ELECTIONS / POLOGNE

Pologne : entre deuil et élections

Le président par interim polonais Bronislaw Komorowski.
Le président par interim polonais Bronislaw Komorowski. REUTERS/Fabrizio Bensch
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Après huit jours de deuil national, la politique prend à nouveau le dessus en Pologne. Ce mercredi 21 avril, le président du Parlement et président par intérim Bronislaw Komorowski a officiellement fixé la date de l’élection présidentielle au 20 juin prochain.

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« Le temps du deuil prend fin », a annoncé l’hebdomadaire Newsweek dans son édition polonaise, « la politique est de retour en Pologne et avec elle des conflits et des querelles ».

Initialement prévu pour septembre, le scrutin a du être avancé suite à la catastrophe aérienne du 10 avril qui a coûté la vie au président Lech Kaczynski et à son épouse, ainsi qu’à 94 autres personnes. Ce drame a uni le peuple polonais le temps du deuil, mais aura-t-il également des répercussions sur les élections à venir ?

Avant la mort accidentelle du président, tout le monde s’attendait à une campagne électorale extrêmement rude entre les deux principales formations rivales, le parti conservateur Droit et Justice (PiS) des frères Kaczynski et la Plateforme civique du Premier ministre Donald Tusk. Aujourd’hui, la donne a changé : côte à côte, les rivaux d’hier ont rendu un hommage solennel au président défunt. L’entente nationale a, au moins momentanément, fait oublier les différends politiques.

Le crash a bouleversé le paysage politique

Une campagne électorale agressive semble pour l’heure peu probable. D’autant plus que le crash a bouleversé le paysage politique. L’accident de Smolensk a coûté la vie au candidat naturel, Lech Kaczynski, mais pas seulement : Jerzy Szmajdzinski, le candidat du parti social-démocrate SLD de l’opposition postcommuniste, a lui aussi été victime de ce drame national. Aucun successeur n’a été désigné, et le parti se cherche encore une personnalité politique qui pourrait entrer dans la bataille politique.

Pour l'heure, un seul candidat part favori pour ces présidentielles: c'est le libéral et très pro-européen Bronislaw Komorowski. Suite à la mort du président Lech Kaczynski, l’actuel président du Parlement a également endossé le rôle du chef d’Etat par intérim, ce qui pourrait jouer en sa faveur lors des élections présidentielles. Bronislaw Komorowski se porte candidat pour la Plate-forme civique, le parti du Premier ministre Donald Tusk. Les différents sondages lui accordent entre 39 et 55% des intentions de vote.

Jaroslaw Kaczynski : prendra-t-il la relève ?

Le grand inconnu du scrutin reste pour l’instant le nom du principal adversaire que le favori Komorowski devra affronter le 20 juin. Seul Jaroslaw Kaczynski, le frère jumeau de l'ancien président, semble être en mesure d’empêcher Bronislaw Komorowski de gagner au premier tour. Mais depuis la mort de son frère, l’ex-Premier ministre Jaroslaw semble comme pétrifié par le deuil et n’a pas prononcé le moindre mot en public, ce qui suscite des interrogations sur son avenir politique. La question cruciale sera de savoir s’il va reprendre le flambeau pour représenter les conservateurs du parti Droit et Justice, dont il est le chef.

Le politologue de l’Académie polonaise des sciences, Stanislaw Mocek, est convaincu que Jaroslaw finira par se porter candidat : « D’une part, il voudra appliquer le testament de son frère défunt, achever son œuvre. Et d’autre part, son parti PiS n’a pas d’autre candidat de taille suffisante pour affronter Bronislaw Komorowski ».

« Mission accomplie, chef ! »

Selon l'avis de beaucoup de Polonais, le génie politique dans le duo des frères inséparables a toujours été du côté de Jaroslaw. L'ex-président polonais et prix Nobel Lech Walesa le confirme : « Jaroslaw était le cerveau dans ce duo et Lech exécutait ce que son frère décidait ». Lorsqu’il avait gagné l’élection présidentielle en 2005, Lech se serait exclamé à l’adresse de son frère : « Mission accomplie, chef ! »

Les candidats ont jusqu’au 26 avril pour se faire connaître auprès de la Commission électorale nationale. Plusieurs candidats potentiels ont déjà renoncé à se présenter, arguant que le calendrier électoral est trop serré pour collecter les 100.000 signatures nécessaires pour entrer dans la compétition.

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