Cyclisme/Dopage: Bernard Sainz, alias docteur Mabuse, dément être un "dopeur"

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Caen (AFP)

Bernard Sainz, alias "docteur Mabuse", 73 ans, a catégoriquement démenti mardi être un "dopeur" devant le tribunal correctionnel de Caen qui le juge avec dix autres prévenus pour une affaire de dopage dans le monde du cyclisme amateur.

"J'ai cette caricature diabolique de dopeur. Mais qu'est ce qu'il y a de concret ? Rien", s'est défendu à la barre celui qui se présente comme un "spécialiste des médecines douces".

"Soit vous n'avez rien fait, soit vous êtes très malin", a résumé le président du tribunal Christophe Subts. De l'instruction ressortent des "déclarations précises, réitérées, concordantes" à charge contre M. Sainz, poursuivi pour incitation au dopage, a précisé le magistrat.

Le prévenu Fabien Taillefer, cycliste dopé repenti, "confirme" ainsi à la barre que Bernard Sainz a selon lui conseillé son père Fabrice Taillefer, ex-coureur et prévenu lui aussi, pour la prises d'hormones de croissance.

Pourquoi l'ancien coureur n'a-t-il pas dénoncé Sainz dès le début de l'enquête ? "Je ne savais pas si je referais du vélo. Beaucoup de présidents de clubs connaissent Sainz. C'est la même génération. Si on parle sur Sainz, on est grillé", affirme à la barre Fabien Tailler vainqueur en 2007 du Paris-Roubaix juniors, avant de se doper.

Durant l'enquête, un autre prévenu, a témoigné, plus à charge encore, contre Bernard Sainz. Mais cet ancien coureur, père de deux enfants, est mort en mai 2014, à l'âge de 30 ans d'une overdose de cocaïne et d'antalgique. Bernard Sainz fut son "gourou", selon Karine Fautrat, l'avocate de sa veuve, elle-même poursuivie pour avoir été intermédiaire dans ce trafic de produits dopants.

Le coureur décédé expliquait aux enquêteurs comme à sa femme que Sainz donnait ses protocoles par oral, nommant les substances par des codes homéopathiques que le coureur devait apprendre par cœur.

Mais Sainz affirme qu'il refusait de soigner les coureurs qui se dopaient. "Je lui ai dit, si tu viens me voir, tu arrêtes les produits dopants", affirme le "soigneur". "Votre propriété de l'Orne, c'était un centre de désintoxication !", ironise le président du tribunal.

- 'L'emprise' -

La veuve, elle, secoue la tête à chaque déni de Sainz. Son avocate parle de "l'emprise", selon elle, de Bernard Sainz sur les coureurs.

Mais pour la défense, ces deux coureurs avaient intérêt à témoigner contre Sainz, pour s'attirer les faveurs de leur fédération.

Surtout, comme le reconnaît le président, le dossier est plombé par une "absence totale de preuve matérielle".

Des fioles ont été retrouvées lors de perquisitions mais elles ne contenaient pas de produits dopants.

Reste que l'homme a "65.000 euros de revenus occultes" entre mai 2007 et novembre 2010, la période de prévention, selon le président du tribunal.

Fort d'un manoir, avec plusieurs personnels de service, il jouit d'un niveau de vie bien supérieur à ce que peut permettre une retraite de 700 à 800 euros, souligne M. Subts.

Bernard Sainz n'a jamais payé d'impôts, n'a pas de compte en banque, ajoute le président.

Dans cette affaire, outre M. Sainz, sont poursuivis six coureurs, un médecin, un pharmacien, un préparateur en pharmacie et l'épouse d'un coureur décédé.

Le Conseil national de l'ordre des pharmaciens et la Fédération française de cyclisme sont parties civiles.

Bernard Sainz a été condamné en 2014 par la cour d'appel de Paris à deux ans de prison dont vingt mois avec sursis, notamment pour incitation au dopage et exercice illégal de la médecine en 1998. En 2013, la cour d'appel de Caen l'a elle condamné à 3.000 euros d'amendes pour exercice illégal de la médecine et travail dissimulé dans une affaire liée à des pratiques de dopage de chevaux en 2004 et 2005.