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Maroc / Société

Le premier site gay du monde arabe fait le buzz

La couverture de Mithly, premier magazine pour gays de Maroc.
La couverture de Mithly, premier magazine pour gays de Maroc. DR

C’est le phénomène internet des dernières semaines. La première revue gay du monde arabe est marocaine et elle a du succès : un million de visiteurs en trois semaines. Conçu comme une bouffée d’oxygène pour une communauté stigmatisée et criminalisée, le magazine Mithly est loin de faire l’unanimité. Le journal est la nouvelle bête noire des islamistes. Reportage à Casablanca.

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De notre correspondante à Rabat

Mourad nous donne rendez-vous dans une voiture, loin de la ville où il habite. De temps en temps, le jeune homme de 26 ans, jette des regards nerveux autour de lui. Mourad, ce n’est pas son vrai nom, est homosexuel et depuis peu, le rédacteur en chef de la première revue gay du monde arabe : Mithly.

Depuis la mise en ligne du magazine le 1er avril, le jeune assistant comptable a pris soin d’effacer toutes les traces qui le lient à la revue. Car si Mithly est un succès, -un million de clic en trois semaines-, il est aussi le nouvel ennemi des islamistes. « On a reçu des menaces sur le site ; du genre, si on vous trouve on va vous tuer. Quand tu lis ce genre de commentaires ça fait peur », confie Mourad. Résultat, les cinq rédacteurs marocains, sauf un qui vit en Espagne, écrivent sous des pseudonymes et dans une discrétion absolue.

Au Maroc, être homosexuel est un crime passible de six mois à trois ans de prison. Depuis l’indépendance du Maroc en 1956, plus de 5 000 personnes auraient ainsi été arrêtées pour « actes licencieux ou contre nature avec un individu du même sex», selon l’association marocaine de défense des droits des LGBT (Lesbiennes, gays, bisexuels et transsexuels), kif-kif, initiatrice du mensuel Mithly.

Dans un pays où l’homosexualité est pénalisée et l’homophobie rampante, la création de ce magazine fait donc figure de véritable révolution. Et suscite beaucoup d’espoir. « Avoir enfin une revue qui fasse entendre notre voix, c’est une grande victoire », explique Mourad. « Nous allons enfin pouvoir combattre les clichés sur les gays. Montrer que nous sommes des citoyens marocains qui travaillent et paient nos impôts comme les autres et non des pervers qui représentent un danger pour la société ». « Chaddh », (pervers), « shoudoud jinsi » (sexualité anormale), voire même « zamel » (enculé) sont les termes communément utilisés par les Marocains et dans la presse arabophone pour qualifier les homosexuels.

Aziz Daki

Mithly - jeux de mot en arabe qui veut dire à la fois « comme moi » et « homo » - veut lutter contre ce climat d’homophobie ultra-stigmatisant. Le défi est de taille. par exemple, le vendredi 7 mai 2010 le parti islamiste dit modéré, le PJD (parti pour la justice et le développement) a demandé à ce que la venue d’Elton John à un festival de musique en mai à Rabat soit annulée. La raison ? Le chanteur britannique ouvertement gay viendrait « encourager » l’homosexualité au Maroc et serait mal perçu par les Marocains. Quelques semaines auparavant, Attajdid, l’organe de presse du PJD, dénonçait déjà un complot pour « homosexualiser » le Maroc.

« L’homosexualité menace les valeurs [marocaines] estime, pour sa part, Bilal Tlaibi, professeur d’arabe et rédacteur du journal islamiste Attajdid. « La seule forme acceptable en Islam c’est le mariage, si on est tolérant ça veut dire qu’on encourage les homosexuels à s’étendre et à détruire nos familles ». L’homophobie est tenace dans un pays où elle trouve sa justification dans l’islam. « Porter atteinte aux valeurs des Marocains n’est pas moins grave que de porter atteinte à leur sécurité », poursuit le professeur, faisant clairement un lien entre homosexuels et terroristes.

Le débat de société est virulent et peu objectif mais pour le moment les autorités marocaines n’ont pas réagi à l’appel des islamistes d’interdire la publication. Le serveur qui héberge Mithly est marocain et accessible dans tout le royaume.
Malgré sa violence, les initiateurs de Mithly, se réjouissent de ce début de débat de société autour de l’homosexualité. Pour eux, Mithly, est avant tout un espace d’expression pour une communauté stigmatisée et isolée.

Dans le magazine, on ne trouve pas de photos provocatrices ni d’article choc mais des informations pratiques, des témoignages de coming-out, un article sur la journée mondiale de la femme, l’essai littéraire de l’écrivain homosexuel Abdellah Taïa et une réponse à la polémique entourant la venue d’Elton John au Maroc. Dix neuf pages en arabe classique accessibles uniquement sur le net.

Être publié en kiosque était tout simplement inimaginable. Deux cent copies ont été distribuées sous le manteau à Rabat en avril dernier. Le dossier du mois de mai sera consacré au suicide. Extrêmement élevé dans la communauté homosexuelle au Maroc, selon l’association kif-kif.

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