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Réchauffement climatique

L'eau en Chine : ressource gaspillée et mal gérée

Rivière polluée dans la ville de Zhugao en Chine, dans la province du Sichuan, en février 2009.
Rivière polluée dans la ville de Zhugao en Chine, dans la province du Sichuan, en février 2009. AFP/Peter Parks
Texte par : Xiu Wen Wang
5 min

La région de Pékin, l’une des grandes régions métropolitaines, est marquée par une grave pénurie d’eau, et connaît un déficit en approvisionnement d’eau, une réduction continuelle du stock d’eau dans les deux principaux réservoirs d’eau de surface : Guanting et Miyun. Rencontre avec FENG Yongfeng , journaliste et écrivain écologiste chinois. Ce dernier explique que la pénurie est liée d'une part à la croissance démographique de la région et, d'autre part, à la construction massive des barrages en amont des fleuves, lesquels perturbent le fonctionnement du bassin et l’approvisionnement en eau de la région.  

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La baisse du niveau des nappes d’eau souterraines n’est pas un phénomène récent. Cette question de l'insuffisance des ressources en eau s’est déjà posée dans les années 1980 et 1990. Mais, face à l'ampleur de la pénurie actuelle, la ville de Pékin se voit contrainte à opter pour des mesures de secours d'urgence. Dans une quasi impossibilité à résoudre ce problème au plan local, les autorités compétentes ont donc choisi de détourner de l’eau en partie d’un fleuve de bassin voisin et ... de la mer.

Pour répondre aux besoins d'une population en fort accroissement, le gouvernement envisage le transfert de l’eau du sud (bassin du Yangzi) vers le nord (grande plaine de Chine du Nord). Les évolutions technologiques d'assainissement des eaux usées et du dessalement de l’eau de mer permettent par ailleurs d'envisager le pompage de l’eau de mer puisque Pékin n’en est pas éloignée.

Déstabilisation des écosystèmes et perte biodiversité

La Chine est entrée dans une ère de « dégradation de l’eau » liée aux activités humaines -qu'il s'agisse de pollution, de gaspillage en milieu rural et urbain, de dégradation écologique fluviale. Auparavant, on parlait souvent de la pénurie de l’eau, de l’eau sale, de pénurie d’accès aux ressources d’eau, de pénurie de l’eau de surface et de pénurie des nappes souterraines. A cette «pénurie», s'ajoute désormais son corollaire, la dégradation de la biodiversité. Là où résident la faune et la flore aquatique, soit l’eau est polluée soit l’écosystème fluvial est devenu inexistant. Ainsi, tout ce qui vit dans l’eau a disparu, y compris les poissons, les sables et les pierres. La capacité de renouvellement naturel de l’écosystème fluvial s'en trouve radicalement diminuée ainsi que les cultures qui lui sont liées, comme la pisciculture.

Concernant Pékin, l'eau dite « de paysage » -bien que claire et limpide- est une eau dépourvue de toute forme de vie. De la même manière, le fleuve Mingjiang -qui traverse la province du Fujian- présente une très bonne qualité de l’eau mais des pêches massives ont eu raison des poissons. Il n'y en a plus. Les escargots, anguilles, grenouilles et tortues ont également déserté les rizières. Feng Yongfeng a publié l’année dernière un ouvrage intitulé Une nation sans grand arbre : il y décrit l'absence de poissons dans une vingtaine de fleuves et rivières traversant le Parc naturel de la Montagne Changbai. Tout l'écosystème est fragilisé : à la disparition des poissons s'en suit celle des oiseaux piscivores et bien d'autres espèces. Depuis 2002, enfin, la Chine a lancé une campagne de construction massive de barrages pour alimenter les centrales électriques dans la chaîne de montagne Hengduan. Les courants d’eau sont désormais transformés en réservoirs et perdent leur propre vitalité.

L’opinion publique chinoise n’est pas encore consciente de l'impact nuisible de l'activité humaine sur la qualitél de l'eau et de la gravité de la problématique de la gestion des ressources. Depuis peu, le fleuve Lijiang, qui traverse la Région autonome du Guangxi, connaît de graves bouleversements : son lit s’est asséché au soleil, entraînant un épuisement total d’eau pendant toute la saison automne/hiver. Le niveau d’eau du Fleuve Changjiang (Yangtsé) subit une grave pénurie d’eau dans les lacs importants comme Boyang et Dongting. Les collectivités locales ont eu la bonne idée de créer une couronne écologique tout au tour du Lac Boyang, mais n’ont pas pris les mesures nécessaires pour protéger la diversification des espèces.

Déshabiller le fleuve Han pour habiller le fleuve Weishui

Souvent on « détrui[t] un mur pour en construire un autre » : ainsi, pour résoudre les problèmes à la fois de salubrité et d'insuffisance du niveau d'eau dans le fleuve de Weishui de la province du Shaanxi, un transfert d'une partie de l’eau des affluents en amont du fleuve de Han a été envisagé. Mais Pékin tirant 10 milliards de m3 d’eau par an en amont sur le même fleuve Han pour alimenter le fleuve Weishui, il est certain que le Fleuve Han connaîtra à terme de graves problèmes. Cette solution permet en apparence, mais en apparence seulement, de résoudre l'épuisement du fleuve Weishui et représente une grave atteinte de l'équilibre du fleuve Han. Au final, les deux fleuves vont mourir.

En Chine, existe encore un autre phénomène, celui des références glorieuses au passé. Ainsi, le pays a connu plusieurs vagues de construction massive de réservoirs. Aujourd’hui, quelque 80 000 réservoirs ne produisent pas grand-chose, car leur construction correspond plus à une décision politique qu'à une réalité économique ou scientifique. La coupure d’eau du Fleuve Jaune, haut lieu des inondations, est due à la construction excessive de réservoirs en son amont ; la pénurie d’eau à Pékin est aussi due à la construction excessive de barrages sur le fleuve Yongding.

Pour sensibiliser l'opinion publique au sujet de la problématique de l’eau et l'aider à formuler sa position lors de concertations avec les autorités compétentes au moment des prises de décision, il faudrait l’informer des problèmes à affronter en tenant compte des expertises du pouvoir public. Pour l'heure, le manque de dialogue et de concertation conduisent immanquablement aux raisonnements aveugles d’un nombre très restreint de personnes, qui seules choisissent et décident de solutions -en rien justifiées par l'Histoire.
 

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