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Haïti

Loi d’urgence : les Haïtiens sont sceptiques

Le président haïtien René Préval, le 16 janvier 2010 à Port-au-Prince.
Le président haïtien René Préval, le 16 janvier 2010 à Port-au-Prince. AFP/Nicholas Kamm

Après la Chambre des députés la semaine dernière, le Sénat haïtien a adopté dans la nuit du 16 avril une loi contestée. Celle-ci prolonge de 18 mois l'état d'urgence décrété après le séisme et crée la Commission intérimaire pour la reconstruction d'Haïti (CIRH), prévue par la conférence des donateurs à New York. Mais de nombreux Haïtiens voient cette loi d’urgence d’un mauvais œil. Certains accusent le président René Préval de « profiter » de la catastrophe pour s'arroger plus de pouvoir. D'autres estiment que le texte met en danger la souveraineté de l'Etat haïtien en accordant une place trop importante à la communauté internationale, dont les membres seront majoritaires au sein de la Commission intérimaire pour la reconstruction. Reportage.

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Il est midi. A Delmas 24, un quartier de Port-au-Prince, les hommes du voisinage se sont réunis à l’ombre d’une maison en ruines pour une partie de dominos. Mais autour de la table de jeu improvisée, les discussions tournent autour d’un seul sujet : la loi d’urgence, adoptée la veille par le Sénat à la demande de René Préval. « Que peut-il bien avoir en tête ? », se demande Emmanuel Amsalon, qui explique avoir des doutes quant aux intentions du président haïtien, « parce que René Préval ne pense pas au peuple, il ne pense qu’à ses intérêts personnels ».

La rue de Delmas 24 est semée de petites tentes et d’autres constructions précaires de tout genre, rendant toute circulation difficile, voire impossible à certains endroits. Les habitants de ce quartier ont préféré se loger tant bien que mal auprès de ce qu’il reste de leurs maisons au lieu de rejoindre l’un des nombreux camps de fortune dans la capitale haïtienne.

« Le président Préval n’a rien fait pour nous »

En face des joueurs de dominos, Leny Fortuné fait sa vaisselle dans un seau d’eau.  « Comment peut-on encore avoir des doutes sur ce que Préval est en train de préparer », s’exclame la jeune femme. « Il veut rester au pouvoir, un point c’est tout. »

Le mandat de René Préval expire le 7 février prochain, et l’actuel président haïtien a déclaré à plusieurs reprises qu’il comptait en effet quitter le siège présidentiel à cette date. « S’il changeait d’avis, cela ne sera de toute façon jamais accepté par les Haïtiens, car il a strictement rien fait pour nous », renchérit Leny Fortuné. « Si le président ne veut pas partir, il y aura des manifestations ».

La loi d’urgence

La loi d’urgence, telle qu’elle a été adoptée par une majorité des députés et des sénateurs haïtiens, augmente sensiblement les prérogatives de la présidence haïtienne. Ceci concerne notamment les aspects budgétaires et fonciers. Le texte autorise par exemple le président à passer des contrats sans appel d'offres, à réquisitionner des terrains privés pour y établir des camps, mais aussi à en décider l'évacuation.

Par ailleurs, la loi d’urgence crée définitivement la Commission intérimaire pour la reconstruction d’Haïti. Cette commission a été décidée lors de la conférence internationale des donateurs à New York, le 31 mars dernier. Elle sera co-présidée par l’ancien président américain Bill Clinton et l’actuel Premier ministre haïtien, Jean-Max Bellerive. Elle aura seize membres, dont neuf issus de la communauté internationale et sept Haïtiens.

Haïti mis sous tutelle étrangère ?

Ce dernier point fait grincer beaucoup de dents en Haïti. Nombreux sont ceux qui estiment que la loi d’urgence mettra en danger la souveraineté de l'Etat haïtien. « Il se pourrait en effet que le président Préval tente de rester au pouvoir au-delà du 7 février. Mais ceci ne serait possible que s’il a l’appui des acteurs puissants de la communauté internationale qui sont présents et qui sont très impliqués dans la vie politique du pays », analyse Edgar Leblanc Fils, l’ancien président du Sénat haïtien et actuel coordinateur général de l’OPL, l’Organisation du peuple en lutte. « Et aujourd’hui on constate que le président fait tout pour plaire aux représentants de la communauté internationale. Il leur offre toutes les possibilités et la loi d’urgence est une loi donnant les commandes du pays à la communauté internationale. »

Si certains acteurs de la classe politique haïtienne critiquent l’influence que les pays étrangers pourraient exercer sur la reconstruction d’Haïti, dans le quartier de Delmas on y est plus que favorable. Car le silence du président Préval après le drame du 12 janvier a été vécu par beaucoup de sinistrés comme une trahison ultime à leur égard. « Tout vaut mieux qu’un Haïtien à la tête de l’Etat », s’exclame la voisine de Leny Fortuné. « Personnellement, j’aimerais beaucoup qu’Haïti soit dirigé par un étranger, que le pays soit mis sous tutelle étrangère. Comme ça au moins on aura une chance de survivre ce cauchemar. »
 

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