Voile: le tour du monde de Laura Dekker via Panama laisse sceptique

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La Néerlandaise Laura Dekker, 14 ans, partie le 21 août de Lisbonne pour battre le record officieux de "jeunesse" du tour du monde à la voile de l'Australienne Jessica Watson a prévu un parcours qui ne remplit pas les conditions que s'était imposées la navigatrice wallaby.

Son itinéraire en sauts de puces avec escales laisse sceptiques les voileux confirmés qui voient plus dans son projet une aventure humaine qu'un exploit sportif.

"Je ne suis pas très au courant de ce que fait Laura Dekker, c'est plus une aventure humaine, je n'aime pas trop donner d'avis sur une aventure humaine, c'est personnel", a ainsi expliqué la circumnavigatrice anglaise Samantha Davies, 4e du dernier Vendée Globe, pour l'AFP.

"Maintenant, j'ai un peu peur pour les gens qui partent sans forcément maîtriser tous les éléments qui peuvent survenir, une blessure, un conteneur à la mer et beaucoup d'autres choses. L'Australienne Jess (Jessica Watson) a fait un vrai tour du monde par les trois caps (Horn, Bonne Espérance et Leeuwin), elle était très mature, elle avait une très bonne approche de son projet et elle avait un très bon bateau. Un tour du monde par Panama, ce n'est pas un tour du monde", affirme Samantha Davies.

Un autre seigneur de la circumnavigation, le Français Jean-Luc van den Heede, qui a fait le tour du monde dans les deux sens sans escale et sans assistance et qui est l'actuel détenteur du record en solitaire dans le sens est-ouest (le plus difficile) en 122 j, 14 h 03 min et 49 sec (moyenne: 7,43 noeuds) estime qu'il manque quelque chose. "Pour moi un tour du monde, c'est par les trois caps, pas par Panama, c'est sans escale et sans assistance. Le record de la jeunesse ou de la vieillesse, cela ne veut pas dire grand chose", a exposé le navigateur à l'AFP avec sa logique de professeur de mathématiques qu'il est resté dans l'âme. "La jeunesse cela suppose que l'on ait des qualités physiques et la vieillesse des qualités mentales, mais cela ne veut rien dire d'être le plus jeune à ... ou d'être le plus vieux à ...".

Le mot de la fin revenant au très glorieux Loïck Peyron "je n'ai pas d'avis sur la question et je ne veux pas en avoir".

Jessica Watson, a bouclé, à l'âge de 16 ans, son tour du monde en 210 jours en indiquant avoir parcouru 23.000 milles sans escale et sans assistance par les trois caps (Horn, Bonne Espérance et Leeuwin), dans le sens ouest-est, c'est à dire dans le sens du vent et des courants.

Laura Dekker, en passant par le canal de Panama, ne doublera pas le cap Horn.

Le record de Jessica Watson n'a pas été homologué car elle n'a pas rempli l'intégralité des critères définis par le WSSRC (World Speed Sailing Racing Council). Dans sa règle 26.1 cet organisme précise que le marin doit partir et revenir du même point, "couper tous les méridiens de longitude -1 fois chacun- et l'équateur -2 fois-", ce qui a été respecté, et que la distance, 21.600 milles se mesure sur l'orthodromie (l'ensemble des routes les plus courtes d'un point à un autre sur la sphère). Dans le cas de Jessica Watson, partie et revenue à Sydney (Nouvelle Galles du Sud) la distance réelle parcourue de 23.000 milles (1 mille = 1,852 km) est orthodromiquement inférieure au 21.600 minimum nécessaires pour que cela soit un tour du monde.

Laura Dekker, qui fêtera ses 15 ans le 20 septembre, devra avoir terminé son périple avant le 16 septembre 2012 pour battre le record officieux détenu par Jessica Watson, qui avait bouclé en mai 2010, trois jours avant ses 17 ans, un tour du monde sans escale et sans assistance.