en 1830. La France en retour a offert une horloge qui orne aujourd'hui la citadelle du Caire, mais qui, pour l'anecdote, n'a jamais fonctionné, du moins aux dires des Cairotes. Le deuxième obélisque a été officiellement rendu à l'Égypte par le président François Mitterrand, lors de son premier septennat. Il y a le cadre juridique et les choix discrétionnaires.

Tout est bien qui finit bien. La France rend ce lundi 14 décembre 2009 cinq fragments de peintures murales à l’Egypte ; une pièce est remise ce jour par le président Sarkozy à son homologue égyptien Hosni Moubarak. Les autres pièces seront transmises à l'ambassade égyptienne à Paris. Une procédure exceptionnelle conforme à la loi sur les musées de France de 2002 et à la ratification, en 1997, par la France, de la convention de l’Unesco. 

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