25e Sommet Afrique-France

L’aide publique au développement ne peut pas tout

Alain Joyandet, secrétaire d’Etat français à la Coopération.
Alain Joyandet, secrétaire d’Etat français à la Coopération. AFP

Avec ses hauts et ses bas, ses succès et ses échecs, l’aide publique au développement (APD) a longtemps régi les relations entre pays riches et pauvres ; elle est aujourd’hui talonnée, du moins en tant que doctrine, par l’appui au secteur privé comme moteur de la croissance.

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L’entreprise privée et son rôle dans le développement du continent est l’un des thèmes majeurs du sommet Afrique-France qui se tient fin mai à Nice, dans le sud de la France. Car aujourd’hui, beaucoup se demandent si l’appui au secteur privé ne devrait pas venir en lieu et place de l’aide publique au développement dans les relations que la France, et plus largement les pays développés, entretiennent avec le continent africain. Tout en s’interrogeant également, des économistes français et africains estiment cependant que les deux sont indissociables pour que l’Afrique puisse enfin réussir son décollage économique.

Investir dans les infrastructures autant que dans les secteurs sociaux

Pour Jean-Michel Severino, directeur général sortant de l’Agence française de développement (AFD) – principal outil public de transmission de l’aide française, dont la filiale Proparco appuie déjà le secteur privé –, aussi bien l’APD qu’une aide dynamique au secteur privé sont nécessaires : « Il faut de bonnes politiques publiques, un secteur privé dynamique et des gouvernements qui font un bon travail. Le secteur privé ne peut pas prospérer s’il n’y a pas de bonnes politiques publiques, budgétaires, fiscales… L’Afrique n’est pas différente de nous », ajoute-t-il.
Pour que l’initiative privée se développe en Afrique, il faut donc, selon lui, plusieurs ingrédients que l’on connaît déjà plus ou moins. « On a besoin de politiques macro-économiques qui soient stabilisantes, pas trop d’inflation, pas trop de déficits et un endettement public maîtrisé », précise Jean-Michel Severino. Il met l’accent sur la nécessité de faire des choix prudents en matière d’investissements même si on a besoin d’une véritable dynamique. Les priorités pour l’Afrique sont tout d’abord de rattraper son retard en matière d’équipements, en commençant par les infrastructures : transports, énergie mais aussi investissements sociaux comme l’eau ainsi que « de bonnes politiques en matière de transferts intérieurs et extérieurs et même de subventions, puisque tout le monde en fait », ajoute-t-il.

Des besoins en financements lourds comme en micro-crédits

De son côté, Léonce Ndikumana, directeur du département de la recherche sur le développement à la Banque africaine de développement (BAD), déplore l’absence d’investissements concernant le secteur privé, alors que « l’Afrique bouge et qu’elle connaît des taux de croissance malgré la crise ». Il souligne toutefois que l’APD reste aussi nécessaire pour le décollage économique. Pour lui, il faut réduire les coûts des entreprises en Afrique et donner les moyens au secteur privé – grandes entreprises mais aussi PME/PMI (moyennes et petites) – d’avoir accès au financement.
« Il faut aussi un financement indirect à travers tout le secteur bancaire ; à la BAD, nous devons jouer un rôle catalytique », ajoute-t-il, indiquant que pour un dollar donné par la BAD, quatre dollars sont mobilisés auprès d’autres parties. Il précise que la Banque a consacré un milliard de dollars au secteur privé et que l’Afrique a autant besoin de grands financements que du micro-crédit, qui a favorisé l’intégration du secteur informel dans l’économie globale. Il souligne enfin que l’Afrique a des intérêts propres qu’elle doit défendre, et que ceux-ci ne sont pas forcément ceux d’autres pays en développement ou émergents comme la Chine, comme cela s’est vu lors des négociations de Copenhague sur le climat.

Prêts avantageux et subventions encouragent-ils la corruption ?

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Les deux hommes ne sont donc pas d’accord avec les chantres du seul secteur privé comme l’économiste zambienne Dambisa Moyo, dont le livre récent L’Aide fatale a fait beaucoup de bruit. Diplômée d’Oxford et de Harvard, elle a travaillé pour la Banque mondiale avant d’entrer chez Goldman Sachs, la banque d’affaires américaine aujourd’hui sur la sellette. Dambisa Moyo impute à l’APD les difficultés de l’Afrique qui a reçu plus de 300 milliards de dollars depuis 1970. Elle affirme que les Africains sont pauvres précisément à cause de cette assistance. Pour elle, les prêts à des conditions très favorables et les subventions (pour les secours d’urgence) ont des effets comparables à la possession de ressources naturelles précieuses : ils encouragent la corruption et sont source de conflits tout en décourageant la libre entreprise.

Elle préconise donc d’utiliser des marchés internationaux d’obligations en tirant parti des rendements décroissants, d’encourager la politique chinoise d’investissement dans les infrastructures, de se battre contre l’Europe et les Etats-Unis pour développer les exportations des produits alimentaires et les matières premières et enfin d’encourager les intermédiaires financiers et la microfinance.

Quoi qu’il en soit, les chiffres de l’aide publique au développement publiés en 2010 par l’OCDE restent bons malgré la crise. Les apports nets sur le plan bilatéral vers l’Afrique en 2009 se sont montés à 27 milliards de dollars, soit une progression de 3 % en termes réels par rapport à 2008, dont 24 milliards de dollars pour l’Afrique subsaharienne, avec 5,1 % de plus qu’en 2008. Mais les économistes s’attendent à des baisses en raison des contraintes budgétaires qui se multiplient dans les pays riches bailleurs de fonds.

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