A Villiers-le-Bel, on savoure avec fierté la victoire de Myriam Soumaré

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"Je suis comme fou, j'ai la chair de poule chaque fois que j'en parle" : pour Hyacinthe Baka, animateur à Villiers-le-Bel (Val d'Oise) comme pour le reste des habitants, la victoire de Myriam Soumaré, qu'ils ont "connue toute petite", est une "grande fierté".

"Myriam, c'est l'espoir qu'à Villiers-le-Bel, il y a des jeunes qui peuvent s'en sortir", affirme Hyacinthe faisant allusion à la "mauvaise image" qui colle à la ville depuis les deux nuits d'émeutes de 2007.

Toutefois pour son frère, Thibault, Myriam, 23 ans, née à Paris, "ne doit pas devenir une icône de la banlieue. C'est sa victoire et à elle seule". "Il ne faut pas la politiser", souligne-t-il tout en se demandant si "la Française qui vient de gagner le 200 mètres" européen, "ne redeviendra pas la Mauritanienne quand elle perdra".

Dans le quartier où elle habite un immeuble avec ses parents, on est très fier de la victoire de Myriam que l'on a vu grandir. On en profite pour rappeler que la ville compte déjà quelques champions, "en boxe, en boxe thaïe et même une médaille d'or aux JO en tir à l'arc".

La plus heureuse reste peut-être la maman, Bambi, qui glisse quelques mots avant de partir travailler : "Je suis fière. On va faire la fête en famille. On va prendre notre temps".

"Tout le monde était derrière elle. A Villiers, les jeunes vont s'inscrire à l'athlétisme. Ils vont bouger", se réjouit Jean-Marc Nocent, un voisin. "Il n'y a pas de club d'athlétisme à Villiers", souligne malicieusement un compère.

"Elle en voulait, elle a toujours été comme ça. Elle est discrète, respectueuse et souriante", raconte un ami.

"Ce qu'elle a fait, ça booste", glisse un jeune homme en passant à côté du groupe. La championne qui a débuté l'athlétisme à 18 ans, a remporté trois médailles aux championnats d'Europe de Barcelone dont la médaille d'or du 200 mètres.

Pendant que son quartier se réjouit, Myriam Soumaré savoure sa victoire à l'Elysée où elle a rencontré le président, qui lui a demandé des "conseils danse", a-t-elle raconté amusée à l'AFP. La championne avait en effet effectué quelques pas de danse en montant sur le podium à Barcelone.

"Il a été super sympa. Il y avait une très belle ambiance. On a parlé de sport mais aussi de la vie de tous les jours", a déclaré celle qui se dit "une habituée de l'Elysée", puisqu'elle y avait été reçue lors de sa participation aux JO de Pékin.

"C'est lors du relais des JO de Pékin qu'elle a eu le gros déclic", raconte sa soeur, Fatou, 26 ans. "On a vu le lion", s'amuse celle qui décrit une Myriam "très humble, battante et persévérante (...) qui ne lâche pas l'affaire".

Dans la famille, le 200 mètres a été suivi "debout, en courant sur place, le souffle retenu". Passée la ligne d'arrivée, ce fut l'explosion : "On s'est roulé par terre, on a hurlé, sauté. Il y a eu des larmes de joie (...) on a essayé de l'appeler et on a hurlé dans les oreilles du coach".

Olivier Darnal entraîne Myriam Soumaré depuis six ans. Il s'occupait de sa grande soeur Aminata et un jour, Myriam accompagnant celle-ci a passé un test qui "s'est avéré concluant", raconte-t-il.

"Elle n'est pas fainéante. Elle est bosseuse mais râleuse", confie Olivier Darnal selon qui "quand elle fait quelque chose, elle le fait à 100%". Myriam s'entraîne trois à quatre heures par jour, quatre jours par semaine.

"Pour elle c'est un jeu, mais un jeu qu'elle fait à fond", reconnaît sa soeur. "Sa vraie passion, c'est les enfants", confie son entraîneur. Myriam est puéricultrice à mi-temps.

La municipalité de Villiers-le-Bel devrait organiser "une petite réception dans les jours à venir".