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Théâtre & Reprise & Odéon

La Petite Catherine de Heilbronn, toujours aimable

Julie-Marie Parmentier
Julie-Marie Parmentier Richard Schroeder
Texte par : Elisabeth Bouvet
3 mn

Reprise à l’Odéon-Ateliers Berthier, de la pièce du dramaturge allemande Heinrich von Kleist, mise en scène par André Engel. Au générique, rigoureusement les mêmes acteurs. Et près de deux ans après avoir remporté le Molière 2008 de la meilleure compagnie, l’enchantement n’a pas pris une ride.

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La Petite Catherine de Heilbronn montée par André Engel se regarde comme on regarde un classique de cinéma, sans jamais décevoir le spectateur. Mieux, en le surprenant toujours. Et si la ferveur est intacte dans les gradins, le plaisir ne l’est pas moins sur la scène unique mais modulable des Ateliers Berthier. Plaisir du jeu, à l’évidence, mais réussite aussi de la mise en scène qui, l’une conjuguée à l’autre, font de cette Epreuve du feu, sous-titre de la pièce de Heinrich von Kleist (1777-1811), un moment rare où l’on se surprend à vibrer, s’inquiéter, rire aussi (pour être sérieuse, la pièce n’en est pas moins dépourvue d’humour), avec les personnages. 

Un amour digne des contes et légendes

Pour évoquer cette histoire d’amour (recon)naissant entre Frédéric, comte Wetter von Strahl et Catherine Friedeborn, joués respectivement par Jérôme Kircher et Julie-Marie Parmentier, André Engel a en effet gommé tous les aspects propres à l’époque à laquelle la pièce a été écrite (1807) pour les ramener à de simples éléments de contexte vaguement évoqués au détour d’une tirade. Exit donc les soldats et autres archers qui assaillent le texte original, le metteur en scène a choisi de concentrer son travail sur ce que l’on pourrait appeler la « révélation » ou l’« évidence » d’un couple en parant sa mise en scène des « artifices » d’un genre tout ce qu’il y a de plus « terre à terre » : le polar avec ce que cela comporte de suspens, de noirceur, d’inquiétude, de coup de théâtre et de fantastique même. Frédéric réussira-t-il à déjouer les noirs desseins de la fausse Cunégonde ? Ainsi pourrait-on résumer l’intrigue d’une pièce qui, pourtant, est sans cesse bousculée par la douce obstination d’une pure jeune fille transie d’un amour sublime et absolue, digne des contes et légendes.

Un grand mécano gothique
 

Jérôme Kircher et Julie-Marie Parmentier
Jérôme Kircher et Julie-Marie Parmentier Richard Schroeder

Amour sans commune mesure donc qui ne s’explique pas. Il est là, c’est tout. Même questionnée avec rudesse par son père qui voit dans son comportement à l’égard de Frédéric aux pieds duquel elle va jusqu’à se prosterner, l’œuvre du diable, elle n’a ni réponse ni justification à fournir : « La rose est sans pourquoi, Fleurit parce qu’elle fleurit.. ». Catherine s’apparente en quelque sorte à un songe, à un rêve dont le Comte a lui-même été traversé par une nuit de la Saint-Sylvestre. Et depuis il cherche cette femme, fille d’un Empereur, venue le « visiter ».

Le décor même de la pièce, conçu comme un grand mécano gothique qui ne cesse de s’emboîter ou de se déboîter au gré des happenings et autres rebondissements (y compris dans le temps), participe de cet entre deux, tantôt trivial, tantôt presque mystique. Car il lui faut bien, au comte, démêler le vrai du faux, et pour cela, descendre en quelque sorte dans l’arène et mener l'enquête pour mieux rejoindre ensuite celle qui échappera tour à tour au feu et à une tentative d’empoisonnement.  

Le miracle d’un amour d’essence quasi divine, serait-on tenté d'en conclure même si Catherine, à la fin de la pièce, se retrouve dotée de deux pères et bientôt d’un mari qui n’a plus assez de mots pour dire son amour à celle qu'il avait vue en rêve et qui vient de dévoiler sa véritable identité. « Comment puis-je t’appeler, mon chérubin, mon séraphin […], comment puis-je te dire combien ‘je t’aime’ ». En disant « oui » devant Dieu à cette union future tandis que sommeille la bien-aimée, dans un silence… apaisant ?  

 

La Petite Catherine de Heilbronn, à voir au Théâtre de l'Odéon, Ateliers Berthier jusqu'au 31 décembre. 

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