Allemagne / Afghanistan

Angela Merkel s’incline devant les soldats allemands tués en Afghanistan

La chancelière allemande Angela Merkel lors des funérailles de trois soldats allemands tombés en Afghanistan.
La chancelière allemande Angela Merkel lors des funérailles de trois soldats allemands tombés en Afghanistan. Reuters / Martin Meissner
Texte par : RFI Suivre
3 mn

La chancelière allemande a participé vendredi 9 avril pour la première fois à des cérémonies organisées pour honorer des soldats de la Bundeswehr en Afghanistan. Un tournant, alors que l’intervention allemande a longtemps été mal expliquée à une population rétive.

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De notre correspondant à Berlin, Pascal Thibault

La pression a fini par être trop forte. Elle avait commencé par les nombreuses questions de la presse au porte-parole du gouvernement mercredi 7 avril. Jeudi matin, le quotidien Bild Zeitung s’interrogeait avec article de taille : « Pourquoi la chancelière ne rend-t-elle pas hommage à nos soldats ? ». Le journal publiait en prime des photos d’autres chefs de gouvernement comme Barack Obama, Nicolas Sarkozy ou Silvio Berlusconi qui participent régulièrement à des cérémonies en hommage à des soldats tombés en Afghanistan, ou ailleurs.

Jeudi matin finalement, on apprenait que la chancelière interrompait ses vacances aux Canaries pour participer à la cérémonie ce vendredi pour les trois soldats tués il y a une semaine en Afghanistan après une attaque subie par les talibans. Trente-neuf soldats allemands sont morts en huit ans dans le cadre de cette mission, mais jamais les pertes n’avaient été aussi lourdes pour la Bundeswehr depuis la Seconde Guerre mondiale.

Angela Merkel, lors d’une cérémonie émouvante, s’est inclinée devant les cercueils des trois soldats. La chancelière allemande a concédé que l’intervention en Afghanistan était plus complexe qu’on ne l’avait pensé au départ. Elle a déclaré comprendre les états d’âme de ses compatriotes qui, à une large majorité, rejettent la présence de la Bundeswehr sur place. Mais Angela Merkel a en même temps défendu cette mission (plus de 4 000 soldats allemands sont déployés actuellement en Afghanistan). Elle est revenue sur la nouvelle stratégie de Berlin - à savoir le transfert à terme de la souveraineté aux autorités locales - sans toutefois donner une date pour le retrait de la Bundeswehr, jugé « irresponsable ».

La présence de la chancelière à cette cérémonie est perçue comme un tournant. Jusqu’à présent, Angela Merkel laissait sur ce dossier délicat la priorité à son ministre de la Défense. Visiblement, elle entend s’exposer plus à l’avenir. Dès ce week-end, la chancelière allemande se rendra à Potsdam aux portes de Berlin où les interventions allemandes à l’étranger sont coordonnées.

Dans un pays où les interventions militaires à l’étranger remontent à une quinzaine d’années et où une forte tradition pacifiste domine, de telles missions n’ont rien de normal. Elles ont rompu avec la tradition d’une armée allemande purement défensive qui, avant la chute du Mur de Berlin, faisait des manoeuvres sur son territoire contre un ennemi - l’URSS - assez virtuel.

L’engagement en Afghanistan est d’une toute autre nature. Une nature que les responsables politiques ont longtemps, sciemment ou non, dissimulé à leurs compatriotes. L’intervention allemande a été avant tout présentée comme une promenade de santé humanitaire. Les risques militaires ont été minimisés. Les médias ont longtemps oublié cette mission lointaine. Les soldats l’étaient tout autant, s’estimant incompris dans leur propre pays.

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