Masters d'Augusta: Tiger Woods venu montrer un nouveau visage termine à une peu glorieuse 4e place

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Arrivé à Augusta repentant, promettant de montrer un nouveau visage, celui d'un "homme meilleur", Tiger Woods a quitté le Masters la mâchoire serrée, peu satisfait de sa 4e place.

Quel contraste ! Au lieu d'assister au sacre d'un homme, Tiger Woods, qui a avoué avoir trahi sa femme de façon "horrible", l'Amérique bien pensante s'est régalée dimanche du succès d'un gars simple et sympathique, Phil Mickelson, venu faire rouler ses larmes de joie sur l'épaule de son épouse, Amy, qui bataille depuis près d'un an contre un cancer du sein.

Cinq mois après le début de la tempête médiatique causée par les révélations autour de la vie privée du meilleur golfeur du monde et par ses aveux de relations extra-conjugales, Woods n'a donc pas réussi son pari. Il a fini à cinq coups de Mickelson, 4e ex aequo avec le Sud-Coréen KJ Choi.

Sur les nobles lieux de son premier sacre en tournoi du Grand Chelem (1997), Woods a été trop irrégulier pour prétendre l'emporter. Branché sur courant alternatif, il a quand même su rester au contact de la tête sur quatre tours.

Interrogé à la télévision sur ce qu'il retirait de cette première compétition depuis que sa vie avait changé, Woods s'est bien gardé de sortir du fairway, répondant en termes golfiques sans aborder l'humain.

"J'ai fini quatrième, ce n'est pas ce que je voulais, je voulais gagner ce tournoi, a-t-il dit. A mesure de la compétition, j'ai de moins en moins bien joué. J'ai fait trop d'erreurs sur les greens. Mais malgré ça, j'ai su me mettre en position de gagner, creuser en moi, je peux être fier de ça."

Circulez, il n'y a rien à dire ! Tel était un peu le message du N.1 mondial, qui veut "réévaluer les choses" avant de dire quel sera son prochain tournoi.

A côté, c'est comme si les mots de Mickelson sonnaient plus justes.

"Avoir ma femme et nos trois enfants pour partager ce bonheur, après tout ce que nous avons traversé depuis un an, c'est vraiment beaucoup d'émotions", a dit au micro le Californien, avec des trémolos dans la voix.

Amy Mickelson, affaiblie par le traitement, n'avait plus voyagé depuis onze mois et assistait à son premier tournoi depuis le diagnostic médical.

La famille de Woods, sa femme Elin et ses deux jeunes enfants, n'étaient pas de la partie. Seul son défunt père était là, ou plutôt sa voix, posée sur une publicité de Nike qui est passée en boucle durant le tournoi et qui demandait à un Tiger au visage contrit: "As-tu appris quelque chose ?"

Woods avait promis une autre attitude mais il y a du +Docteur Tiger et Mister Woods+ durant ce Masters. Du bon et du moins bon.

Du bon, quand il s'est montré réceptif aux nombreux encouragements du public et cordial avec ses adversaires. Du moins bon, quand il a parfois relâché son langage, au mépris de ses nouvelles résolutions. +Tiger, tu crains ! Nom de dieu+, a-t-il lancé après un drive raté. Les médias américains en ont fait des tonnes et le "Tigre" n'a pas bien compris: "Je pense que les gens en font trop à ce sujet, j'avais raté mon coup, je ne pouvais pas être content".

Ce soupçon d'humanité qui a encore manqué a Woods, c'est justement ce qui fait de "Phil" (ou "Lefty", gaucher) le champion apprécié qu'il est.

Un champion qui a mis sa carrière entre parenthèses lui aussi, mais pour être au chevet de sa femme, puis de sa mère, quand leur cancer du sein se déclara quasi-simultanément il y a près d'un an.

Un champion qui est passé si près si souvent, terminant six fois 2e et six fois 3e en Grand Chelem depuis 1994, et qui a toujours gardé sa simplicité et son sens du contact avec le public, qu'il salue toujours de sa casquette, d'un geste de modestie ou d'un sourire gêné.

Le Masters a montré que l'Amérique du golf était en voie de pardonner à Woods, son enfant chéri, mais elle n'a pas hésité dimanche à lui tourner le dos pour pleurer avec un bonhomme de près de quarante ans qui ne l'a jamais déçue.