Iran / Nucléaire

La longue marche vers de nouvelles sanctions contre l'Iran

Le Conseil de sécurité de l'ONU à New York.
Le Conseil de sécurité de l'ONU à New York. Reuters
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Les Etats-Unis disent vouloir « dès que possible » une nouvelle résolution du Conseil de sécurité de l’ONU sanctionnant l’Iran pour son refus de suspendre ses activités nucléaires suspectes. Le président français Nicolas Sarkozy a évoqué la fin-avril ou le mois de mai pour un tel vote à New York… mais plusieurs pays sont encore réticents.

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L’Iran et son programme nucléaire sont visés par cinq résolutions onusiennes (dont trois assorties de sanctions). D’intenses tractations sont en cours pour l’adoption d’un nouveau texte. Le point en cinq questions et réponses.

Qui vote les résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU ?

Le Conseil de sécurité est composé de cinq membres permanents (Etats-Unis, Russie, Chine, France et Grande-Bretagne) et de dix membres non-permanents élus pour un mandat de deux ans. Actuellement, il s’agit de l’Autriche, de la Bosnie-Herzégovine, du Brésil, du Gabon, du Japon, du Liban, du Mexique, du Nigeria, de l’Ouganda et de la Turquie. Pour être adoptée, une résolution doit être votée par au moins 9 des 15 membres du Conseil de sécurité et ne pas faire l’objet d’un veto de la part des cinq permanents.

Pour, contre ou abstention… Sait-on ce que les uns et les autres voteront ?

Etats-Unis, France et Grande-Bretagne sont convaincus qu’il est temps d’appliquer de nouvelles sanctions pour faire plier Téhéran. Autre membre permanent, la Russie semble désormais acquise à cette politique de fermeté. « Pour le moment, l'Iran ne fait pas preuve de la retenue nécessaire et se comporte de façon assez irresponsable. C'est un triste fait », a ainsi déclaré le président russe Dmitri Medvedev. En revanche, la Chine est beaucoup plus difficile à convaincre, en raison de ses liens stratégiques et économiques avec l’Iran. Le sujet sera évoqué à Pékin ces jours-ci à l’occasion des visites du président français Nicolas Sarkozy, puis de la chef de la diplomatie européenne Catherine Ashton.

Parmi les membres non-permanents du Conseil de sécurité, le Brésil et la Turquie sont deux puissances émergentes, très réticentes à l’idée de sanctionner l’Iran. Une position qui s’est encore exprimée à l’occasion de la visite en Iran du chef de la diplomatie brésilienne. « L'Iran doit pouvoir mener des activités nucléaires pacifiques, a affirmé Celso Amorim, mais la communauté internationale doit avoir des garanties qu'elles ne violent pas (les règles internationales) et qu'elles ne soient pas détournées à des fins militaires » .

Egalement convoitées au sein du Conseil de sécurité de l’ONU : les voix de la Bosnie-Herzégovine, du Nigeria, du Gabon ou encore de l’Ouganda. Le président iranien Ahmadinejad s’est ainsi rendu en Ouganda courant avril. Et le chef de la diplomatie iranienne Manouchehr Mottaki vient d’effectuer une visite en Bosnie-Herzégovine.

Le Liban peut-il bloquer ou différer un vote en mai ?

Le Liban est actuellement l’un des dix membres non-permanents du Conseil de sécurité et l’ordre alphabétique veut qu’il occupe la présidence tournante de l’assemblée en mai. Le Hezbollah libanais pro-iranien étant présent au sein du gouvernement d’union nationale, on voit mal Beyrouth apporter sa voix à un texte sanctionnant Téhéran. Mais le Liban peut-il différer ou freiner un vote à l’ONU durant sa présidence du Conseil de sécurité au mois de mai ? « Techniquement, non », nous confie une source proche de la diplomatie européenne qui assure par ailleurs que les Occidentaux tiennent compte de la situation particulière du Liban. En clair : pas question de raviver les tensions dans ce pays en essayant d’obtenir son vote par quelque pression que ce soit.

Les Occidentaux peuvent-ils se contenter d’une courte majorité ?

A supposer que la Chine accepte de voter un texte sanctionnant l’Iran (Pékin a soutenu les 5 précédentes résolutions), un vote à une courte majorité enverrait un message brouillé. Même en réunissant les 9 voix requises sur 15, une résolution qui ne serait pas soutenue par de grands pays émergents comme le Brésil ou la Turquie n’aurait qu’une faible portée politique et symbolique. C’est pourquoi les Occidentaux s’emploient aujourd’hui à convaincre un maximum de pays du Conseil de sécurité. Dans la crise iranienne, les précédentes résolutions (votées entre 2006 et 2008) ont toujours réuni au moins 14 voix sur 15. Une quasi-unanimité bien plus difficile à réunir en ce printemps 2010.

Cette situation peut-elle peser sur la nature des sanctions ?

Oui. Ce fut d’ailleurs déjà le cas en mars 2008 lorsque – faute de consensus – le Conseil de sécurité s’est contenté d’adopter une résolution non assortie de sanctions. Un scénario que les pays adeptes de la ligne ferme (France en tête) redoutent de voir se répéter. Un temps évoquée, l’idée de viser les approvisionnements iraniens en produit pétrolier raffinés a été abandonnée. Des mesures « trop faciles à contourner et qui toucheraient surtout la populations », explique une source proche de la diplomatie française.

Les sanctions actuellement en discussion concernent des compagnies iraniennes de transport et des entités liées au pouvoir de Téhéran, les Gardiens de la Révolution pourraient ainsi être désignés et ciblés si le brouillon actuel se transforme un jour en résolution des Nations unies.

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