Inde/Pakistan

Vers une reprise du dialogue indo-pakistanais

L'ambassadeur pakistanais, Shahid Malik (d), et le Premier ministre indien, Manmohan Singhan (g), le 18 septembre 2009.
L'ambassadeur pakistanais, Shahid Malik (d), et le Premier ministre indien, Manmohan Singhan (g), le 18 septembre 2009. AFP/Raveendran

L'Inde offre au Pakistan de renouer le dialogue. Des responsables indiens et pakistanais se sont rencontrés vendredi 5 février à New Dehli pour fixer le calendrier de la reprise des pourparlers bilatéraux. Les négociations entre les deux pays sont au point mort depuis novembre 2008, date des attentats perpétrés par les islamistes pakistanais sur la capitale économique indienne Bombay

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Les deux ennemis ont pourtant les mêmes amis et tous deux sont sous pression internationale pour les inciter à apaiser le conflit qui les oppose et qui complique la situation dans le contexte de la guerre anti-terroriste régionale à laquelle ils sont néanmoins associés, indépendamment de leur rivalité. 

A ce stade, ce n’est ni plus ni moins que l’expression d’une volonté. Les deux parties manifestent qu’elles sont à la recherche d’un calendrier de reprise d’un processus de discussions. Quinze mois se sont écoulés depuis l’attaque de Bombay perpétrés par un commando islamiste pakistanais qui avait fait 172 morts. Le choc initial est dépassé, mais le traumatisme est encore vif en Inde et il continue d’alimenter les passions et de nourrir les débats politiques. New Dehli avance donc prudemment, sous le regard d’une opposition nationaliste prompte à dénoncer « une reddition abjecte face au Pakistan » et sous la pression d’une communauté internationale occidentale qui mène une guerre antiterroriste dans la région et attend des belligérants indiens et pakistanais qu’ils apaisent leur foyer de tension.

Soulager le front Est

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Depuis les indépendances et la partition de l’Empire britannique, en 1947, c’est l’état de belligérance incarné par le conflit irrésolu du Cachemire qui caractérise les relations entre New Dehli et Islamabad. Or les deux capitales sont toutes deux formellement engagées militairement et/ou politiquement dans la guerre contre le terrorisme, aux côtés des Occidentaux. Et les nécessités du face-à-face militaire à la frontière indo-pakistanaise mobilisent des moyens considérables qui ne sont donc pas investis dans la lutte antiterroriste. C’est surtout un problème pour la partie pakistanaise qui doit disperser ses moyens opérationnels sur plusieurs fronts : à la fois maintenir le rapport des forces conventionnelles avec l’Inde à l’est et au Cachemire, et à la fois honorer son alliance avec les Occidentaux et mener sa propre guerre civile contre-insurrectionnelle avec les talibans à l’Ouest, à la frontière afghane.

Indulgence nucléaire

En réalité, bien que ce soit le Pakistan qui semble dans la position la plus fragile, avec ses deux fronts, les deux pays sont également sous la pression de leurs alliés occidentaux qui exigent amicalement d’eux qu’ils se montrent de bonne composition en manifestant au moins la volonté de réduire leur différend, en attendant de faire la paix. En échange de quoi, outre les aides diverses civiles et militaires, les pays occidentaux (et les Etats-Unis en tête) se montrent particulièrement compréhensifs à l’égard des escalades militaires et notamment des arsenaux nucléaires (parfois proliférant) développés par les deux voisins hors de tout cadre international légal. Bien qu’aucun des deux n’ait souscrit au Traité international de non-prolifération nucléaire, tous deux sont soutenus par des membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU.

Redémarrer la machine diplomatique, vite !

La rencontre du 5 février marque donc un redémarrage de la machine diplomatique. Ce qui a eu lieu à New Dehli n’est encore qu’une prise de contact : à l’initiative de New Dehli, l’ambassadeur pakistanais Shahid Malik a été reçu par le ministre indien des Affaires étrangères Nirupama Rao lors d’une rencontre consacrée à la recherche d’un calendrier de reprise des pourparlers bilatéraux. La proposition va être étudiée à Islamabad qui répondra vraisemblablement de manière positive à l’invitation indienne, un agenda des discussions sera déterminé et le « dialogue composite » sera réamorcé. A moins qu’une provocation terroriste ne vienne à nouveau contrarier cette volonté de retrouvailles. Depuis l’arrivée au pouvoir au Pakistan de la nouvelle équipe dirigeante formée autour d’Asif Ali Zardari, nombre d’observateurs estiment que jamais l’exécutif pakistanais n’a été aussi favorable à l’Inde. C’est une fenêtre d’opportunité diplomatique qui s’ouvre, qui est éphémère et qu’il faut donc saisir vite. C’est ce que les belligérants semblent vouloir faire aussi vite que le permettent les usages diplomatiques en tout cas.

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