Procès des meurtriers présumés de Brice Taton: la peur, toujours

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Le procès des 14 supporteurs serbes inculpés pour avoir battu à mort, en septembre 2009 à Belgrade, le supporteur français Brice Taton a repris lundi, marqué encore par un lourd climat de peur des témoins, et l'avocat de la famille Taton a espéré une accélération du jugement.

Les audiences devant la Haute Cour de Belgrade, en présence des parents de la victime, ont duré un peu plus d'une heure avec l'audition d'un témoin serbe protégé, désigné sous le terme d'"A2".

Le témoin s'exprimait depuis une cabine aux vitres teintées. Sa voix avait été déformée. Il a déclaré ne reconnaître personne parmi les inculpés présents.

"A2" a expliqué qu'il était arrivé par hasard rue Obilicev, dans le centre de Belgrade, où s'est produit le drame le 17 septembre 2009, et qu'il avait rebroussé chemin en constatant que "beaucoup de gens participaient à une bagarre".

La juge Mirjana Ilic et l'avocat serbe de la famille Taton, Me Slobodan Ruzic, n'ont pas manqué de mettre en évidence les différences entre la déposition de "A2" et ses déclarations aux policiers faites après le drame.

Selon ces déclarations, "A2" avait aperçu deux jeunes gens entrer dans un café situé à proximité de l'endroit où allait se passer l'affrontement, observant la rue, et qu'ils étaient sortis en courant de l'établissement pour rejoindre la bagarre.

"A2" avait déclaré alors "penser avoir déjà vu dans un groupe de supporteurs du Partizan" l'un de ces deux jeunes gens.

Me Ruzic a déploré devant les journalistes que "A2" ait "complètement changé" ses déclarations à la police "où il avait décrit en détails" les deux jeunes gens du café. "Il a dit qu'il pouvait en reconnaître un, mais aujourd'hui, il a démenti tout ça. Il est évident qu'il s'agit de la peur".

L'avocat avait déjà évoqué le climat de peur qui règne sur ce procès, où un témoin protégé serbe avait même fait état en juin de sa crainte devant la Haute Cour, alors qu'il déposait depuis une cabine aux vitres fumées, à quelques mètres des inculpés.

Mirjana Ilic a d'ailleurs indiqué qu'un autre témoin serbe, qui devait comparaître lundi, n'avait pu être localisé par la police. "Il n'est pas connu à l'adresse qu'il avait donnée à la police" et celle de son lieu de travail est également fausse, a expliqué la juge.

Les supporteurs serbes de football, qui ne cachent pas leur sympathie pour les thèses ultra-nationalistes, ont régulièrement défrayé la chronique par leurs violences. Encore le 10 octobre, ils ont affronté des heures durant la police dans le centre de Belgrade, pour protester contre la tenue d'une Gay pride.

Ils récidivaient le 12 octobre à Gênes, lors d'une rencontre Serbie-Italie comptant pour l'Euro-2012, obligeant les autorités à interrompre le match.

Deux témoins français doivent déposer mardi par vidéo-conférence depuis le tribunal de Toulouse. Deux membres de l'équipe médicale venus au secours de Brice Taton blessé comparaîtront mercredi.

Le procès, qui a déjà eu deux sessions en avril et en juin, a pris du retard.

Malgré tout, des sources concordantes ont estimé que le verdict pourrait être rendu d'ici la fin du mois. Plus prudent, Me Ruzic a déclaré s'attendre à ce que le procès "s'accélère et se termine relativement vite".

"Jusqu'à présent, personne n'a avoué", a regretté sur la station de radio RTL Suzanne Taton, la mère de la victime.

"Il y en a qui savent, surtout un qui voudrait parler, mais qui a peur de parler. Et on a bien envie de le faire parler", a-t-elle déclaré.

Brice Taton était arrivé à Belgrade pour assister à une rencontre opposant le Partizan à l'équipe de football de Toulouse, dont il était un supporteur.

Il est décédé le 29 septembre 2009, à l'âge de 28 ans, après douze jours d'agonie.