ONU / Humanitaire

La coordination de l'aide humanitaire en question

Une mère et son fils dans une banlieue en ruines de Port-au-Prince, le 9 février 2010.
Une mère et son fils dans une banlieue en ruines de Port-au-Prince, le 9 février 2010. Reuters
Texte par : RFI Suivre
6 mn

Le séisme en Haïti hante toujours les esprits. D'abord parce que le drame fut effroyable. Ensuite parce que le drame n'est pas terminé. Matériellement et psychologiquement. Enfin parce que les humanitaires s'interrogent plus que jamais sur les réponses à apporter dans de telles situations. L'une de ces réponses tient en deux mots : casques rouges. Non par opposition à casques bleus mais en complémentarité. Une réponse encore incertaine mais qui a le mérite de vouloir « faire bouger » la communauté internationale.

Publicité

Dans une Tribune intitulée « Des casques rouges à l’ONU : une urgence humanitaire », publiée par le quotidien français Le Figaro le 5 avril 2010 et sur le site Grotius.fr, Jean Ping, président de la Commission de l’Union africaine et Nicole Guedj, ancienne ministre et présidente de la Fondation casques rouges affirment : « Ce qu’il nous manque aujourd’hui, c’est une force internationale humanitaire de réaction rapide, que nous appelons de nos vœux. Il existe des casques bleus pour les conflits armés. Il est temps de créer des casques rouges, –rouge, comme la couleur des secours- pour les catastrophes naturelles. Nouveau centre de crise mondial, les casques rouges veilleraient à faciliter l’action des ONG et coordonner l’action des Etats en situation d’urgence. L’urgence, cette période de la crise trop peu anticipée, trop peu maîtrisée, trop aléatoire. Certes, il faut un laps de temps incompressible pour acheminer l’aide internationale mais une fois sur place, nous devrions être en mesure de déployer nos efforts de manière organisée et coordonnée. Sans perdre de temps ».

Le séisme qui a frappé Haïti le 12 janvier 2010 a fait environ 220 000 morts et laissé plus d'un million d'habitants sans abri, ravageant une partie de la capitale Port-au-Prince et plusieurs autres villes. On évalue les dégâts à 7,9 milliards de dollars, soit plus de 120% du PIB haïtien, dont 4,4 milliards pour les infrastructures comme les écoles, hôpitaux, routes, ponts, immeubles, ports et aéroports. Les dégâts ont concerné à 70% le secteur privé. Les besoins d'Haïti pour se reconstruire sont évalués à au moins 11,5 milliards de dollars sur trois ans, selon la Banque mondiale et l'ONU.

Face à l’ampleur du désastre haïtien, la communauté internationale s’interroge : comment mieux coordonner les secours et l’aide acheminés dans les premières heures, les premiers jours en temps de catastrophe naturelle ? Ces premières heures, premiers jours sont essentiels. Pour sauver le maximum de vies bien sûr, soulager les blessés. Mais aussi pour une meilleure gestion de la crise dans les semaines, les mois qui suivent. Comment éviter des « embouteillages » aériens comme ce fut le cas en Haïti ? Comment éviter une dispersion des efforts des secouristes de toutes nationalités et de tous corps – pompiers, gendarmes, armée, etc. ? Comment rendre efficace l’indispensable coordination entre acteurs étatiques et non-gouvernementaux ? Comment permettre aux ONG de mieux travailler, chacune selon leurs compétences et capacités de mobilisation ?

Tous les observateurs ont pointé lors du drame haïtien nombre de points faibles et de failles pendant la phase d’urgence. De nombreuses voix se sont élevées, enfin, pour s’interroger sur le rôle des Etats-Unis qui se sont imposés comme la seule « grande puissance humanitaire », le seul Etat dans le monde ayant une capacité militaire de mobilisation de premier plan...

Vers une gouvernance mondiale humanitaire ?

A lire sur...

Pour éviter la « main mise » d’un seul pays sur l’aide et la gestion de la crise, Jean Ping et Nicole Guedj, dans cette Tribune, font ce constat : « La catastrophe d’Haïti l’a prouvé. La communauté internationale doit prendre conscience de la nécessité de doter le monde humanitaire d’un "chef d’orchestre". C’est vital pour les victimes et urgent pour les secouristes qui déplorent de ne pouvoir optimiser leurs actions par manque d’organisation et de coordination. Un "chef d’orchestre" qui, sans hégémonie, avec neutralité et impartialité, s’imposerait comme la colonne vertébrale de cette coordination de l’aide ».

Un « chef d’orchestre » neutre et impartial, à la fois centre de prévision et de gestion des catastrophes naturelles… D’où l’idée donc de ces casques rouges onusiens. Idée séduisante « sur le papier » dont le contenu et les contours ne sont pas cependant encore suffisamment définis… Quelle place occuperont les ONG, ces acteurs non-gouvernementaux de type MSF, dans ce dispositif ? Seront-ils acteurs à part entière ou de simples sous-traitants, intervenants de second plan en quelques sortes ? Quels rapports et mécanismes seront instaurés avec les bailleurs de fonds ? Comment ne pas tomber dans une gouvernance mondiale humanitaire qui imposerait « ses choix » ? Comment ne pas mélanger les genres : action humanitaire, géopolitique et intérêts stratégiques ?

Comment mettre en pratique cette indispensable « neutralité et impartialité », comme l’écrivent les deux cosignataires de ce texte, de « cet état-major qui, par anticipation, identifierait les besoins et mutualiserait les ressources humaines et matérielles existantes. Un état-major qui disposerait d’antennes sur chaque continent pour définir des schémas directeurs d’intervention destinés à harmoniser les procédures. Une force opérationnelle d’appoint qui serait déployée, dans l’urgence, pour coordonner les secours et réguler l’aide internationale ».

Il faudra ne pas oublier, enfin, que cette catastrophe qui a touché de plein fouet Haïti n’est pas si « naturelle »… Elle est d’abord politique. C’est le drame de la pauvreté, d’une absence de développement dans des secteurs-clefs comme ceux des infrastructures et de l’éducation et d’une gestion de la chose publique dominée pendant des décennies par la corruption.

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail