Championnats de France de montgolfière à Yssingeaux, une organisation quasi militaire

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16H00, fébrilité au PC de course du 36e Championnat de France de montgolfière: le dernier point météo vient de tomber, le directeur des vols dispose de 90 minutes pour concevoir les épreuves de l'après-midi, qui verront s'affronter jusqu'à dimanche les 44 prétendants au titre.

Si l'observation d'un vol de montgolfières, lent et majestueux, peut inviter à la méditation, en coulisses, les organisateurs se répartissent rapidement les tâches pendant que concurrents et équipiers se concentrent ou compulsent cartes, ordinateurs portables et GPS, élaborant des stratégies de compétition.

"Ca tourne H24", confirme Eric Décellières, l'énergique directeur des vols.

Piloter une montgolfière, c'est l'art de diriger un engin indirigeable. "Il faut se battre avec la machine, la subir au minimum", explique François Messines, champion du monde en titre et leader au général en ce deuxième jour de compétition autour d'Yssingeaux (Haute-Loire).

"C'est un sport cérébral. Pour gagner, on doit être bien reposé dans sa tête, ne pas venir avec des problèmes. Et avoir de l'instinct", ajoute-t-il.

"Notre moteur, c'est le vent. Il faut le bon feeling pour trouver les bons courants", poursuit le champion, 26e participation, au milieu du pré dans lequel il vient d'atterrir avec son navigateur et quelques autres concurrents.

Il y est rapidement rejoint par le 4x4 de ses équipiers au sol, Romain et Wally, chargés de procéder régulièrement à des sondages météo (matériel: ballons de baudruche, hélium, compas) et d'en communiquer par radio les résultats à l'aéronaute.

A l'autre extrémité du classement, Mathieu Rouanet, 32 ans, dossard 43, 44e sur 44, 170 heures de vol au compteur.

Aux côtés de son petit frère et de sa mère, penché sur ses cartes à l'ombre de sa remorque alors que les autres concurrents font la sieste, il attend le coup de téléphone de la personne chargée de réparer sa toile: "Hier, on n'a pas réussi à décoller. En plus, j'ai brûlé mon ballon".

"Ce matin, on a décollé. Yahou ! Mais on n'a pas compris l'échelle sur la carte et puis à cause des changements de vent, on partait toujours dans le sens opposé" aux cibles, raconte hilare le jeune homme, champion du monde de para-moteur.

La compétition est constituée de manches - matin et soir car "on ne vole pas lorsqu'il fait chaud, l'atmosphère devient trop instable", explique Anne Constant, détachée par Météo France - elles-mêmes divisées en épreuves, dont la nature dépend du machiavélisme du directeur des vols.

"On peut prévoir un retour au bercail, une valse hésitation, un but déclaré, un bon choix, un angle...", jargonne Eric Décellières, bermuda long et cheveux ras. Généralement, il s'agit d'imposer aux pilotes de laisser choir un marqueur le plus près possible d'une cible au sol: le vainqueur sera connu dimanche.

Toujours en mouvement, le directeur est à la tête d'une équipe d'environ 80 bénévoles - observateurs, métreurs, debriefeurs, rien n'est laissé au hasard pour éviter triche et contestations - chargés de créer les épreuves puis d'en vérifier le déroulement.

La dernière manche du jour terminée, ils retrouvent les concurrents pour partager l'apéritif et le dîner, parce que le monde de l'aérostation, c'est avant tout "une passion partagée par une bande de copains", résume Eric Décellières.