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Exposition & Arthur

Aux origines de la légende du Roi Arthur

"Combat d’Arthur et du géant du Mont-Saint-Michel" par Vincent de Beauvais (Bruges, vers 1455)
"Combat d’Arthur et du géant du Mont-Saint-Michel" par Vincent de Beauvais (Bruges, vers 1455) BnF, département des Manuscrits
Texte par : Elisabeth Bouvet
5 min

La Bibliothèque nationale de France, site François-Mitterrand, invite le Roi Arthur, la figure légendaire qui, depuis son apparition au VIIe siècle, n’a pas cessé de faire rêver, d’irriguer la littérature, le théâtre, l’opéra jusqu’au cinéma. Baptisée La Légende du Roi Arthur, l’exposition explore le mythe de ce souverain juste et cultivé à travers, entre autres, un riche ensemble de manuscrits précieux et rarement présentés. Des livres mais aussi des films, des chansons… c’est à lire, voir et écouter à la BnF jusqu’au 24 janvier 2010.

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Du plus populaire au plus érudit, du plus récent au plus ancien… C’est avec le cinéma que le visiteur est invité à entamer sa déambulation dans le monde arthurien. Arrêt sur images dans une sorte de rotonde où Perceval le Gallois (1978) du Français Eric Rohmer côtoie le chef d’œuvre de l’Américain John Boorman, Excalibur (1981) sans oublier, non moins incontournable quand on évoque les chevaliers de la Table ronde, la quête du sacré Graal et la cohorte de druides qui peuplent le récit médiéval, l’animé Merlin l’enchanteur (1963) de Walt Disney. Cette notoriété cinématographique dont la BnF ne nous livre bien évidemment qu’un mince aperçu, est à l’aune d’une gloire qui ne s’est jamais démentie si l’on excepte un purgatoire de quelques siècles (tout de même) entre le XVIe et le XIXe siècle marqué par la redécouverte du style gothique.  

Que des cinéastes aussi différents que Rohmer, Boorman ou même, ne surtout pas les oublier, les Monthy Python se soient emparés de cette figure légendaire en dit effectivement long sur l’impact sur notre imaginaire du Roi Arthur et du monde merveilleux que recèle l’épopée arthurienne. Pour pénétrer au cœur de cette fascination, Thierry Delcourt, le commissaire de l’exposition, a pensé, conçu, organisé l’espace selon deux axes, deux préoccupations : « C’est à la fois une exposition qui veut évoquer la dimension historique d’Arthur, la grande question que tout le monde se pose étant de savoir s’il a vraiment existé ou pas, et ensuite qui veut montrer comment au Moyen Age, on a développé les éléments de la légende pour qu’ils perdurent jusqu’à l’époque moderne et contemporaine ».
 

Tristan apporte la tête du dragon, Gottfried de Strasbourg, Haguenau,vers 1485.
Tristan apporte la tête du dragon, Gottfried de Strasbourg, Haguenau,vers 1485. Bibliothèque Royale de Belgique

Si rien n’indique qu’Arthur ait existé - il serait plutôt l’évanescence d’un « rêve de résistance des Celtes contre l’envahisseur anglo-saxon au début du VIe siècle de notre ère » -, cela n’a pas empêché les auteurs du Moyen Age de lui offrir jusqu’à une exégèse. Au XIIe siècle, Geoffroy de Monmouth en fait ainsi un souverain sage et vénérable dans son Histoire des rois de Bretagne. Une chronique « historique » sur laquelle va se bâtir toute l’épopée arthurienne, avec notamment, l’apparition sous la plume de Chrétien de Troyes, d’un « Arthur assez différent, plus romanesque qui est d’ailleurs moins présent dans les textes qui évoquent les aventures de son Royaume ». Soit un ensemble de cinq volumes fondateurs « qui créent des personnages comme Lancelot, Perceval, qui mettent en scène le merveilleux celtique et qui inventent les thèmes de la quête chevaleresque et de l’amour courtois ». La littérature arthurienne est née, et elle ne cessera de s’enrichir ou de se développer, en vers ou en prose, jusqu’aux premières années de la Renaissance.

Pour raconter cette transmission, cette perpétuation, l’exposition présente une centaine d’ouvrages richement enluminés, et dont certains très rares. Le visiteur aura, par exemple, le bonheur de découvrir le premier portrait d’Arthur, un dessin à la plume effectué en marge d’un manuscrit datant de 1135 ou 1140, et surtout le plaisir de voir des manuscrits de toute l’Europe, pour la première fois réunis, et qui « montrent bien l’importance de la diffusion de la légende arthurienne à partir du noyau français », tout comme les objets précieux qui parsèment le parcours et qui témoignent de l’extrême popularité du Roi Arthur pas seulement dans la noblesse mais bel et bien dans toutes les strates de la société grâce aux troubadours, tournois et autres fêtes qui répandent durablement la mode arthurienne. En atteste, rappelle l’exposition, la vogue du prénom Tristan au XIIIe siècle.

Entre 1590 et 1770, Arthur qui, au XVIe siècle n’est déjà plus que l’ombre pâle de lui-même, disparait complètement des librairies. Et il faut donc attendre le XVIIIe et surtout le XIXe siècle pour le voir resurgir du fond de sa nuit moyenâgeuse, « colporté » par des écrivains mais aussi des peintres, des musiciens comme Wagner, des metteurs en scène de théâtre ou de cinéma et plus près de nous des chanteurs comme Jean-Louis Murat ou Brian Ferry égaré dans les brumes d’Avalon, et s’établir ainsi de nouveau durablement dans notre « quotidien ». Une façon, insiste Thierry Delcourt, de montrer « qu’il s’agit là d’un sujet que tout le monde connait, qui n’est pas réservé à des spécialistes mais dans lequel, au contraire, on a tous eu l’occasion d’entrer un jour ou l’autre […] et qu’Arthur est finalement un personnage familier ». 
 

Création du Parsifal de Wagner. Maquette d’Émile Joseph Porphyre Pinchon (1913).
Création du Parsifal de Wagner. Maquette d’Émile Joseph Porphyre Pinchon (1913). BnF, Bibliothèque Musée de l’Opéra. ADAGP

Dédale de livres, variété d’interprétations, multitude des supports et… kyrielle de personnages. Dans la seconde partie, l’exposition décline plus précisément certains des thèmes importants de la légende à l’instar du Graal ou de l’amour courtois, ainsi que l’identité des différents personnages qui participent de la légende arthurienne. Où l’on reconnait Guenièvre, Lancelot, la fée Morgane, Merlin, Perceval ou encore Tristan et Iseult, tous aussi populaires que de Roi Arthur et qui, à ce titre, méritaient bien une telle attention. D’autant, faut-il le rappeler, qu’Arthur ne quitte guère la cour, laissant les chevaliers accomplir des exploits, partir à la conquête du Graal jusqu’au moment du moins où il redeviendra le souverain conquérant qu’il fut au début quand il retira l’épée du rocher.

De l’un à l’autre, le visiteur est invité à une sorte d’errance dans un « décor » qui s’apparente à une forêt, allusion on ne peut plus claire à la forêt de Brocéliande et invitation à une forme d’aventure à la fois onirique, historique, mystérieuse et même studieuse. Et qu’on se le dise, au terme de ce parcours labyrinthique, le (preux) visiteur trouvera le fameux Graal, celui utilisé lors de la création à Paris en 1914 du Parsifal de Wagner.

 

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