Allemagne/Union européenne/Grèce

Grèce: Angela Merkel défend sa politique devant le Parlement allemand

La chancelière Angela Merkel devant le Bundestag, le 5 mai 2010.
La chancelière Angela Merkel devant le Bundestag, le 5 mai 2010. Reuters/Johannes Eisele

Berlin doit adopter d’ici la fin de la semaine une loi autorisant des garanties publiques pour les prêts destinés à Athènes dans le cadre du plan international de soutien au gouvernement grec. Devant le Bundestag, la chancelière allemande a défendu sa politique critiquée dans son pays et à l’étranger.  

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De notre correspondant à Berlin, Pascal Thibaut

Angela Merkel avait choisi une veste verte, couleur de l’espoir pour sa déclaration de politique générale. Dans son discours, la chancelière d’ordinaire peu emphatique a eu des accents pathétiques pour convaincre les députés et au-delà ses concitoyens du bien-fondé de sa politique. « Il en va de l’avenir de l’Europe et de celui de l’Allemagne en Europe », a-t-elle estimé. Une fois de plus, Angela Merkel voulait démontrer que l’aide à la Grèce que rejetaient encore 56% des Allemands il y a quelques jours dans un sondage profitera indirectement à l’Europe et à son pays.

La chancelière sait que la pilule est difficile à avaler pour ses concitoyens qui approuvaient les réticences du gouvernement allemand à venir en aide à Athènes, estimant que la Grèce était en grande partie responsable de sa situation difficile. Angela Merkel a à nouveau souligné qu’une situation d’urgence avait entre-temps été atteinte, la Grèce ne pouvant plus se financer sur les marchés internationaux. Et elle justifie l’aide de l’Allemagne -22 milliards d’euros de crédits sur les 80 milliards mis à disposition par l’Europe- par les concessions arrachées à Athènes en matière d’assainissement budgétaire.

Il n’empêche. 48% des Allemands, d’après un sondage tout frais, estiment qu’Angela Merkel a mal géré la crise grecque. Et ce alors que le gouvernement conservateur doit affronter ce dimanche une élection test dans la plus grande région d’Allemagne, la Rhénanie du Nord-Westphalie, où la même coalition qu’à Berlin (chrétiens-démocrates et libéraux) est menacée.

Angela Merkel aurait préféré que les décisions sur les crédits à la Grèce ne soient prises qu’après ce scrutin. Mais la détérioration de la crise en a voulu autrement. Le projet de loi adopté lundi par le conseil des ministres extraordinaire doit être approuvé vendredi par les deux chambres du Parlement allemand, 48 heures avant l’élection de dimanche. Un timing risqué pour la chancelière.

« Vous avez tremblé comme roseau dans la tempête »

La procédure législative d’urgence ressemble à un remake. A l’automne 2008 déjà, les parlementaires allemands avaient dû adopter à toute allure une loi visant à stabiliser les marchés financiers. Cette fois, il s’agit d’autoriser l’Etat à garantir les crédits qu’une banque publique allemande va octroyer à la Grèce. Mais l’union nationale d’il y a dix-huit mois n’est plus de mise aujourd’hui. Dans les rangs mêmes de la chancelière certains traînent des pieds. Quelques députés chrétiens-démocrates pourraient ne pas voter le texte vendredi. Et les sociaux-démocrates qui gouvernaient avec Angela Merkel à l’automne 2008 se montrent aujourd’hui critiques. Certes, ils voteront sans doute vendredi dans leur grande majorité le texte. Mais ils ont critiqué les hésitations de la chancelière dans la crise actuelle. « Vous avez tremblé comme roseau dans la tempête », a estimé le patron du groupe parlementaire social-démocrate, l’ancien ministre des Affaires étrangères Frank-Walter Steinmeier. Il a résumé la stratégie d’Angela Merkel en un tryptique : « Gagner du temps, dissimuler les problèmes, embellir la situation ».

L’ancien numéro deux de la chancelière n’a pas du tout apprécié que son ancienne patronne tente de renverser la vapeur en accusant les sociaux-démocrates d’avoir fait preuve de laxisme il y a dix ans lors de l’entrée de la Grèce dans la zone euro. Une façon comme une autre de leur reprocher d’être à l’origine des problèmes actuels. Un reproche qualifié de « scandale » par Frank-Walter Steinmeier.

Malgré ces attaques, une large majorité devrait approuver le texte vendredi. Angela Merkel n’a pas besoin des voix de l’opposition. Mais le soutien de cette dernière constituerait un signal témoignant de l’unité de la classe politique allemande face à une crise difficile.
 

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