Exposition

Made in France by Americans...

Danielle Birck/RFI

… Ou comment des artistes américains installés en France s’emparent de la céramique pour en faire la matière de leurs oeuvres. Comme celles présentées à la Mona Bismarck Foundation, à Paris, dans le cadre de l’exposition conçue et réalisée par la Fondation d’entreprise Bernardaud.La célèbre manufacture de porcelaine de Limoges explore depuis plusieurs années de nouveaux territoires et perspectives pour un matériau longtemps cantonné au domaine de la table ou de l’artisanat. A voir jusqu’au 17 avril 2010.

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Une question se pose d’emblée : pourquoi des artistes américains ? La réponse est simple. Si « l’univers de la céramique française a été profondément bouleversé depuis les années 1980 », c’est grâce à « un petit nombre de sculpteurs-céramistes d’origine nord américaine installés en France », explique Frédéric Bodet, le commissaire de l’exposition. Ces artistes, de par leur formation initiale outre-Atlantique où « le clivage entre art et arts appliqués est moins absolu qu’en Europe » et la multidisciplinarité au cœur de l’éducation, ont « bousculé » une situation française encore trop « sous influence des traditions locales de la faïence, du grès ou de la porcelaine et qui a souffert depuis les années 1960 d’une fascination excessive pour l’Orient ».

 

Gilles Suffren

Des empêcheurs de tourner en rond

Les huit artistes exposés à Paris, après l’avoir été à Limoges, siège de la manufacture  et de la Fondation Bernardaud, ces « huit empêcheurs de tourner en rond », font donc souffler un vent nouveau sur la céramique actuelle avec des œuvres qui, tiennent à souligner les organisateurs, n’ont pas été fabriquées par Bernardaud. A une seule exception près : les « culbutos » géants (1,20m) de Jonathan Hammer qui ouvrent l’exposition. Il aura fallu deux années pour mettre au point ces « vrais » culbutos lestés de 25 kilos de ferrailles et que seule la directrice de la Fondation, Hélène Huret, se permettra de faire vaciller sur leur base, d’une légère poussée de la main. Cette installation de sept pièces de porcelaine (réalisée en double exemplaire pour Limoge et Paris) est présentée pour la première fois.

Avec Button Ass (Cul/b(o)uton), Jonathan Hammer dit vouloir exprimer l’ambivalence de certains jouets,  « dans leur conception, leur forme ou leur fonction (…) quelque chose que nous pouvons dans le même moment aimer et torturer, chérir et maltraiter ». Comme ses clowns/culbutos de porcelaine,  beaux, mais énigmatiques et même inquiétants, avec leurs faces blafardes, seulement dessinées par  les creux des orbites et de la bouche… Au mur, des dessins révèlent les expressions qu’auraient pu revêtir ces visages…

Métamorphoses d'un matériau
 

Wayne Fischer, Sans titre
Wayne Fischer, Sans titre Danielle Birck/RFI

Une troublante entrée en « matière »… qui sera suivie d’autres. Comment, par exemple,  résister à la tentation de toucher, pour ne pas dire caresser, ces sculptures de porcelaine aux formes courbes – humaines, animales? – tant leur surface, après sablage, ponçage et émaillage, s’apparente à un épiderme, à la fois mat et nacré… Des œuvres signées Wayne Fischer, passionné, nous dit-on, par les fossiles et les origines de la vie…

Si elles sont protégées dans l’exposition par une vitre, les pièces de Jeffrey Haines, des « pièces de main » sont faites, elles, pour être touchées… Des objets de porcelaine blanche, dorés partiellement à la feuille d’or, aux formes élégantes évoquant armes défensives ou sex toys, entre autres…  
 

Daphné Corregan, Conversation (détail)
Daphné Corregan, Conversation (détail) Danielle Birck/RFI

Avec Daphné Corregan, la porcelaine se fait dentelle, filigrane, avec les pivoines de la porcelaine chinoise apposées sur ses sculptures, le blanc contrastant avec le noir ou  l’ocre. On est tenté de dire « à l’opposé » -  alors que les œuvres sont présentées côte à côte -  le dépouillement et la précision formelle  de Kristin McKirdy, inspirés de la rigueur des potiers scandinaves et transposés dans des œuvres exprimant la fracture – comme dans la série des Icebergs – ou le passage d’un état à un autre, d’une surface lisse à une surface rugueuse, sur un même objet ou dans un ensemble.  
 

Luisa Maisel, Where all the young girls gone?
Luisa Maisel, Where all the young girls gone? Danielle Birck/RFI

De la rigueur au foisonnement, sinon l’exubérance, c’est le pas franchi avec les œuvres de Luisa Maisel. Après une carrière dans le design graphique, cette New-Yorkaise en France depuis plus de vingt ans a choisi la création céramique. Ses sculptures de grandes dimensions, le plus souvent en terre cuite émaillée, ont à voir avec le souvenir et l’identité (américaine, juive ou française), ou encore l’actualité, comme par exemple Where have all the young girls gone ?, directement inspirée par le Tsunami de 2004 en Thaïlande. Des oeuvres colorée, jouant beaucoup sur l’accumulation des matières et des objets, très attachantes. 
 

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Quant au Californien Wade Saunders, cet artiste, « le plus architecte de tous », souligne à juste titre Hélène Huret, signe une bibliothèque ouverte, où l’alignement serré de tuiles colorées s’est substitué à celui des livres. Sous le désordre apparent, la géométrie s’impose encore dans la sculpture intitulée A Room of One’s Own faite d’un amoncellement d’angles réalisés avec des carrelages industriels, répandus sur le sol, comme le contenu d’une caisse qu’on vient de renverser…

La diversité et la maîtrise des œuvres présentées dans Made in France by Americans, feraient presque oublier la difficulté à travailler le matériau céramique. Les explications techniques présentées en fin d’exposition nous le rappellent.  

La céramique dans l’air du temps ? Ou hasard du calendrier? La Cité des Sciences et de l’Industrie présente, du 2 mars au 25 avril 2010, une exposition intitulée MIRAGES/céramiques, « un matériau mis à l’épreuve par l’imagination de cinq créateurs contemporains » (designer, architecte, artistes).  Il s’agit de la première exposition d’un triptyque consacré à l’exploration des relations complexes entre l’homme et la matière. Viendront ensuite les polymères et les métaux…

Wade Saunders, A Room of One's Own
Wade Saunders, A Room of One's Own Danielle Birck/RFI

Fondation d'entreprise Bernardaud

Mona Bismarck Foundation

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