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Guyane / Référendum

Guyane : le « non » au changement, une gifle pour les élus locaux

Rodolphe Alexandre, maire de Cayenne, qui avait appelé à voter «non» lors du référendum, le 10 janvier 2010.
Rodolphe Alexandre, maire de Cayenne, qui avait appelé à voter «non» lors du référendum, le 10 janvier 2010. AFP/Jody Amiet
Texte par : Frédéric Farine
5 mn

C’est une claque monumentale pour la plupart des élus guyanais. Un « désaveu », selon l’un des maires de Guyane. Tous les principaux élus s’étaient mobilisés pour une autonomie accrue dans le cadre de l’article 74 de la Constitution française. Mais les électeurs ont dit « non » sans ambiguïté : plus de 70% des suffrages exprimés ont refusé cette évolution statutaire.

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 De notre correspondant à Cayenne

C’est d’abord cette conviction d’Anthony, jeune Guyanais de 24 ans, cheveux attachés, titulaire d’un Bac littéraire qui confiait dimanche juste avant de rejoindre l’isoloir à Matoury : « Je vote ‘non’. Nous ne sommes pas préparés à ce changement. J’ai écouté les émissions à la radio. Je n’ai jamais entendu dire comment les partisans du ‘oui’ aller procéder, il n’y avait rien de concret ». Ce jeune a peut-être mis le doigt sur l’une des raisons du refus des électeurs guyanais de se rallier au camp du « oui » à une évolution statutaire dans le cadre de l’article 74.

Il était en fait demandé aux Guyanais de voter pour un nouvel outil juridique mais sans véritable projet. Ce qu’a concédé, à sa manière, à l’issue du scrutin, la députée Christiane Taubira qui appelait à voter « oui » : « Il n'y avait pas de contenu, je comprends le désarroi du citoyen. On lui demandait : faites le pari de… ». Georges Patient (DVG), sénateur et maire de Mana, partisan du « oui », admet aussi la faille : « C’est vrai que les Guadeloupéens ont demandé 18 mois pour élaborer un véritable projet. Pendant la campagne, on était parfois embarrassés : il était difficile de faire admettre que le projet allait naître à partir des nouvelles compétences qui seraient attribuées ». Mais certains des battus ont carrément la gueule de bois : Antoine Karam, président de la Région depuis 1992, qui avait fait de l’évolution statutaire son objectif prioritaire, était toujours injoignable lundi midi.

Un déficit de crédibilité de la classe politique

Alors que les présidents de la Région et du Département, les 4 parlementaires et toute la gauche locale soutenaient l’article 74, le « non » des Guyanais porte une lumière crue sur le déficit de crédibilité de la plupart des élus. Les récents déboires judiciaires de Léon Bertrand, ancien ministre du tourisme de Jacques Chirac n’ont pas contribué à atténuer cette crise de confiance.

Depuis plus d’un mois, le maire de Saint-Laurent du Maroni, mis en examen pour « favoritisme et corruption passive », est incarcéré en Martinique pour des soupçons de financements frauduleux de campagnes électorales autour de l’attribution de marchés publics par une communauté de communes de Guyane qu’il préside depuis 2001. L’enquête concerne aussi, sa mairie et des structures dirigées par certains de ses proches, eux aussi mis en examen et incarcérés. Et ce chef de file de l’UMP locale était, pourtant, un défenseur du non à l’article 74 !

Par ailleurs, depuis la décentralisation, différents audits ont jugé sévèrement la gestion des deniers publics par les collectivités locales, même si la Chambre régionale des comptes avait noté les efforts de la Région ces dernières années. Les partisans du « non » ont, eux, souligné que les possibilités d’autonomie offertes par le statut actuel (article 73) étaient loin d’avoir été explorées. « Il y a eu zéro demande d’habilitation de la part de la Région et du Département », a fustigé au cours de la campagne, l’adjoint UMP à la mairie de Cayenne Boris Chong-Sit, un jeune avocat guyanais qui monte dans le paysage politique local. « L’habilitation » est une possibilité qui permet d’aboutir à une loi spécifique pour les départements d’outre-mer dans certains domaines.

« La victoire de la majorité silencieuse »
 
Le faible taux de participation a été un autre élément marquant du scrutin : 48 % de votants, c’est moins que lors des dernières municipales et cantonales : « Sur le terrain, les gens ont eu du mal à assumer qu’ils étaient pour le 73. Cela explique peut-être même l’abstention. La différence aurait donc pu être encore une plus grande », commente Christiane Taubira.

Le maire de Cayenne, Rodolphe Alexandre, qui avait appelé à voter « non » interprète, lui, le verdict des urnes comme : « la victoire de la majorité silencieuse. C’est surtout ça : la victoire des gens qui, tout corps sociaux confondus, ont résisté à la peur et aux pressions et se sont déplacés pour voter ».

Malgré ce revers cinglant pour les principaux élus locaux, Jean-Etienne Antoinette (Walwari), sénateur-maire de Kourou ne désarme pas : « Faisons un parallèle avec le référendum concernant l’Europe pour lequel la population avait voté ‘non’. Cependant, on s’inscrit de façon inéluctable vers ces marchés européens. En Guyane, on s’inscrit de façon inéluctable vers une augmentation des responsabilités au niveau local ».

Pour Georges Patient, même les chiffres et les éléments étaient contre le « oui » au 74 : « Les Hmongs de ma commune (originaires du Laos, réfugiés depuis les années 1970, qui ont été naturalisés) m’ont dit qu’ils ne voteraient pas pour ce chiffre car l’année 74 évoquait pour eux des souvenirs atroces : ils étaient alors persécutés dans leur pays ». Le sénateur Antoinette conclut : « Ce sont les crises successives dans les 4 départements d’outre-mer qui ont provoqué cette consultation populaire. Et le paradoxe de la réponse de la population c’est le choix du statu quo ».
 

 

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