25e Sommet Afrique France

De l’énergie propre pour développer durablement l’Afrique

Dès 1984, la télévision nationale nigérienne utilisait l'énergie solaire pour produire de l'électricité dans les villages.
Dès 1984, la télévision nationale nigérienne utilisait l'énergie solaire pour produire de l'électricité dans les villages. John Chiasson/Liaison

Seul un Africain sur quatre a accès à l’électricité. Pourtant, des possibilités techniques existent pour produire une énergie propre et renouvelable. Deux projets très concrets sont présentés lors de l’atelier consacré aux sources d’énergies de demain : une ferme éolienne implantée en Ethiopie – une première en Afrique sub-saharienne – et Africasol, programme d’électrification de l’Afrique sub-saharienne à partir de la concentration solaire, qui sera porté par un consortium à naître à Nice.

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Malgré les ressources en pétrole et en gaz de plusieurs pays, en particulier ceux du Golfe de Guinée comme le Nigeria ou l’Angola, les deux plus grands producteurs d’Afrique subsaharienne, le continent souffre de pénuries d’électricité. Les pannes de courant sont chroniques et seul un Africain sur quatre a accès à l’électricité. La capacité de production installée globale des 48 pays d’Afrique sub-saharienne est de 68 gigawatts, c’est-à-dire pas plus que celle de l’Espagne. Dans un récent rapport intitulé Infrastructure africaine : une transformation impérative, la Banque mondiale a estimé que l’amélioration des infrastructures nécessite 93 milliards de dollars, dont près de la moitié sera nécessaire pour mettre à niveau la production d’électricité. L’Afrique tente donc, avec l’aide de partenaires étrangers publics et privés, de développer l’exploitation du pétrole, du gaz et du charbon ainsi que les énergies renouvelables comme le solaire, l’hydraulique ou le géothermique ne polluant pas l’atmosphère. Car l’Afrique, qui rejette elle-même très peu de CO2, est vulnérable à la pollution qui favorise les aléas climatiques.

Hydraulique : ce n’est pas possible partout

La promotion de nouvelles sources d’énergies renouvelables figure en bonne place dans les débats du sommet Afrique-France fin mai à Nice, qui y consacre un atelier de travail présidé par le ministre de l’Environnement Jean-Louis Borloo. Les principaux enjeux sont la sauvegarde de l’environnement, la mise en place d’un service public de l’énergie de qualité au service du développement et la possibilité de rendre accessible à l’ensemble des populations une énergie fiable au moindre coût. Des ministres et entrepreneurs africains ainsi que des chefs d’entreprise français travaillant avec les pays du Sud discuteront avec des acteurs multilatéraux comme la Banque mondiale ou la Banque africaine de développement, et institutionnels français comme l’Agence française de développement. Parmi les projets présentés figurent notamment la construction d’éoliennes en Ethiopie et la production d’énergie thermodynamique en Afrique, sachant que tous les pays africains ne disposent pas de ressources hydrauliques pour produire de l’électricité, méthode qui a eu jusque-là la préférence des entrepreneurs et de bailleurs de fonds comme la Banque mondiale.

L’éolien qui résiste aux vents violents

En matière d’éolien, une société française s’est imposée comme une référence de l’éolien de moyenne puissance grâce à une technologie originale d’éoliennes bipales rabattables en moins d’une heure, en cas d’alerte cyclonique ou de vents violents. Il s’agit du groupe Vergnet : il conçoit, fabrique, commercialise et installe des matériels innovants pour la production d’énergie éolienne et l’alimentation en eau des zones rurales dans des pays du Sud, notamment en Afrique. Historiquement tourné vers l’international, le groupe est implanté dans cinq régions du monde : France, Caraïbes, Pacifique, océan Indien et Afrique. Son P-DG Marc Vergnet est mondialement connu pour avoir conçu l’hydropompe Vergnet, équipant plus de 80 000 points d’eau qui alimentent en eau potable plus de 40 millions de personnes dans le monde.

La ferme éolienne d’Ashegoda sera la première centrale implantée en Ethiopie et en Afrique sub-saharienne. Située près de Mekele, dans la région du Tigré au Nord de l’Ethiopie, Ashegoda permettra de produire 400 GWH par an en évitant l’émission de 140 000 tonnes de CO2 et ce malgré un vent à 8,79 m/s.

Ingénieur en agronomie et en génie rural, Marc Vergnet constate que le développement ne peut se faire sans énergie. « Or l’énergie ne peut plus être produite à partir d’énergies fossiles, nous dit-il, d’autant que l’Afrique dispose d’énergies renouvelables immenses comme le solaire qui est encore cher, l’eau plus économique et ensuite l’éolien. Je pense que Nice sera l’occasion d’une prise de conscience par les chefs d’Etat des possibilités offertes dans ce domaine », ajoute-t-il. Il souligne aussi que sa technologue pour l’éolien moyen permet à certaines parties de l’Afrique de surmonter l’obstacle du vent particulièrement la zone située entre les parallèles passant au nord de Dakar et au sud de l’Angola.

Déjà 13 entreprises intéressées par le consortium Africasol

Autre projet important inscrit à l’ordre du jour du sommet, Africasol, destiné à produire de « la lumière propre à partir de la concentration solaire thermodynamique (CST) », véritable programme d’électrification de l’Afrique subsaharienne à partir de la concentration solaire. Conçu par Jules-Armand Aniambossou, ingénieur de l’Industrie et des Mines, diplômé de l’Ecole nationale d’administration (ENA) française et sous-préfet, de nationalité franço-béninoise, secrétaire général de Poweo, groupe privé de production d’électricité, le projet ambitionne de réunir un consortium d’entrepreneurs français et africains pour concrétiser Africasol. Bénéficiant du soutien d’entreprises comme GDF Suez – dont la Compagnie du vent est active dans le secteur des énergies renouvelables – et du Medef international mais aussi du président béninois Yayi Boni, au nom de l’Union économique et monétaire ouest-africaine, la création de ce consortium devrait être signée à Nice. Quelque onze entreprises françaises et deux africaines ont déjà montré de l’intérêt pour en faire partie.

Concentrer, grâce à des miroirs, le rayonnement solaire direct et stocker la chaleur

Selon Jules-Armand Aniambossou, la CST est une technologie ancienne et l’histoire de son développement démontre que l’espérance de vie d’une centrale pourrait avoisiner celle des centrales nucléaires (40 ans), ce qui n’est pas le cas du photovoltaïque, qui accuse des baisses de rendement significatives avec le temps. De plus, le principe de la CST repose sur la concentration grâce à des miroirs du rayonnement solaire direct, afin de chauffer un fluide caloporteur à des températures de l’ordre du millier de degrés Celsius. Au contact d’eau, ce fluide génère de la vapeur entraînant des turbines productrices d’électricité. Une partie de la chaleur peut être stockée pendant le jour puis convertie en électricité après le coucher du soleil pour des usages ultérieurs. Ce que ne permet pas le système d’énergie photovoltaïque, qui n’offre pas la même possibilité de stockage de la chaleur mais dépend de l’ensoleillement.

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« Il faut une impulsion politique mais aussi des projets « bancables » et rentables pour les entreprises, souligne M. Aniambossou. L’énergie solaire existe partout en Afrique, mais il faut la développer surtout en Afrique australe et occidentale et favoriser ainsi le développement et l’intégration régionale », ajoute-t-il. Selon lui, l’industrie solaire thermodynamique est surtout développée par les Américains, les Israéliens, les Allemands et les Espagnols alors que la France a des champions industriels capables de structurer une telle filière et de proposer des centrales en Afrique et dans le monde entier, pour produire sans polluer de l’électricité bon marché, centrales assorties de transferts de technologies et de formation. Enfin, souligne-t-il, « il faudrait aussi que chez nos amis africains les politiques d’électricité ne soient pas traitées seulement sur un plan national mais aussi régional et que les nouvelles filières mises sur pied avec l’aide de bailleurs de fonds étrangers profitent d’abord aux Africains sans objectif fixé d’avance d’exportation d’électricité ».

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