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Hongrie / Slovaquie

Concours de patriotisme entre la Hongrie et la Slovaquie

Le Premier ministre hongrois, Viktor Orbàn (g) et le Premier ministre slovaque, Robert Fico (d).
Le Premier ministre hongrois, Viktor Orbàn (g) et le Premier ministre slovaque, Robert Fico (d). Photos : Reuters et Getty Images / Montage : RFI
Texte par : Palko Karasz
4 mn

La querelle de longue date entre les deux voisins, la Hongrie et la Slovaquie, sur le sort de l’importante minorité hongroise reprend de la vigueur. Budapest facilite aux magyarophones (de langue hongroise) d'Europe centrale l’obtention de la nationalité hongroise selon un amendement à la loi de la citoyenneté, voté dans la matinée du mercredi 26 mai 2010. La Slovaquie riposte aussitôt en annonçant qu’elle va retirer la citoyenneté à tous ses ressortissants qui demanderaient le passeport d’un autre pays, notamment celui de la Hongrie voisine.

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Le Parlement hongrois issu des élections d'avril dernier a adopté la mesure par une large majorité de 344 voix pour, trois contre et cinq abstentions. Le nouveau Premier ministre Viktor Orbàn, dont le parti Fidesz de centre droit détient la majorité des deux-tiers dans l'hémicycle, honore ainsi une promesse électorale. Selon la nouvelle loi, les personnes de descendance hongroise, qui parlent la langue, bénéficieront d'une procédure de naturalisation facilitée, sans obligation de résider sur le territoire. Ils n'auront, en revanche, pas le droit de vote s'ils n'habitent pas en Hongrie.

Plus de 2,5 millions de magyarophones vivent dans les pays limitrophes. Leurs ancêtres ont perdu la nationalité hongroise suite au traité de paix de Trianon signé en 1920 qui oblige la Hongrie à céder les deux tiers de son territoire à ses voisins. Depuis, le sort de cette minorité dont la plupart vit en Roumanie, Slovaquie et Serbie suscite des conflits récurrents entre Budapest et les autres capitales.

Riposte slovaque à la veille d’élections

Le Premier ministre slovaque, Robert Fico, qui se prépare aux élections législatives du 12 juin, n'a pas manqué de répondre à ce qu'il considère comme une « menace à la sécurité » de son pays. « La Slovaquie est un pays souverain et nous ne pouvons pas tolérer la politique de "Grande Hongrie" du Fidesz, nous ne pouvons tolérer l'ignorance des principes du droit international », a-t-il déclaré alors que le Parlement devait modifier d'urgence la loi sur la nationalité. Il a également déploré que Budapest rejette sa proposition de dialogue diplomatique avant de voter une telle loi.

Le texte adopté dans l’après-midi suivant le vote hongrois prive les ressortissants slovaques de leur citoyenneté s'ils sont naturalisés dans un autre pays. Il limite aussi l'exercice de certaines fonctions à des personnes disposant d'un passeport étranger. « Je ne peux imaginer des députés slovaques prêtant serment de loyauté à un autre Etat », a commenté le chef du gouvernement Robert Fico.

« Ceux qui ne veulent pas vivre en Slovaquie dans une relation amicale avec la majorité de la population doivent partir », a estimé en marge du vote Jan Slota, président du SNS, petit parti d'extrême droite qui se fait remarquer par son discours xénophobe.

Un voisinage toujours tendu entre Budapest et Bratislava

Le dialogue tendu depuis les années 1990 s'est compliqué avec l'entrée dans la coalition gouvernementale SNS en 2006. Une récente loi slovaque a mis de l’huile sur le feu en punissant de 5 000 euros d’amende l’utilisation d’une langue minoritaire, comme le hongrois, dans les services publics. Une mesure considérée par Budapest comme une atteinte aux droits des minorités. En Hongrie, le parti d'extrême droite Jobbik a obtenu 47 sièges au Parlement en avril dernier. De quoi donner la voix à un discours nationaliste qui rend difficiles les relations bilatérales entre Budapest et Bratislava.

Du côté hongrois, la droite et l'extrême droite considèrent toujours que le traité de Trianon signé à la sortie de la Première Guerre mondiale était un « diktat de paix ». Ils se préparent à marquer le 90e anniversaire de ce même traité par une « Journée de la coalition nationale ». La proposition du Fidesz dans ce sens évoque le traité comme « l'une des plus grandes tragédies des Magyars ».

Selon l'analyste Peter Kreko, cité par l'agence Reuters, les relations bilatérales dépendront de la composition du prochain gouvernement slovaque. Le gagnant du scrutin législatif du 12 juin 2010 pourrait bien devoir faire appel à des partis de la minorité hongroise pour former une coalition.

 

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