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Haïti

En Haïti, la présence des ONG de santé toujours indispensable

Des médecins de MSF lors d'une intervention chirurgicale à l'hôpital de campagne Saint-Louis à Port-au-Prince.
Des médecins de MSF lors d'une intervention chirurgicale à l'hôpital de campagne Saint-Louis à Port-au-Prince. Photo: Benoit Finck/ MSF

En Haïti, trois mois après le tremblement de terre, la situation sanitaire est toujours critique. Après une première phase d’interventions médicales de première urgence, les personnels de santé doivent faire face à de nouveaux besoins et à des pathologies qui nécessitent tout autant de soins immédiats. Reportage avec les équipes de Médecins sans Frontières à Port-au-Prince. 

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Envoyée spéciale à Port-au-Prince,

Plus un seul centimètre de libre sur les bancs où se serrent des patients. Stoïquement, ils bravent la chaleur écrasante qui règne sous cette tente qui fait office de salle d’attente. Le centre de santé de Saint-Louis, un hôpital de campagne de Médecin sans Frontières (MSF) à Port-au-Prince, accueille chaque jour gratuitement quelque 150 personnes. « A partir d’un certain moment de la journée, on est obligé de dire à ceux dont la pathologie ne nécessite pas une intervention d’urgence, de revenir le lendemain. On reçoit beaucoup de monde ici », explique Elisabeth, la responsable du centre de Santé.

Guilène Mosoule a eu de la chance aujourd’hui. Déjà renvoyée à plusieurs reprises, elle a réussi cette fois à d’obtenir une consultation médicale. « Je suis venue avec deux de mes enfants. L’un souffre de la gale et n’arrête pas de se gratter. L’autre s’est blessé la tête en tombant. Je me fais du soucis pour eux ».

92 000 patients depuis le séisme

Depuis le séisme, MSF a pris en charge 92 000 patients. Trois mois après le tremblement de terre, les interventions médicales ont changé de nature. « On est en train de quitter les pathologies liés au séisme, comme les amputations, les plaies, les écrasements de membres. Désormais nous devons gérer les séquelles de ces blessures intervenues au moment du séisme, mais nous sommes surtout confrontés à de nouvelles pathologies », constate le docteur Rémy Zilliox. « Ces pathologies, qui apparaissent maintenant, sont directement liées aux conditions de vie très précaires des Haïtiens après le désastre».

Les conséquences de ces conditions de vie sur la santé des sinistrés sont multiples. « Nous constatons en ce moment une augmentation des cas de maladies respiratoires » confirme une infirmière du centre de santé de Saint-Louis. « Ce n’est pas encore alarmant, mais si augmentation il y a, c’est sans doute dû à la pluie. Beaucoup de nos patients vivent sous des bâches ou sous des tissus. Quand il pleut, ils sont trempés et ils prennent froid ».

La peur des épidémies

La pluie et ses effets sont aussi la principale source d’inquiétude du chef de mission de Médecins sans Frontières en Haïti. « Notre crainte aujourd’hui c’est clairement le risque épidémique », souligne Salha Issoufou. « Avec l’arrivée de la saison des pluies, ce sont surtout des cas de diarrhée qui vont se multiplier. Dans les camps de sinistrés règne une promiscuité extrême. Il n’y a ni suffisamment de douches, ni de latrines. Les gens font leurs besoins un peu partout. Donc vous imaginez la situation avec l’arrivée de l’eau ».

Des cas de brûlures en hausse suite à la pérennisation des camps

L’hôpital de campagne de Saint-Louis s’agrandit constamment. Depuis quelques jours, des tentes gonflables accueillent un centre de grands brûlés.
Une décision qui s’imposait, explique le docteur Rémy Zilliox. Ce spécialiste du centre des grands brûlés du centre hospitalier universitaire (CHU) de Lyon n’en est pas à sa première mission en Haïti. « Imaginez une population qui a l’habitude de vivre dans une maison et qui du jour au lendemain se retrouve dans une tente. On s’éclaire avec quoi ? Avec une bougie, avec une lampe à pétrole. Elle tombe et enflamme l’abri provisoire ».

« D’autres brûlures graves interviennent au moment où les femmes font la cuisine et ceci dans des conditions assez acrobatiques », renchérit Anne Châtelin, coordinatrice MSF de l’hôpital Saint-Louis. « Les casseroles sont installées sur des pierres. La pierre glisse sur la boue provoquée par la pluie. La casserole tombe, la personne se brûle. Il y a aussi beaucoup de cas d’électrocution. Vous n’avez pas idée du nombre de fils électriques qui traînent par terre ».

« Sur dix-neuf lits réservés actuellement aux grands brûlés, nous avons une prédominance d’enfants », constate encore le docteur Rémy Zilliox.

Autre fléau : la malnutrition

Les plus jeunes des survivants du séisme sont avant tout victimes d’un autre fléau, la malnutrition.

^Nous avons des crieurs qui partent autour du centre de santé pour alerter sur le problème de la malnutrition et demander aux mamans de venir le plus vite possible si elles ont l’impression que leur bébé ne grandit pas, ne grossit pas, mange mal parce que c’est une maladie à risque…

Elisabeth, responsable du centre de santé à Saint-Louis, insiste sur les risques de malnutrition

La gratuité des soins est indispensable

Depuis quelques jours, beaucoup d’hôpitaux privés facturent à nouveau leurs soins, alors que l’urgence médicale, mais aussi sociale, perdure.

« En Haïti, environs 90 000 emplois ont été perdus à la suite du séisme. Chaque employé a au moins cinq ou six personnes à sa charge, dénombre Salha Issoufou. Ce qui veut dire que quelques 450 000 personnes n’ont aujourd’hui pas accès aux soins, auxquelles s’ajoutent les 13 millions de sans-abri. Nous estimons donc que la poursuite de la gratuité des soins est fondamentale pour accompagner cette population ».

Dans la salle d’attente du centre de santé, Jean-Jasmin patiente. « Vous savez, depuis le tremblement de terre, tout le monde est malade en Haïti. C’est un vrai problème pour la population. Comme à Médecin sans Frontières on donne les soins de santé gratuitement et que c’est si cher ailleurs, et bien on vient tous ici maintenant ».

Médecins sans frontières prévoit de rester en Haïti pour une durée indéterminée.
 

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