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France

Elections régionales : le chemin de croix de l’UMP

Le secrétaire général de l'UMP, Xavier Bertrand (à d.) et le Premier ministre François Fillon à Beauvais, le 12 mars 2010.
Le secrétaire général de l'UMP, Xavier Bertrand (à d.) et le Premier ministre François Fillon à Beauvais, le 12 mars 2010. AFP / François Nascimbeni
Texte par : Patrice Biancone
16 mn

Elections régionales en France ce dimanche 14 mars 2010. Les électeurs sont invités à élire leurs 1 880 conseillers régionaux. Les bureaux de vote ont ouvert leurs portes à 08h00 et les fermeront entre 18h et 20 heures, heure locale, dans les grandes villes. L’une des grandes questions de ce scrutin est le taux de participation que les sondages annoncent faible. A 17h, 39,29% des électeurs avaient voté. Côté majorité présidentielle, l’heure est au mieux au doute car les pronostics ne sont pas favorables. La gauche elle, qui dirige actuellement 24 des 26 régions, espère faire mieux qu'en 2004, c'est-à-dire se maintenir là où elle est aux commandes, mais aussi gagner l’Alsace et la Corse.

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C'est l'autre grand vainqueur annoncé de ce scrutin régional : le parti des abstentionnistes. Un électeur sur deux devrait rester chez lui, selon les prévisions des instituts de sondages...

Un scrutin caractérisé par une forte abstenttion - explications

Si la plus grande victoire c’est effectivement de savoir admettre sa défaite comme l’affirment certains, alors on peut dire que la majorité est une championne vertueuse. Elle a tout simplement devancé officieusement la proclamation des résultats d’une compétition, dans laquelle elle s’était pourtant engagée sans barguigner, pour avouer que la course était perdue pour elle et qu’il n’était plus question d’empocher un bénéfice électoral aussi minime soit-il.

On ne peut, en effet, que constater un changement d’atmosphère. L’enthousiasme a déserté le camp de la majorité. Son cœur ne bat plus qu’au ralenti. Et elle attend désormais le scrutin comme on attend une punition promise, avec une bonne dose de résignation, de culpabilité et de colère contre son chef suprême qui lui a imposé, depuis 2007, une marche forcée et contreproductive sur le plan électoral.

L’inquiétude et le mécontentement sont tels que Nicolas Sarkozy, dans une interview au Figaro Magazine, a dû se résigner à prononcer le mot « pause » que beaucoup attendaient depuis de longs mois. Un peu comme si c’était la seule façon de calmer et rassurer sa majorité de plus en plus contestatrice. Un peu comme s’il ne voulait pas insulter l’avenir puisque cette rupture momentanée avec la réforme devrait intervenir au deuxième trimestre 2011, soit quelques mois seulement avant une autre élection, la présidentielle, la seule qui compte véritablement à ses yeux dans le sens où elle rythme la vie politique française et le concerne très directement.

L’annonce faite aux Français montre donc l’impasse dans laquelle se trouve le pouvoir. Elle renforce l’idée d’une prise de conscience élyséenne du fossé qui se creuse entre l’exécutif et le pays réel, ce qui est incontestablement un changement.

En réalité, l’idée que la majorité pouvait faire pire qu’en 2004 n’a pas traversé l’esprit des stratèges qui entourent le chef de l’Etat avant la dernière ligne droite, la campagne officielle. L’UMP se voyait même, il n’y a pas si longtemps, en passe de ringardiser définitivement les socialistes et d’incarner le renouveau sur le thème des régions mal gérées, adeptes de la hausse de l’impôt et largement responsables des déficits publics. Certes, le discours reste le même, mais encore une fois, la conviction a disparu, accrochée au fil des mauvais jours qui se sont succédé ; à celui d’une campagne dans laquelle l’invective et l’insulte ont trop longtemps occulté le sérieux de certaines propositions... La forme contre le fond, le fond cédant l’espace médiatique à la forme. Les sondages - officiellement contestés, officieusement décortiqués – sont venus parachever le travail et sonner le glas des espoirs les plus modestes en rappelant à la majorité la cruelle réalité politique. Elle détient deux régions, l’Alsace et la Corse, qu’elle pourrait perdre sans obtenir de contrepartie ; et avec elles, son unité que le chef de l’Etat a vainement tenté de consolider à grands coups de menton et d’avertissements avant d’annoncer « la pause ».

Majorité : la certitude de la défaite

Nicolas Sarkozy ignorait-il que les réformes mal préparées et mal votées étaient sujettes à contestation ? Avait-il volontairement oublié que la conquête engendre souvent le ressentiment dans une même famille, surtout quand les récompenses vont aux « étrangers » recrutés dans le camp adverse au nom de l’ouverture ? Et se souvenait-il réellement que la victoire, contexte de crise ou pas, finit toujours par s’embourber et s’user dans la gestion quotidienne ?

Tous les présidents et toutes les majorités l’ont vérifié à leurs dépens, le plus souvent à l’occasion d’élections régionales. Le RPR et l’UDF. Le PS, le PC et les Verts de la majorité plurielle. Le général de Gaulle, Georges Pompidou, Valéry Giscard d’Estaing et François Mitterrand à la fin du XXème siècle. Jacques Chirac, au tout début du XXIème... Tous ont, également et symétriquement, subi les effets collatéraux et quelquefois dévastateurs de la victoire. Et si, au-delà des sondages et des dénégations nous pouvons affirmer aujourd’hui que l’UMP et l’Elysée font à leur tour ce difficile constat, c’est parce qu’à mi-mandat, à l’occasion de la dernière consultation intermédiaire avant 2012, la discorde reste le seul viatique identifiable de la campagne.

L’UMP vaincue d’avance par son opposition. L’UMP vaincue d’avance par son bilan national sur fond de crise. L’UMP vaincue également et surtout par elle-même, par ses promesses impossibles à tenir, son incapacité à enrayer la montée du chômage et à distribuer du pouvoir d’achat.

A deux jours du premier tour, certains candidats ne font même plus campagne. Ou s’ils la font, c’est uniquement pour donner le change et ne pas sombrer en laissant l’impression d’avoir refusé le combat. Ceux-là profitent de l’élan primaire qui les pousse et les poussera encore, vaille que vaille, jusqu’au rendez-vous déjà raté, mais après ?

PS : pronostic de victoire

Autre signe des temps qui changent : Martine Aubry, longtemps brocardée pour sa rudesse et son absence de charisme est en passe de s’imposer comme la grande patronne de la gauche. C’est, pour elle, la sortie d’un long tunnel et la satisfaction de voir enfin couronnés les efforts engagés après le très décrié sacre de Reims. Cette reconnaissance tardive et encore fragile a poussé la première secrétaire à commettre l’imprudence de pronostiquer un grand chelem historique, signe que la métamorphose n’est pas totalement accomplie.

Les responsables de l’UMP ont bien dénoncé un propos « connoté de mépris pour l’électeur », mais, dans un même temps, ils ont modifié leur discours pour mieux épouser les évolutions successives de celui de Nicolas Sarkozy. Il s’agirait donc d’un scrutin à portée territoriale dont les résultats n’auront aucune incidence sur le gouvernement ou sur la politique menée depuis 2007. Ni plus, ni moins ! Pas question de céder à ceux qui militent pour une « instabilité ministérielle permanente » ; ceux qui voudraient que les ministres ou les secrétaires d’Etat battus démissionnent. Et pour cause. Ils sont une petite vingtaine à briguer les suffrages. Des membres du gouvernement partis triomphalement à la bataille et épuisés ou découragés avant même d’avoir vu le premier bulletin tomber dans une urne.

Michel Verpeaux

Dès lors, on comprend mieux la précision sémantique donnée par le chef de l’Etat : « Elections nationales conséquences nationales, élections régionales conséquences régionales ». Il suffisait de le dire. Et pour le dire, le concevoir. Et pour le concevoir être capable d’envisager le danger qui menaçait… L’exécutif en a pris la mesure, mais un peu tard. D’où le rétropédalage après un début de campagne mortifère pour la majorité dont certains de ses membres ont cru pouvoir accéder à la lumière en passant par les égouts. Ainsi l’utilisation, dans le Val d’Oise, d’un pseudo extrait de casier judiciaire d’un candidat socialiste, Ali Soumaré, plutôt que d’un catalogue de propositions, s’est avérée une boulette. La boulette de Francis Delattre, maire de Franconville, et d’Axel Poniatowski, le président de la commission des Affaires étrangères à l’Assemblée nationale qui a repris l’accusation lancée par son collègue sans se soucier d’en vérifier l’exactitude. Depuis, la majorité n’est plus elle-même. Et ce n’est pas l’engagement total de François Fillon pour une reconquête de l’Ouest qui devrait changer la tendance. « La politique ce n’est pas de l’arithmétique », a notamment affirmé le Premier ministre, « c’est de la dynamique et la dynamique est de notre côté ». Peut-être. Mais seulement s’il parvient à convaincre les abstentionnistes proclamés, soit un peu plus de 50% du corps électoral français soucieux de l’avenir et consterné par la légèreté et l’apparente indifférence de ses dirigeants.

 

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