France / Retraites

En France, coup d'envoi d'une concertation à haut risque sur les retraites

Le 23 mars 2010 des manifestations contre la réforme des retraites, la hausse du coût de la vie et pour l'emploi ont eu lieu dans toute la France.
Le 23 mars 2010 des manifestations contre la réforme des retraites, la hausse du coût de la vie et pour l'emploi ont eu lieu dans toute la France. AFP/Frédérick Florin
Texte par : Francine Quentin
4 mn

Le débat sur les retraites s’est ouvert lundi 12 avril 2010. Le ministre du Travail, Eric Woerth, recevait successivement les syndicats et les organisations patronales. Une occasion pour chacun de rappeler ses positions, avant d’entrer dans le vif des discussions qui devraient durer plusieurs semaines. Le gouvernement espère présenter un texte au Parlement en septembre 2010.

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Nicolas Sarkozy a fait de la réforme du régime des retraites sa priorité pour 2010. L'enjeu est de taille : c'est la pérennité d'un système auquel les Français sont attachés mais dont le financement n'est plus assuré à terme avec l'allongement de la durée de la vie. Un seul point d'accord entre le gouvernement, les syndicats et le patronat : le système actuel des retraites ne peut pas durer ainsi. En 2009, le déficit du régime général, qui couvre 12 des 15 millions de retraités, a atteint 7 milliards d'euros. Avec l'allongement de la durée de vie, François Fillon a estimé qu'en ne faisant rien, ce déficit annuel atteindrait 100 milliards par an en 2050.

Répartition contre capitalisation

Ce constat établi, que faire ? Nicolas Sarkozy a exprimé sa préférence pour le maintien d'un régime par répartition : c'est-à-dire que les salariés d'aujourd'hui payent pour les retraités actuels. Les syndicats sont aussi sur cette ligne. Mais le Medef, l'organisation patronale, plaide pour une part plus grande des retraites par capitalisation : dans ce cas chacun épargne pour sa propre retraite. En France, les compléments de retraite par capitalisation ou fonds de pension représentent peu de chose, contrairement aux pays anglo-saxons. Mais face au danger de voir tout le système s'écrouler, certains jeunes sont prêts à envisager ce pis aller.

Mais si l'on veut maintenir le régime par répartition il n'y a pas beaucoup de solutions possibles. Travailler plus longtemps, cotiser davantage ou percevoir moins. La baisse du niveau des retraites est unanimement rejetée. Mais travailler plus longtemps est une solution très controversée. Les syndicats font de l'âge légal de la retraite à 60 ans un casus belli. Le Medef verrait bien un recul à 63 ans.

Hostilité des intéressés

Reste l'allongement de la durée de cotisation, elle passe à 41 ans en 2012. Le gouvernement y est favorable, la CFDT demande à voir mais les autres syndicats s'y opposent. Et puis, à l'exception de certains cadres, l'idée de partir plus tard à la retraite rencontre l'hostilité de la plupart des Français concernés. Et à cela il y a une raison, souvent invoquée, c'est la dégradation des conditions de travail des seniors.

Sans compter que les seniors sont éjectés du marché de l'emploi. En France moins de quatre salariés âgés de 55 à 65 ans sur dix sont encore au travail. D'où l'idée de trouver des financements supplémentaires aux retraites. Actuellement elles sont assises sur les cotisations des entreprises et celles des salariés. Les syndicats demandent aussi un élargissement du financement, comme la taxation des revenus financiers ou la fin des exonérations de charges patronales. Nicolas Sarkozy a ouvert une porte en évoquant un prélèvement spécifique sur les plus riches. La discussion ne fait que commencer. Le gouvernement voudrait présenter un projet au Parlement en septembre.

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