Un ex-médecin des Bleus sort un livre et parle des "dérives majeures"

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L'ancien médecin de l'équipe de France, Jean-Pierre Paclet, est revenu mercredi pour l'AFP sur les révélations contenues dans son livre "Implosion", à paraître jeudi (éditions Michel Lafon), estimant qu'"il y a eu des dérives majeures" dans le football.

M. Paclet évoque notamment des anomalies dans les analyses de sang de certains internationaux français lors du Mondial-98.

Q: Qu'est-ce qui a motivé l'écriture de ce livre?

R: "C'est la peine et l'indignation devant mon poste de télévision au mois de juin quand j'ai vu le spectacle qui nous était proposé. J'en avais gros sur la patate et j'ai voulu dire ce que je savais sur les processus qui ont amené à un tel fiasco."

Q: Mais ce sont les passages sur des anomalies dans les analyses de sang de certains internationaux lors du Mondial-98 qui retiennent particulièrement l'attention...

R: "Ce n'est pas une révélation. Si je n'avais pas parlé de dopage, vous m'auriez dit: +quelle langue de bois+. J'ai fait un chapitre sur la problématique du dopage dans le football. Dans ce cadre, j'évoque des anomalies, à ne pas confondre avec le terme dopage. Cela ne me semble pas un scandale ni une accusation. Cela ne veut pas dire que les joueurs étaient dopés. C'est un fait qui doit faire réfléchir. Cela a tellement fait réfléchir qu'il y a maintenant des bilans et des suivis effectués régulièrement dans le football professionnel français. Maintenant, devant de telles anomalies, on ne se pose pas de questions et on a des réponses qu'on ne pouvait pas avoir en 1998. Mais à l'époque, personne n'avait envie de faire ce genre d'exploration, que ce soit la presse, les joueurs, les entraîneurs ou les pouvoirs publics."

Q: Difficile pourtant, à vous lire, de ne pas penser au dopage...

R: "Il y a eu une période dans le football et dans le sport en général où il y a eu des dérives majeures. Le cyclisme nous l'a révélé quelques années plus tard. On peut légitimement s'interroger sur certains clubs italiens."

Q: La Juventus Turin de Zidane et Deschamps par exemple?

R: "La Juventus, bien entendu, puisque la justice italienne s'est intéressée à ce club. Parler de la Juve quand on parle de dopage, cela me semble légitime. Mais cela fait deux lignes sur 200 pages."

Q: L'autre épisode trouble concerne la volonté de Patrick Vieira d'utiliser de l'Actovegin (médicament à base de sang de veau, interdit en France) pour hâter son rétablissement lors de l'Euro-2008...

R: "C'est l'exemple de la prise de pouvoir des joueurs sur l'équipe de France. Il s'agit d'abord d'un joueur blessé dont on savait qu'il ne pouvait pas revenir, qu'on emmène quand même parce que le joueur l'a décidé. Le joueur désire un traitement que moi je ne peux pas cautionner pour des raisons déontologiques. Je ne vais pas l'autoriser à prendre un médicament que je ne connais pas et qui est interdit en France même si on est hors du problème du dopage. Que le joueur trouve cela anormal, je le conçois aisément. Que les autorités trouvent cela anormal, c'est plus décevant."

Q: Vous vous êtes senti comme le bouc émissaire du fiasco de l'Euro?

R: "Il fallait garder Raymond Domenech, non pas parce qu'on était persuadé qu'il était le meilleur sélectionneur mais surtout pour ne pas faire entrer Didier Deschamps et l'équipe de 1998. Des joueurs ont été sollicités par les dirigeants de la fédération pour le soutenir publiquement. Pour donner l'impression de changer quelque chose, on a changé le docteur. Mais quelle autorité a le sélectionneur quand il doit le maintien de son poste aux joueurs qu'il a en face de lui ? Les insultes d'Anelka, c'est l'aboutissement de ce manque d'autorité."

Q: Le livre est d'ailleurs une charge terrible contre Domenech...

R: "Il a accumulé les erreurs. Il a d'abord accepté de rester après 2008. Puis petit à petit, il a laissé le pouvoir aux joueurs, peut-être parce qu'il ne se sentait pas capable de les affronter. Cela a abouti à la catastrophe."

Propos recueillis par Keyvan NARAGHI