Afrique du Sud

Electricité: polémique sur le financement d’une centrale au charbon par la Banque mondiale

Des organisations environnementales ont fait pression pour empêcher l'octroi de ce prêt de la Banque mondiale à l'Afrique du Sud, soulignant qu'il financerait l'une des sources de production d'énergie les plus polluantes au monde.
Des organisations environnementales ont fait pression pour empêcher l'octroi de ce prêt de la Banque mondiale à l'Afrique du Sud, soulignant qu'il financerait l'une des sources de production d'énergie les plus polluantes au monde. Reuters
Texte par : Frédéric Garat
3 mn

La Banque mondiale a accordé jeudi 8 avril un prêt de 3,75 milliards de dollars à l’Afrique du Sud pour qu’elle finance des projets de modernisation de ses structures électriques.

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L’économie avant l’écologie ! La Banque mondiale aura donc été peu sensible à la campagne orchestrée par plusieurs organisations écologistes d’une part, et l’opposition politique sud-africaine, d’autre part.

Les premiers dénonçaient d’importants risques de pollution dans la région de Medupi au nord-est du pays, où une centrale à charbon va être construite par Eskom, la société nationale d’électricité. Un projet rendu possible grâce au prêt de 3,75 milliards de dollars consenti par l’institution de Washington. « C’est un projet qui va émettre 25 millions de tonnes de CO2 par an dans l’atmosphère, ce qui est énorme. C’est l’équivalent de 5% des émissions françaises ! », s’insurge Anne-Sophie Simpere de l’ONG les Amis de la Terre.

Les autres détracteurs de ce prêt sont les représentants de l’opposition sud-africaine. Helen Zille, chef de l’Alliance démocratique, avait demandé à la Banque mondiale d’utiliser « son pouvoir pour dire qu’elle ne peut pas soutenir un tel abus de pouvoir ». L’abus dénoncé est celui de l’ANC, aux commandes du pays, mais également actionnaire à hauteur de 25% de la société Hitachi Africa, qui fournira les chaudières de la nouvelle centrale de la province du Limpopo. Le conflit d’intérêt n’a pas paru évident aux yeux de certains. Les recours introduits par l’opposition pour faire pression sur la Banque mondiale et conditionner le prêt à l’abandon des parts de l’ANC dans Hitachi n’ont pas eu, eux non plus, le succès escompté.

En écho aux revendications environnementalistes, le responsable des questions énergétiques pour l’Afrique à la Banque mondiale invoque l’autre projet porté par Eskom et financé par l’institution. Il s’agit de l’installation d’éoliennes et de panneaux solaires qui devraient permettre à l’Afrique du Sud de produire à terme 100 mégawatts d’énergie propre. C’est « la plus grande expérience d’énergie verte des pays en développement », affirme Vijay Iyer de la Banque qui va donc débloquer 260 millions de dollars pour cela.

Reste que les besoins sud-africains sont immenses et que ce prêt ne représente qu’un dixième des financements dont le pays a besoin pour mettre la production électrique (énergie vert ou polluante) au niveau de la demande des populations et des entreprises.

La centrale de Medupi, une fois achevée en 2015, produira 4 800 mégawatts et augmentera de 12% les capacités du pays. Un pays qui est en sous-capacité chronique. L'Afrique du Sud produit à l’heure actuelle 42 000 MW, soit près de la moitié de ses besoins réels.

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