Coupe Davis: Monfils, de la tête et des épaules

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Moins exubérant, plus concentré, Gaël Monfils a travaillé ses qualités mentales, un effort qui lui a permis de revêtir, sans flotter dedans, le costume de patron de l'équipe de France de Coupe Davis, à l'heure d'affronter en finale la Serbie à partir de vendredi.

Au soir de sa finale perdue à Paris-Bercy face à Robin Soderling le 14 novembre dernier, Monfils redevenait N.1 français, au 12e rang mondial, devant son ami Jo-Wilfried Tsonga.

Tout un symbole, à quelques jours d'une finale de Coupe Davis où le Parisien de 24 ans aura de lourdes responsabilités en l'absence de Tsonga. "N.1 ça fait plaisir mais ça ne me pèse pas. Les journalistes comptent beaucoup sur moi mais l'équipe compte surtout sur l'équipe", assurait-il mardi avec détachement.

De toute évidence, le Guadeloupéen élastique, porté par son physique hors-norme - "le physique, ça va toujours", s'amuse-t-il - a les épaules pour porter l'équipe de France. Et la tête?

Cela reste à voir mais il est manifeste que le Parisien, sujet à des sautes de concentration et souvent "imprévisible", a décidé ces derniers temps de regarder d'un peu plus près ce qui l'empêchait de tutoyer les tout meilleurs.

Avec son équipe - son entraîneur Roger Rasheed, son homme de confiance Patrice Chamagne, mais aussi une préparatrice mentale - il a tenté de cerner et corriger ces menus détails et défauts qui font beaucoup. Comme ses problèmes de retard, qu'il confessait après sa défaite à Bercy.

"Je suis arrivé un petit peu tard au stade, j'ai fait un peu tout en speed et ça ne m'a pas aidé", déplorait-il, comme pour rappeler que tout n'était pas encore réglé, assurant toutefois avoir "compris certaines choses".

Cela se traduit sur le court par un comportement plus patient et calme, avec le souci de "ne pas montrer (ses) émotions". Il a atteint les quarts de finale de l'US Open début septembre, la finale à Tokyo début octobre, a glané son premier titre de l'année à Montpellier et enchaîné en novembre sur sa finale à Paris-Bercy, après avoir battu pour la première fois Roger Federer, en demi-finales, en écartant cinq balles de match au passage.

S'il compte mettre à profit cette expérience à partir de vendredi à Belgrade, c'est aussi la Coupe Davis qui cette saison lui a permis de grandir.

Après avoir, de son propre aveu, pris trop à la légère sa première titularisation en 2009, perdant son match en barrages de maintien dans le groupe mondial, Monfils a depuis endossé son rôle avec sérieux.

Durant toute la campagne 2010, il a assuré, écrasant l'Allemand Philipp Kohlschreiber en trois sets au 1er tour, puis remportant une bataille épique en quarts de finale, contre l'Espagnol David Ferrer. En demie, pourtant "super tendu", il n'a pas tremblé face à l'Argentin David Nalbandian.

De son côté, le capitaine Guy Forget a fini par apprivoiser le personnage, lui laissant un peu de souplesse de fonctionnement, en échange d'une implication sans faille du joueur dans les matches mais aussi plus de communication.

Entouré d'amis de longue date - Simon, Tsonga ou Gasquet - mais aussi de joueurs plus âgés - Llodra, Clément, Benneteau - Monfils semble avoir trouvé sa place dans un groupe qui compte de plus en plus sur lui. Reste à leur rendre cette confiance, si possible sur le court dès vendredi face à Janko Tipsarevic ou Viktor Troicki.