Croatie / Présidentielle

Les Croates élisent leur troisième président depuis l'indépendance

Les deux candidats croates : Ivo Josipovic (à G) et Milan Bandic (à D)
Les deux candidats croates : Ivo Josipovic (à G) et Milan Bandic (à D) Reuters

Les électeurs croates retournent aux urnes dimanche 10 janvier 2010 pour le second tour de l'élection présidentielle, qui oppose le candidat officiel du Parti social-démocrate, Ivo Josipovic, à un dissident de ce même parti, le maire de Zagreb Milan Bandic. Laminée par les scandales et les affaires, la droite pourrait paradoxalement jouer les arbitres.

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De notre correspondant dans la région

A priori, l’arithmétique électorale donne une confortable avance au candidat officiel du Parti social-démocrate (SDP), Ivo Josipovic. Au premier tour, il a recueilli 32,8% des suffrages, loin devant son challenger, le maire de Belgrade, Milan Bandic (14,8%), qui était membre du même parti avant de choisir de se présenter à l’élection. Selon les derniers sondages, Ivo Josipovic devrait l’emporter très largement sur son rival.

L’effondrement de la droite a permis à la gauche de monopoliser le scrutin : Andrija Hebrang, le candidat du HDZ, le parti conservateur au pouvoir depuis 2003, n’est arrivé qu’en troisième position, avec le score piteux de 12%. La droite croate est en effet empêtrée dans d’innombrables scandales de corruption, qui ont notamment coûté son poste, à l’automne dernier, au vice-Premier ministre Damir Polancec.

Entre les deux tours, un nouvel ouragan a soufflé sur la droite. L’ancien Premier ministre Ivo Sanader, qui avait démissionné le 1er juillet 2009 de toutes ses fonctions à la tête du parti et du gouvernement, a annoncé son retour en politique, en évoquant le très mauvais score d’Andrija Hebrang et « le manque de leadership dans le parti ».

Ivo Sanader est lui-même impliqué dans un retentissant scandale de corruption : en lien avec l’ancien ministre-président du Land allemand de Bavière, Edmund Stoiber, il aurait « facilité » le rachat de la banque croate Hypo Alpe Adria par la Bayerische Landesbank (BLB). Sa tentative de retour en politique se solde pour l’instant par un flop retentissant : Ivo Sanader a été immédiatement exclu du HDZ, l’opinion publique s’est déchaînée contre lui, et aucun député du parti majoritaire ne semble vouloir le suivre.

Le seul espoir du candidat Milan Bandic serait néanmoins qu’un nombre conséquent d’électeurs de droite choisissent de voter pour lui pour faire barrage au candidat social-démocrate.

Quel que soit l’élu de dimanche soir, il est de toute façon peu probable que la crise politique qui ronge la Croatie ne s’arrête là. De nombreuses voix pressent Ivo Josipovic, s’il est élu, de provoquer aussi vite que possible des élections parlementaires anticipées. Le futur président aura la tâche de conduire la Croatie vers une intégration européenne, espérée dans les prochaines années.

Ivo Josipovic, le candidat social-démocrate, 52 ans, est un assez terne professeur de droit, député depuis 2003, qui est toutefois aussi un musicien et un compositeur respecté. Alors que la Constitution croate limite fortement les pouvoirs du président de la République, il pourrait préparer le retour au pouvoir des sociaux-démocrates, qui ont gouverné la Croatie de 2000 à 2003. Il promet une présidence « propre » et dénonce les affaires dans lesquelles sont empêtrés non seulement le HDZ, mais aussi son rival Milan Bandic, rattrapé par quelques scandales liés à sa gestion de la ville de Zagreb, dont il est maire depuis 2005.

Milan Bandic, 54 ans, ignore ces attaques et mène une campagne très personnalisée. Lui-même originaire de Bosnie-Herzégovine, il a largement orienté sa campagne en direction de la « diaspora » - c’est-à-dire principalement les Croates de Bosnie-Herzégovine, de Serbie ou du Monténégro qui disposent de la double nationalité et votent traditionnellement pour le HDZ. Alors qu’il était encore membre du SDP il y a quelques mois, Milan Bandic a choisi, surtout depuis le premier tour, de mener une campagne très à droite, en agitant la menace d’un « retour au communisme » si Ivo Josipovic était élu, et en flattant la puissante Église catholique.
 

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