Justice internationale

Radovan Karadzic affronte le premier témoin du procureur

Capture d'écran de la télévision du Tribunal pénal international de la Haye, montrant l'ancien chef politique des Serbes de Bosnie, Radovan Karadzic, le 13 avril 2010.
Capture d'écran de la télévision du Tribunal pénal international de la Haye, montrant l'ancien chef politique des Serbes de Bosnie, Radovan Karadzic, le 13 avril 2010. AFP/ICTY

Le procès de Radovan Karadzic a repris devant le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY) avec l’audition du premier témoin du procureur, qui dépose à charge contre l’ancien chef politique des Serbes de Bosnie, accusé de génocide, crimes contre l’humanité et crimes de guerre commis en Bosnie-Herzégovine entre 1991 et 1995.

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De notre correspondante à La Haye,

Ahmed Zulic est un rescapé du camp de détention de Manjaca. Une simple grange, perdue dans un village du nord-ouest de la Bosnie-Herzégovine et dans laquelle s’entassaient, en 1992, plusieurs centaines de prisonniers croates et musulmans, détenus par les forces serbes dans des conditions sanitaires effroyables. Premier des 409 témoins qui seront appelés par le procureur au cours d’un procès qui devrait durer près de 30 mois, il a été détenu ici pendant plus de cinq mois. C’était il y a 18 ans. Son quotidien était alors fait d’interrogatoires musclés, de passages à tabac et de privations. « J’ai eu les côtes cassées », raconte-t-il aux trois juges, un sud-coréen, un britannique et un trinidadien. « Ils m’ont piétiné les mains, cassé les doigts ». En sortant du camp, le témoin affirme qu’il n’était plus « en mesure de parcourir 1 000 mètres ». A 60 ans, Ahmed Zulic apparaît à la barre comme un homme brisé. « Physiquement, je suis tout a fait incapable, inapte et il y a ce fardeau psychologique qui me rattrape aujourd’hui. Je sais ce qu’il va se passer lorsque je rentrerai à la maison ». Mais dans un premier temps, ce cauchemar ne suscite chez Radovan Karadzic qu’une succession de bâillements jusqu’à ce qu’il prenne à son tour la parole.

Radovan Karadzic est un piètre avocat

Dès les premières minutes, le substitut du procureur, Ann Sutherland, objecte aux commentaires de l’accusé. Repris par les juges, ce dernier s’excuse « d’être maladroit ». C’est une première pour lui, argue-t-il, « je m’excuse, mais je m’y ferai ». Radovan Karadzic est un piètre avocat. Accusé de génocide, crimes contre l’humanité et crimes de guerre, il refuse d’être doublé dans le prétoire par un défenseur. Mais il dispose néanmoins d’une solide équipe de défense qui intervient en coulisse, formée de juristes aguerris et dirigée par l’avocat californien Peter Robinson. Dans la salle d’audience, l’un de ses assistants, Marko Sladojevic doit fournir entre deux questions une formation accélérée à son client, qui révèle par erreur le nom de témoins protégés et tente de faire dire au témoin des propos qu’il refuse manifestement. « Rien ne m’intéresse plus aujourd’hui dans la vie, à part la vérité », a rétorqué Ahmed Zulic, « je n’étais pas un militaire, je ne faisais pas de politique ». L’ex-chef des Serbes de Bosnie voudrait faire avouer au témoin que la région était cernée de « bérets verts », portés par la résistance bosniaque. Cela justifierai les attaques serbes – puisque la guerre n’est pas illégale – et la détention de prisonniers. Mais le seul béret vert que le témoin a croisé dans sa vie était « celui d’un douanier, à la frontière allemande !». Un pied de nez qui a valu à Radovan Karadzic les rires dans la galerie publique où étaient présents quelques représentants des victimes, puis un rapide cours de droit du juge britannique, Howard Morisson.

Le procureur appellera 409 témoins

Ce premier face à face de Radovan Karadzic avec l’un de ses accusateurs n’a manifestement pas plaidé en sa faveur. Mais l’accusé aura le temps de se former aux pratiques du tribunal. Le procureur compte appeler à la barre quelque 409 témoins. D’autres victimes se présenteront à la barre du tribunal, mais aussi des diplomates et des responsables militaires des forces internationales présentes en Bosnie durant la guerre, parmi lesquels des officiers français. Radovan Karadzic devrait aussi être confronté à des repentis, des hommes qui étaient à ses côtés lorsqu’il mettait en œuvre sa politique d’épuration ethnique, mais qui devraient cette fois témoigner contre lui.

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