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Sommet Afrique-France

Le continent africain cherche sa place dans la gouvernance mondiale

Le 16 mars 2009, Gordon Brown a rencontré les gouvernements africains pour une réunion préparatoire en vue du G20 de Pittsburgh.
Le 16 mars 2009, Gordon Brown a rencontré les gouvernements africains pour une réunion préparatoire en vue du G20 de Pittsburgh. Shaun Curry/WPA POOL/Getty Images
Texte par : Marie Joannidis
7 mn

A l’heure de la mondialisation et de l’émergence de pays comme la Chine, l’Inde ou le Brésil, l’Afrique cherche sa place au sein des instances internationales politiques et économiques chargées de préparer l’avenir du monde.

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« En fait, la place de l’Afrique, aussi bien au sein de l’Organisation des Nations unies (Onu) qu’à la Banque mondiale ou au Fonds monétaire international (FMI) – et aujourd’hui au sein du G20 qui regroupe les principaux pays développés et émergents – correspond à son importance économique et non politique ou démographique », souligne un expert diplomatique. Le continent, qui compte un milliard d’habitants, représente 18 % de la population mondiale, 27 % des Etats membres des Nations unies mais seulement 4 % du PIB mondial. Elle reste donc un acteur marginal dans les grandes enceintes internationales.

Pour la France, qui s’est prononcée pour une juste participation africaine, le sommet France-Afrique prévu fin mai 2010 à Nice, dans le sud de la France, sera ainsi une nouvelle occasion d’évoquer la réforme du Conseil de sécurité des Nations unies et une meilleure association de l’Afrique aux travaux du G8 qui regroupe les principales puissances développées et du G20.

Une demande : passer de trois à sept sièges au Conseil de sécurité

Au sein du Conseil de sécurité, instance suprême de l’Onu, les Africains disposent à l’heure actuelle de trois sièges de membre non permanent ; ils réclament quatre postes supplémentaires, deux permanents avec droit de veto et deux non permanents. « Sept membres seraient trop », avance un haut fonctionnaire international, qui évoque « une réforme intérimaire » avec deux membres permanents sans droit de veto pour une période limitée. Le Conseil de sécurité est composé de cinq membres permanents (Etats-Unis, France, Grande-Bretagne, Chine et Russie) et dix non permanents élus pour deux ans. Il n’a été réformé qu’une fois, en 1963, lorsque quatre nouveaux sièges non permanents ont été créés. Une nouvelle réforme nécessite l’accord d’au moins les deux-tiers des Etats membres de l’organisation et de tous les membres permanents qui disposent du droit de veto.

Plusieurs tentatives de réforme ont vu le jour ces dernières années. Après une première proposition par le président de l’Assemblée générale en 1997, un « rapport des sages » demandé en 2004 par le secrétaire général de l’époque, Kofi Annan, proposait un Conseil élargi à 24 membres. Une nouvelle tentative, sans davantage de succès, a été faite en 2005 par le G4 (Inde, Brésil, Japon et Allemagne), proposant la création de 6 nouveaux sièges permanents (les 4 membres du G4 et 2 pays africains) sans droit de veto et de 4 nouveaux sièges non permanents. Cette proposition a été soutenue par la France, mais elle est bloquée par des pays rassemblés au sein du groupe « Uni pour le consensus » derrière l’Italie, l’Argentine, le Pakistan et le Mexique: ceux-ci préconisent un élargissement de dix membres non permanents. De leur côté, les pays africains ont donné leur aval au « consensus d’Ezulwini » (du nom d’une ville du Swaziland) qui réclame donc deux sièges permanents avec droit de veto et deux sièges non permanents supplémentaires.

Nouvelle phase de négociations à l’Onu en juin 2010

De nouvelles négociations intergouvernementales ont été lancées par l’Assemblée générale de l’Onu en 2009. Le président français Nicolas Sarkozy a répété, à maintes reprises, qu’il souhaitait une représentation « plus juste » pour l’Afrique et un Conseil de sécurité élargi. Mais au-delà des divergences entre membres permanents – qui ne veulent pas céder un pouce de leur pouvoir de veto –, au-delà des revendications « maximalistes » de l’Afrique, les différends entre candidats potentiels freinent toute réforme : entre l’Inde et le Pakistan par exemple, ou entre le Brésil et d’autres pays d’Amérique latine comme l’Argentine…

En décembre 2009, 138 pays ont adressé une lettre commune au président des négociations, lui demandant de présenter un texte qui servirait de base, afin de trouver « une solution pouvant recueillir le soutien le plus large possible parmi les Etats membres ». Au cours d’une manifestation organisée en mai 2010 à Yaoundé, au Cameroun, pour le cinquantenaire des indépendances (17 pays africains, dont 14 anciennes colonies françaises, célèbrent cet anniversaire), le président Paul Biya a plaidé pour l’attribution à l’Afrique « d’au moins un siège permanent au Conseil de sécurité ». Une nouvelle phase des négociations doit se tenir en juin 2010 pour faire la synthèse de toutes les propositions.

« L’Afrique, c’est dix fois l’Europe »

Au sein des instances financières internationales également, l’Afrique reste

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sous-représentée, même si la Banque mondiale lui a attribué un poste supplémentaire. En fait, la récente réforme des droits de vote profite essentiellement aux pays émergents, à commencer par la Chine. Le FMI, lui, n’a toujours pas bougé.
Lors de la même réunion à Yaoundé, le président Biya s’est aussi félicité que l’Afrique du Sud fasse partie du G20 (en tant que pays émergent) mais s’est demandé s’il n’était pas normal qu’un autre pays africain, en développement celui-là, puisse l’accompagner. L’Afrique du Sud et l’Egypte – davantage tournée vers le monde arabe et musulman – siègent depuis le début au G20, qui a fini par inviter des représentants de l’Union africaine comme le président de la Commission Jean Ping ou le chef d’Etat éthiopien Meles Zenawi, qui préside le Nouveau partenariat pour le développement économique de l’Afrique, le Nepad.

Le Canada, qui présidera un nouveau sommet du G20 fin juin 2010, a invité le Malawi et l’Ethiopie à y participer, aux côtés des Pays-Bas et du Vietnam qui n’en font pas partie non plus. Cette réunion à Toronto sera précédée d’une rencontre du G8 à Muskoka, petite localité au nord de cette ville. Là aussi, les Africains demandent plus que les quelques heures qui leur sont traditionnellement consacrées lors des sommets du G8.

« L’Afrique, c’est dix fois l’Europe », a déclaré le président de la Commission africaine Jean Ping, lors d’une réunion avec des Européens, dénonçant l’absence de pays africains à la table des chefs d’Etat et de gouvernement du G20 réunis à Washington. « Certes, il y a l’Afrique du Sud. Mais elle représente les pays émergents, comme l’Inde et la Chine, et non les pays en voie de développement », a-t-il estimé. Il a aussi exigé de la communauté internationale que l’Afrique soit désormais associée aux décisions qui engageraient son avenir.

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