Maroc

Tamazight, la première TV berbère est lancée au Maroc

Naïma Akke sur les écrans de la régie d'Amazight.
Naïma Akke sur les écrans de la régie d'Amazight. Léa-Lisa Westerhoff/RFI

Après un lancement plusieurs fois annoncé puis reporté, cette fois c’est officiel, « Tamazight », la chaîne en langue berbère, vient d'être lancée au Maroc. C'est le 8e canal du pôle audiovisuel public. Pour la première fois, la minorité berbère marocaine aura sa chaîne de télé avec six heures de programmes quotidiens en langue berbère pendant la semaine et dix heures le week-end. Pour le moment, Tamazight est en rodage sur la TNT (Télévision Numérique Terrestre) et sera entièrement opérationnelle dès le 1er mars.

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Avec notre correspondante à Rabat, Léa-Lisa Westerhoff

Naïma Akke sourit d’un air légèrement crispé. Elle respire à fond, regarde droit dans la caméra et d’une voix chaleureuse énonce : « Marhaba issoun agidoun gougrawou oussen ntamazight ! ». (« Bonjour et bienvenue dans l’émission l’agenda de mon pays!»).

Depuis deux mois, la jeune femme, pantalon noir, veste blanche et cheveux lâchés, est l’un des visages de Tamazight : « Pour nous c’est une très bonne nouvelle, cela fait longtemps qu’on attendait une chaîne de télévision berbérophone », commente la journaliste sur le point d’enregistrer son émission hebdomadaire.

Cette télévision, c’était l’une des revendications du mouvement amazigh au Maroc depuis l’indépendance du pays en 1956. C’est aussi la dernière initiative de l’Etat marocain pour désamorcer des conflits potentiels sur la base d’identités régionale. « C'est la réparation d’une injustice, cela fait plus de 45 ans que nous réclamons que l’amazigh ait une place dans les médias et dans l’enseignement », explique Rachid Raha, vice-président du Congrès mondial amazigh.

Au Maghreb, c’est au Maroc que la minorité berbère est la plus importante

En 2001, le Maroc avait créé l’Institut royal pour la culture amazigh, puis en 2003, la minorité a obtenu que le berbère soit enseigné au même titre que l’arabe dans certaines écoles, mais l’idée d’une télévision avait du mal à se dessiner. Depuis quatre ans, les berbérophones ont droit à treize minutes de journal quotidien en tamazight et neuf émissions par semaine, pas plus. « Le modèle, c’est l’Etat nation, centralisateur et homogène. On ne voulait surtout pas donner trop de place aux identités régionales », analyse Ahmed Assid, directeur de l’Observatoire amazigh des droits et libertés.

Pourtant, c’est au Maroc que la minorité berbère est la plus importante au Maghreb. Selon un recensement de 2004, contesté par les amazighs, 8,4 millions de personnes, soit un tiers des 32 millions de Marocains utilisent quotidiennement l'un des trois principaux parlers berbères: le tarifit dans le Rif (Nord), le tamazight dans le Moyen et Haut Atlas et le tachelit dans le Souss, principale région berbérophone dans le Sud. Mais sans enseignement généralisé et sans média, les militants amazighs craignent de voir cette langue disparaître peu à peu.

Aujourd’hui encore, Tamazight ne diffusera pas exclusivement en berbère : 30% des programmes seront en arabe. La chaîne étatique veut éviter l’étiquette communautaire. « Tamazight ne doit surtout pas être un ghetto linguistique», justifie Mohamed Mamad, le directeur de la chaîne publique. « Au Maroc, personne ne peut dire aujourd’hui qu’il est 100% arabe ou amazigh à 100% ».

Eviter le scénario algérien

Dans ce cas, « pourquoi ne pas imposer que les deux autres chaînes publiques diffusent 30% de leurs programmes en amazigh ?», s'interroge en écho Abderahmane Lakhsafi. Pour ce professeur de philosophie à la faculté de Rabat, « cette chaîne a été créée en partie pour éviter une radicalisation du mouvement amazigh ».

Il faut éviter le scénario algérien, quand en 2001 des manifestations amazighes avaient embrasé la Kabylie. Elles avaient forcé Alger à créer une chaîne de télévision kabyle en 2005 et faire du berbère une langue officielle.

Mais la création de tamazight ne règle pas tout au Maroc. La revendication principale du mouvement berbère demeure : la reconnaissance de l’amazigh comme langue officielle. « L’essentiel est là », martèle Abderahmane Lakhsafi. « Faire de l’amazigh une langue officielle c’est la seule façon d’empêcher qu’elle disparaisse. Or, il n’y a aucune raison qu’une langue nationale ne soit pas inscrite dans la Constitution ».

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