25e sommet Afrique-France

Assurer la paix et la sécurité face aux nouvelles menaces

Les otages italiens Sergio Cicala et son épouse Philomène Kabore capturés par  al-Qaïda au Maghreb islamique, à la frontière de la Mauritanie et du Mali, le 18 décembre 2009.
Les otages italiens Sergio Cicala et son épouse Philomène Kabore capturés par al-Qaïda au Maghreb islamique, à la frontière de la Mauritanie et du Mali, le 18 décembre 2009. Reuters / IntelCenter

L’Afrique, qui a décidé de se prendre en charge tant sur le plan politique qu’économique, souhaite aussi, à terme, assurer elle-même le maintien de la paix et de la sécurité sur son sol. Cet immense continent, dont certaines zones restent soumises à des conflits plus ou moins récurrents, doit également faire face aux nouvelles menaces mondiales comme le terrorisme, la piraterie et le trafic de drogue.

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Que ce soit pour résoudre des conflits ou pour lutter contre les nouveaux fléaux mondiaux que sont le terrorisme, la piraterie maritime et le trafic de drogue, l’Afrique a besoin de l’aide de ses partenaires étrangers, dans une relation qu’elle souhaite plus juste et plus équilibrée. Dans ce cadre, l’Europe et les Etats-Unis restent des interlocuteurs privilégiés. L’Union européenne (UE) a élaboré sa politique européenne de sécurité et de défense (PESD), les premières missions militaires ayant été menées dans les Balkans et en République démocratique du Congo (RDC).
Longtemps considérée comme le « gendarme » de l’Afrique, la France a évolué depuis les années 1990, après le génocide au Rwanda en 1994 et sa mise en cause pour son soutien au régime d’où sont issus les génocidaires. Elle a depuis tenté, pour ses interventions militaires, d’avoir l’aval de l’Organisation des Nations unies (Côte d’Ivoire) ou de ses partenaires européens (opération Eufor en République démocratique du Congo, opérations communes au Tchad et en RCA, liées à la crise au Darfour).

Des accords de défense renégociés

Faute de volonté mais aussi de moyens pour agir seule en Afrique, la France a européanisé son dispositif de Renforcement des capacités africaines de maintien de la paix (Recamp), en concertation avec l’Union africaine. Lancé en 1997, ce programme a pour objectif de former, d’entraîner et de soutenir les pays africains à assumer la responsabilité de la sécurité de leur continent. Paris a conclu des accords avec l’UE et l’Union africaine (UA) qui a créé, en mai 2004, son Conseil de paix et de sécurité et s’est fixé comme objectif de constituer, à l’horizon 2010, une Force africaine en attente (Standby Force) qui se met en place très lentement. Cette force d’intervention doit s’appuyer sur des brigades régionales, à installer dans chacune des cinq régions du continent – Afrique du Nord, de l’Ouest, de l’Est, centrale et australe. Ces brigades seront en principe liées aux organisations régionales, là où elles existent et sont opérationnelles, comme la CEDEAO, la SADC, la CEEAC ou l’IGAD. Les Etats-Unis ont, de leur côté, décidé en 2007 de rassembler leurs activités en la matière dans un Centre de commandement pour l’Afrique (Africom), chargé d’entretenir des relations avec plusieurs pays africains.

La présence militaire française en Afrique, souvent critiquée, est en train d’évoluer pour s’adapter aux transformations géopolitiques et aux réformes décidées par le président Nicolas Sarkozy qui a annoncé lui-même la renégociation des accords de défense vieux de près de 50 ans et de les rendre plus transparents. Paris a ainsi choisi de regrouper son dispositif militaire à Djibouti et à Libreville mais aussi à la Réunion, territoire français.

Des accords de défense – qui contenaient souvent des clauses secrètes concernant une aide au maintien de l’ordre intérieur – liaient la France à huit Etats africains : Cameroun, République centrafricaine, Comores, Côte d’Ivoire, Djibouti, Gabon, Sénégal et Togo. Au Tchad, il n’y a pas d’accord de défense en tant que tel, mais le dispositif Epervier, datant de 1986. Quatre nouveaux accords de défense ont déjà été renégociés et signés avec le Togo, le Gabon, le Cameroun et la RCA dans le cadre de cette réforme et les discussions se poursuivent avec les autres pays. On souligne, de source informée, qu’il ne s’agit pas « de plier bagage » mais surtout d’aider les pays africains à se protéger eux-mêmes.

De même, Paris et ses partenaires étrangers et africains collaborent dans la lutte contre les nouveaux dangers transnationaux. A commencer par le terrorisme, surtout dans la Corne de l’Afrique avec, au centre, la Somalie, pays toujours éclaté, et en Afrique du Nord et au Sahel, une immense zone en proie aux actions de mouvements se réclamant de l’intégrisme musulman d’Al-Qaida. Français et Américains sont particulièrement actifs dans la formation d’unités anti-terroristes dans ces régions.

Où juger les pirates arrêtés au large de la Corne de l’Afrique ?

Autre menace, la piraterie qui sévit toujours au large des côtes somaliennes et qui s’étend à de nouvelles zones, comme le Golfe de Guinée. Une flottille internationale de navires de guerre patrouille désormais la zone située au nord de la Somalie, dans le golfe d’Aden. Le Conseil de sécurité de l’Onu a adopté, fin avril 2010, une résolution appelant l’ensemble des Etats à durcir les lois destinées à juger et emprisonner les pirates interpellés au large des côtes somaliennes. Elle demande à l’ensemble des Etats, y compris ceux de la Corne de l’Afrique, de « criminaliser la piraterie dans le cadre de leur législation nationale et de considérer favorablement les poursuites contre les personnes soupçonnées de piraterie, ainsi que l’emprisonnement des pirates condamnés » après avoir été arrêtés au large des côtes somaliennes. Rédigé par la Russie, le texte demande aussi au secrétaire général de l’Onu, Ban Ki-moon, de présenter d’ici trois mois plusieurs projets de renforcement du droit international qui permettrait de traiter les actes de piraterie et les attaques à main armée ayant lieu en mer, au large de la Somalie.

Les pays qui ont arrêté des pirates se sont souvent heurtés à des obstacles administratifs pour les juger. Les pays de l’Union européenne hésitent à juger les pirates capturés dans les eaux très fréquentées du golfe d’Aden, notamment par des pétroliers, mais aussi à les envoyer dans des pays où ils risquent de subir des violations des droits de l’homme ou d’être condamnés à mort. Le Kenya, qui a reçu, comme les Seychelles, un soutien étranger pour accueillir les pirates, tente aujourd’hui de se décharger de cette tâche, affirmant que ses prisons sont pleines et ses tribunaux encombrés.

Attention aux narcotrafiquants « en col blanc » !

Autre fléau, le trafiquants de drogue, qui utilisent depuis longtemps l’Afrique comme lieu de transit de l’héroïne asiatique et, désormais pour la cocaïne latino-américaine, notamment l’Afrique de l’Ouest , l’Afrique australe et certains pays riverains de l’océan Indien. Ce trafic frappe aujourd’hui l’Afrique de plein fouet et a augmenté le nombre de consommateurs locaux. Le continent n’a jamais produit d’héroïne ou de cocaïne. Les Africains ont en revanche toujours produit et consommé du cannabis, et récemment davantage de psychotropes et de médicaments. Si de nombreux pays africains ont adhéré aux traités internationaux relatifs au contrôle des drogues et contre le blanchiment de l’argent sale, leurs ressources restent faibles. Souvent la France a entraîné les douaniers africains à la fois dans la lutte contre le terrorisme et le commerce illicite de stupéfiants.

Notre dossier spécial

Dans un livre récent intitulé Afrique noire, poudre blanche, le journaliste Christophe Champin affirme que le continent africain est devenu la « nouvelle frontière » des narcotrafiquants latino-américains après les Caraïbes, activités favorisées par la faiblesse et la corruption de certains Etats. Depuis le début des années 2000, les organisations criminelles latino-américaines ont jeté leur dévolu sur cette partie du monde pour acheminer de la cocaïne vers l’Europe, où la consommation explose. Entre 2005 et 2007, 33 tonnes de poudre blanche ont été saisies en Afrique. De nombreux pays sont concernés, y compris l’Afrique du Sud, qui est également un lieu de consommation. Depuis quatre ans, la zone sahélo-saharienne, zone grise par excellence, est utilisée par les « narcos » pour faire transiter leur marchandise. Or cette région est aussi un champ d’action pour Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) qui multiplie les prises d’otages et entretien des liens avec certains trafiquants.
Un groupe de responsables européens de la lutte anti-drogue, dont le Français Jean-Jacques Colombi, sous-directeur général de l’Office central pour la répression du trafic illicite, ont en mai 2010 mis en garde le Ghana et d’autres pays d’Afrique de l’Ouest contre la venue, sous le prétexte d’investir dans la région, de narcotrafiquants de cocaïne « en col blanc ». Ils ont aussi souligné que seule une collaboration internationale incluant les Africains eux-mêmes permettrait de développer un système de partage des informations permettant d’obtenir des résultats positifs dans cette lutte.

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