Chypre-Nord / Présidentielle

La victoire de Dervis Eroglu pourrait compromettre le processus de réunification de Chypre

Dervis Eroglu, récemment élu à la tête de la République turque de Chypre-Nord.
Dervis Eroglu, récemment élu à la tête de la République turque de Chypre-Nord. REUTERS/Murad Sezer
Texte par : RFI Suivre
3 mn

Les discussions sur la réunification de l'île ne sont pas menacées, mais leur orientation et leur issue pourraient l'être. C'est ce qu'a laissé entendre Dervis Eroglu dimanche 18 avril, juste après son élection à la tête de la République turque de Chypre-Nord, partie uniquement reconnue par la Turquie. Ce nationaliste de 72 ans, opposé à une solution fédérale, est sorti vainqueur de l'élection présidentielle. Il a recueilli un peu plus de 50% des voix, contre 43% à son adversaire et président sortant Mehmed Ali Talat, qui a relancé les négociations avec la partie grecque de Chypre.

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Avec notre correspondant à Istanbul, Jérôme Bastion

De toute évidence, cette élection n’est pas une très bonne nouvelle pour Ankara. Dans la presse locale, les éditorialistes avaient très ouvertement appelé à la réélection du président sortant, Mehmed Ali Talat. Car le nationaliste Dervis Eroglu est l’héritier direct du vieux leader Rauf Denktash, un « Mister No »local, et son empressement à s’entendre avec les Chypriotes grecs est donc douteux.

Le nouveau président a pourtant promis, dès avant le scrutin et également à peine élu, qu’il poursuivrait bien les négociations en cours depuis quasiment vingt mois. Et ce qui peut aussi rassurer, c’est qu’il a également annoncé que sa première mission serait d’aller consulter les dirigeants turcs.

Le Premier ministre Tayyip Erdogan l’a en fait déjà mis en garde : pas question de remettre en cause les points d’accord acquis au fil de ces longs mois de négociations, et pas question non plus de quitter la table des négociations. Ce qui, au passage, montre qu’à Ankara, l’optimisme n’est pas débordant.

Or, rappelons le, la Turquie souhaite ardemment la conclusion de ce processus de réunification qui lui ouvrirait la voie de l’Union européenne. D’après les analyses des journaux, la crainte côté turc est que la partie chypriote grecque n’exploite le peu d’enthousiasme du négociateur Eroglu pour bloquer la dynamique de réconciliation, alors que l’on commençait à entrevoir le bout du tunnel.

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