Amical France-Brésil: Benzema, l'éternel malentendu

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Paris (AFP)

Considéré à sa juste valeur en Espagne où sa palette d'attaquant complet fait autant merveille que l'unanimité, Karim Benzema ne jouit pas de la même aura en France, où seuls ses buts semblent compter, comme ce sera encore le cas face au Brésil jeudi.

Le dernier but en date qui devait compter le plus et donc éventuellement clore ce débat, l'avant-centre des Bleus ne l'a pas inscrit le 4 juillet 2014 contre l'Allemagne en quart de finale du Mondial, la main ferme de Manuel Neuer se chargeant de repousser son tir en toute fin de match pour préserver le 1-0.

Après l'élimination des Bleus, le constat de ne pas définitivement posséder en Benzema un grand buteur s'est confirmé, malgré l'espoir qu'avaient suscité ses trois réalisations lors des deux premiers matches du premier tour contre le Honduras (3-0) et la Suisse (5-2).

Persiste depuis un éternel malentendu entourant le Madrilène qui ne vaudrait d'être jugé en France que par ses buts, en l'occurrence 25 inscrits en 77 sélections. Un total et un rapport d'un tous les trois matches dont ses 16 passes décisives ne parviennent pas à atténuer l'insuffisance.

Pourtant, depuis plusieurs mois, Didier Deschamps ne ménage pas sa peine pour recadrer le débat, voire parfois pour défendre son attaquant, objet de critiques nourries avec toujours cette même rengaine liée à son inefficacité.

"En France, il est critiqué beaucoup plus qu'ailleurs, regrettait-il déjà en novembre. Injustement d'ailleurs. Ce n'est pas un buteur mais il marque des buts régulièrement."

"Qu'on puisse remettre en cause le fait que Benzema puisse être un attaquant de l'équipe de France... A l'étranger il y a moins ça car ils voudraient tous l'avoir. C'est plus propre à la France", assénait encore le sélectionneur pour qui le Madrilène est assurément "un attaquant de très très haut niveau".

- "Leader d'attaque" -

Une appréciation encore justifiée par la superbe performance de Benzema dimanche dans le clasico néanmoins perdu chez le FC Barcelone (2-1). Certes il n'a pas marqué, pourraient tenter d'objecter ses détracteurs, mais il a surnagé au sein de l'attaque du Real et marqué de sa classe la rencontre avec sa talonnade magique et décisive qui a offert le but égalisateur à Cristiano Ronaldo.

Cette saison, le joueur de 27 ans cumule 20 buts et 12 passes en 39 matches toutes compétitions confondues. Rien qui ne puisse prêter à discussion, au contraire de l'unique but qu'il a inscrit (contre le Portugal 2-1) au cours de ses neuf dernières sélections.

Bien que légitimement lassé de devoir encore monter au front face à cette presse qui ne voudrait rien entendre, Deschamps a réitéré lundi son propos sur son "leader d'attaque", pour lequel le capitanat ne changerait par ailleurs pas "son rayonnement sur le terrain".

"Avec nous il n'évolue pas dans le même registre. En équipe de France, vous l’attendez davantage dans un rôle de finisseur, de buteur, alors qu'au Real il y a Cristiano Ronaldo. Cela ne doit pas changer son style de jeu, mais on l’attend bien sûr en termes d’efficacité avec les Bleus."

Voilà finalement le fardeau de Benzema sous le maillot bleu, celui de ne pas avoir le triple Ballon d'Or à ses côtés, ce vampire assoiffé de but comme lui ne le sera jamais autant, ce phénomène qui concentre à lui seul les lois de l'attraction dans une équipe quand lui préfèrera toujours les diluer pour le bien du collectif.

Mais comme l'équipe de France ne semble pas en mesure d'ici l'Euro-2016 de voir émerger le même talent pur que Ronaldo en son sein, malgré les qualités évidentes des Griezmann, Giroud, Lacazette et autres Fekir qui restent pour la plupart à confirmer, tous les regards continueront invariablement de se tourner avant tout sur Benzema.

Une histoire sans fin, en somme, dont le prochain chapitre s'écrira jeudi soir au Stade de France face au Brésil en reconstruction de Thiago Silva, qui sait que les Bleus "font surtout la différence en attaque avec Benzema". Qu'il marque ou pas.