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Haïti

La violence met Port-au-Prince sous tension

Mario Andrésol (g), directeur général de la PNH, lors de l'audition devant la commission sécurité et justice du Sénat.
Mario Andrésol (g), directeur général de la PNH, lors de l'audition devant la commission sécurité et justice du Sénat. RFI/Amélie Baron
Texte par : RFI Suivre
4 min

En cette fin d’année, Haïti enregistre une recrudescence majeure de la criminalité. Le Sénat haïtien a pris le dossier à bras le corps en convoquant ce vendredi 18 décembre 2009 le ministre de la Justice et le directeur général de la police haïtienne. A deux mois des élections législatives, les citoyens s'interrogent sur la capacité des autorités du pays à instaurer un climat de sécurité acceptable.

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Avec notre correspondante à Port-au-Prince, Amélie Baron

Onze personnes tuées par balle au cours de la deuxième semaine de décembre, un policier qui abat jeudi17 décembre son collègue en pleine rue. À l’approche des fêtes, Port-au-Prince fait face à une insécurité croissante.

Les criminels opèrent en pleine journée aux abords des centres commerciaux, très fréquentés durant le mois de décembre, ainsi qu’à proximité de succursales bancaires. Ces individus ont jusqu’ici toujours réussi à échapper à la police. Circulant à moto, ils évitent les embouteillages qui paralysent quotidiennement le centre-ville de la capitale.

Vendredi 18 décembre après-midi, la commission sécurité et justice du Sénat a convoqué Paul Denis, le ministre de la Justice, et Mario Andrésol, le directeur général de la police nationale haïtienne (PNH). « Les citoyens sont très angoissés par la remontée du phénomène de banditisme dans le pays », a expliqué Paul Denis, « et il est tout à fait normal que les parlementaires, les sénateurs nous aient appelés pour que nous expliquions les dispositions qui vont être prises pour contrer cette insécurité ».

Les conclusions des discussions n’ont pas été communiquées à la presse « pour des raisons évidentes de sécurité et de secret d’Etat » a tenu à préciser Paul Denis. « Le plan national de sécurité est en perpétuelle évolution, rien n’est définitif car les criminels s’y adaptent toujours. Prochainement nous allons user de méthodes inventives créatives ».

Jean Hector Anacasis, le vice-président de la commission, a simplement expliqué que les sénateurs souhaitent voir les efforts de la police nationale haïtienne concentrés dans la zone métropolitaine et qu’ils ont « demandé au directeur général de la police le transfert de commissaires pour garantir la sécurité avec des personnes plus compétentes ».

Depuis plusieurs jours déjà, les officiers contrôlent tout conducteur de moto sur les principaux axes de Port-au-Prince. Une action qui, pour Mario Andrésol, porte ses fruits car le nombre de crimes est en diminution. Les derniers chiffres sont satisfaisants, mais le chef de la police rappelle qu’« il n’y a pas de plan de sécurité parfait à 100% . Même lorsque nous anticipons, lorsque nous prenons toutes les mesures possibles, les bandits trouvent toujours des moyens d’action ».

L’économie informelle accentue la criminalité

Le directeur de la police nationale reconnaît la responsabilité qui incombe à ses officiers mais pour lui, le problème dépasse le simple cadre des forces de l’ordre.
« Toutes les activités criminelles ont un lien avec l’activité financière et, dans le pays, cette activité est dominée par le secteur informel. Par exemple, rien qu’entre les rues Delmas 32 et Delmas 33, dans Port-au-Prince, nous avons recensé pas moins de 150 bureaux de change, les uns en face des autres. Et chacune de ces agences a environ 80 000 dollars américains à revendre. Vous pouvez imaginer la somme que cela représente : la zone est donc devenue un lieu de prédilection pour les bandits ».

Réduire le commerce informel nécessitera un long travail de la part de l’Etat haïtien. Pour l’heure, policiers et sénateurs demandent à la communauté internationale de verser l’aide financière promise. Le budget de la police nationale haïtienne est actuellement trop faible et il ne permet pas de fournir une arme à chaque agent en fonction.

Inquiétude des habitants à l’approche des élections

Après les festivités de Noël, la saison du carnaval devrait voir une action renforcée de la police. Mais déjà, les citoyens s’interrogent sur le climat de sécurité qui règnera à l’approche des élections législatives, prévues à partir du 28 février 2010. « Nous savons comment est le pays quand il s’agit de politique » confie Mario Andrésol « mais nous ne pouvons décemment pas diffuser aujourd’hui notre plan définitif : la campagne électorale n’a pas encore débuté. Nous verrons en temps et en heure comment la situation va évoluer ».

À chaque scrutin, Haïti est divisée en zones rouge, jaune et verte selon le degré d’instabilité envisagé. Pour les journées de vote à venir, la police nationale haïtienne sera épaulée par les forces de la MINUSTAH (Mission des Nations Unies pour la Stabilisation en Haïti). Parmi leurs missions, les casques bleus, en Haïti depuis 2004, appuient la professionnalisation de la police nationale haïtienne et fournissent dès à présent un soutien logistique et sécuritaire dans la perspective des prochaines élections.

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