Sommet mondial sur la sécurité nucléaire

De la non-prolifération à la dénucléarisation

Le sommet mondial sur la sécurité nucléaire a eu lieu le 13 avril 2010,  à Washington.
Le sommet mondial sur la sécurité nucléaire a eu lieu le 13 avril 2010, à Washington. AFP / Paul J. Richards
Texte par : RFI Suivre
9 mn

En attendant le programme de dénucléarisation mondiale dont rêve le président américain Barack Obama, c’est surtout comme une piqûre de rappel diplomatique qu’il faut considérer le sommet de Washington, première réunion d’envergure sur le risque atomique de l’après guerre froide. Les Etats conviés au Sommet ont promis de mieux surveiller leurs propres stocks et de soutenir l’Agence de surveillance atomique, l’AIEA, pour écarter le danger de voir des terroristes se servir d’une « bombe sale » mise sur le marché du nucléaire par un quelconque Etat voyou.

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A Washington, les 47 Etats participants se sont donnés rendez-vous en 2012 en Corée du Sud pour un premier bilan de l’effort mondial de sécurisation des matériaux fissiles, uranium enrichi ou plutonium, qui pourraient alimenter le terrorisme nucléaire, la nouvelle menace identifiée par les stratèges internationaux. Le 11-Septembre et la chute du Mur entre Est et Ouest ont en effet changé la donne de la dissuasion nucléaire. Et c’est sans grand effet de surprise que le 14 avril, les Etats-Unis et la Russie ont signé un protocole d’entente organisant le retrait progressif de leur circuit atomique respectif de 34 tonnes de plutonium, un volume de combustible virtuel qui aurait pu permettre de fabriquer quelque 17 000 bombes atomiques.

 
Changement d’atmosphère Est-Ouest

Vu du Kremlin, le sommet sur le nucléaire a été « un franc succès » qui marque un « changement d'atmosphère » dans les relations russo-américaines comme l’a souligné le président russe Dmitri Medvedev. De fait, le rideau de fer nucléaire est levé. Le monde bipolaire de la guerre froide renvoyé au passé, « la Russie a besoin d'une Amérique responsable, pacifique, qui fasse preuve d'autorité ». Bref, comme en témoigne le nouveau traité Start II signé à Prague le 8 avril 2010 pour organiser une réduction notable des arsenaux nucléaires russes et américains, les Etats-Unis sont désormais un partenaire avec lequel la Russie « va collaborer sur les problèmes mondiaux les plus importants ».

Maillon faible de l’ancien circuit nucléaire soviétique depuis son indépendance, l’Ukraine s’est engagée à Washington à imiter le Chili, le Canada et le Mexique qui ont promis de faire tourner leurs réacteurs nucléaires avec de l’uranium faiblement enrichi, tout juste bon à produire de l’électricité. Dans cette perspective, ils vont remettre à Washington ou à Moscou le minerai hautement enrichi dont ils disposent afin qu’il soit retraité. De ce fait, il sera comptabilisé dans les stocks internationaux. Un geste de transparence, mais aussi une garantie attendue de l’Iran depuis octobre dernier. En vain, la République islamique invoquant une souveraineté atomique qui augmente la suspicion internationale à son encontre.

Surveillance atomique renforcée

A Washington, les Etats-Unis et le Canada ont lancé un appel pour réunir 10 milliards de dollars destinés à soutenir les efforts de surveillance en matière de sécurité nucléaire. Une aide saluée par le directeur de l'Agence de surveillance atomique, l’AIEA, Yukiya Amano, qui remercie  les chefs d'Etat et de gouvernement des 47 pays présents au sommet d’avoir réaffirmé « le rôle essentiel de l'AIEA dans le dispositif de sécurité nucléaire international ». Mais celle-ci a besoin de « financements plus soutenus et plus prévisibles pour améliorer son travail », a-t-il ajouté.  En outre, malgré toute son expertise, l’Agence n’en reste pas moins tributaire de la bonne volonté nucléaire des uns comme de la mauvaise foi atomique des autres.

Alerte au terrorisme nucléaire

Le président américain, Barack Obama est encore très loin du projet de dénucléarisation qu’il a affiché au cœur de ses préoccupations internationales. Et c’est l’alerte aux terroristes et aux Etats voyous qu’il a sonnée en attendant une sécurité nucléaire par le vide sur laquelle les avis divergent encore très fortement. L’ordre du jour du sommet de Washington visait donc à faire consensus parmi les Etats représentés. Et cela en se concentrant sur la question des risques et, surtout, en omettant d’adresser un carton d’invitation aux récalcitrants de la transparence nucléaire que sont en particulier l’Iran et la Corée du Nord. Deux pays considérés comme des adversaires nucléaires potentiels de l’Occident.

Le président Obama apporte en revanche toute sa « confiance » atomique  au Pakistan, malgré le jeu trouble d’Islamabad à l’égard des talibans ou des partisans d’al-Qaïda installés sur son territoire. Une page est tournée après l’émoi soulevé en 2004 par le père de la bombe pakistanaise, Abdul Qadeer Khan, avouant qu’il avait fourni du matériel nucléaire, et même la « notice explicative », à la Corée du Nord, à la Libye et à l’Iran. Depuis lors, la Jamahiriya libyenne est spectaculairement revenue dans le giron international, une fois le cérémonial de renoncement à la bombe consommé par Mouammar Kadhafi. De son côté, la Corée du Nord avait diffusé du nucléaire en Syrie ce qui a valu des raids israéliens à cette dernière. Mais Damas aussi est en train de revenir en odeur de sainteté diplomatique. Reste l’irréductible République islamique d’Iran.

Un tribunal pour les Etats voyous

Bien que non inscrite en tant que telle au menu du sommet, la question du renforcement de sanctions contre l’Iran courait en filigrane à Washington, d’indécision russe en fin de non-recevoir chinoise. Une opposition alambiquée puisque Pékin veut bien parler des sanctions mais tient au dialogue avec Téhéran comme l’a redit le président Hu Jintao. Pour sa part fervent partisan du contraire, le président français Nicolas Sarkozy a proposé de combler le « vide juridique » par « un tribunal ad hoc » pour pouvoir poser devant  le Tribunal pénal international le cas des Etats « dotés d'un savoir-faire nucléaire et qui livrent à une organisation terroriste du matériel nucléaire ou de la compétence en matière nucléaire ».

« Le peuple américain sera plus en sécurité, le monde sera plus sûr grâce aux mesures que nous avons prises », veut croire Barack Obama. « Le risque d'un affrontement nucléaire entre des pays a diminué, mais le risque d'une attaque nucléaire a augmenté », avait-il expliqué en ouverture. D’après ses renseignements, « des réseaux terroristes comme al-Qaïda essaient d'obtenir les matériaux nécessaires à l'élaboration d'une arme nucléaire ».  C’est à Séoul que se tiendra d’ici quatre ans la deuxième édition du sommet. Et déjà les critiques vont bon train en Corée du Sud où l’heure devrait être à la dénucléarisation de Pyongyang, plutôt qu’à la non-prolifération d’une puissance nucléaire nord-coréenne dont la capacité de nuisance sur ce terrain n’est plus à démontrer.

Réunion du TNP à New York

Début mai, c’est la prochaine réunion sur le Traité de non-prolifération (TNP) que New-York doit accueillir. Une réunion quinquennale ordinaire, mais autant, sinon plus, importante que celle de Washington. La précédente réunion du TNP, celle de 2005 a pris l’eau aussi bien à cause des « proliférateurs » que des signataires qui n’ont toujours pas ratifié le Traité d'interdiction complète des essais nucléaires (TICEN). C’est justement le cas des Etats-Unis qui paraissent avoir voulu en quelque sorte se rattraper à Washington. Comme l’a dit le président Barack Obama, en tout cas, il faudra « renforcer le TNP, même si on développe l'usage pacifique de l'énergie nucléaire ». Dans ce contexte, la publicité faite autour de la nouvelle doctrine militaire américaine est un signal.

Depuis le 6 avril dernier, les Etats-Unis s'engagent à ne pas faire usage de leurs armes atomiques contre des pays non nucléarisés qui respecteraient les clauses du TNP. Et cela même s'ils recouraient à des armes chimiques ou biologiques. En rendant sa nouvelle doctrine publique, l’administration Obama a souligné qu’à ses yeux, l’Iran et la Corée du Nord font exception. Pour sa part, la France n’entend pas se dénucléariser davantage et se réserve le droit de décider de la hauteur d’une éventuelle réplique militaire. Le débat n’est pas encore vraiment sur la place publique mais pour l’administration Obama, l’enjeu immédiat c’est de priver d'arguments les contestataires de l'ordre nucléaire établi pour pouvoir continuer à isoler Pyongyang et Téhéran.

Israël puissance nucléaire
 
Au lendemain du sommet de Washington, l’Iran a déposé une plainte officielle auprès de l'ONU contre le président américain Barack Obama pour « chantage nucléaire ».  « Les membres de l'ONU doivent  prendre des mesures fermes en détruisant l'ensemble des armes nucléaires car c'est la seule garantie contre le recours à ces armes ou la menace d'y recourir », affirme la lettre de Téhéran où le président Ahmadinejad s’est complu ces derniers temps a annoncer que l’Iran allait enrichir lui-même son uranium et que d’ailleurs il était capable de l’enrichir jusqu’au niveau nucléaire mais qu’il ne le ferait pas car, assure-t-il, « l’Iran n’a pas besoin de bombe nucléaire ». C’est peut-être ce qui a incité du coup le secrétaire américain à la Défense, Robert Gates, d’affirmer que Téhéran « va plus lentement que les Iraniens ne l'imaginaient » en concluant : « notre jugement est qu'ils n'ont pas la capacité nucléaire (...) Pas encore ».

Dans le camp adverse en revanche, Israël estime que le président américain Barack Obama est resté sur la ligne américaine de 1969 « la politique d'ambiguïté » qui consiste à passer sous silence le potentiel nucléaire de l’Etat hébreu dont l’arsenal serait compris entre 100 et 300 ogives nucléaires, entre celui du Pakistan (une soixantaine d’ogives) et celui de la France (300).  A Washington où le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahu avait préféré ne pas se rendre, Barack Obama a répondu aux journalistes qu’il n’allait pas s’exprimer sur « le programme » nucléaire d’Israël mais qu’il encourageait Israël au même titre que tout autre pays « à devenir membre du TNP ». Une adhésion qui vaudrait reconnaissance pour Israël de sa qualité de puissance nucléaire du Moyen-Orient.
 

 

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