CULTURE / MATHEMATIQUES

Les maths ont leur certificat artistique à la Fondation Cartier

La « Salle des quatre mystères » du monde, scénarisée par le réalisateur américain David Lynch.
La « Salle des quatre mystères » du monde, scénarisée par le réalisateur américain David Lynch. Photo : Olivier Ouadah

La Fondation Cartier à Paris organise jusqu’au 18 mars 2012 une exposition intitulée Mathématiques, un dépaysement soudain. Mise en scène et réalisée par des artistes de renom comme le réalisateur David Lynch et la star de rock Patti Smith, elle a pour objectif de rendre sensible cette science. Pari gagné.

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On ressort grandi de cette exposition aux allures de superproduction. Avec la sensation d’avoir acquis des connaissances et l’émerveillement d’avoir enfin compris cette matière difficile que sont les mathématiques.

Tout le rez-de-chaussée a été entièrement scénarisé par le réalisateur américain David Lynch. Le public entre dans la « Bibliothèque des mystères » : une salle sphérique aux hauts murs immaculés. Trois projections autonomes occupent l’espace : de face, au plafond (photo) et sur un petit écran vidéo. A elle seule, celle qui retrace l’histoire des recherches scientifiques qui ont marqué l’histoire, mérite le déplacement.

La « Bibliothèque des mystères » retrace les étapes majeures de l'histoire des mathématiques.
La « Bibliothèque des mystères » retrace les étapes majeures de l'histoire des mathématiques. Photo : Olivier Ouadah

Neuf artistes, huit mathématiciens

Neuf artistes ont participé à l’exposition. Parmi eux, plusieurs stars comme le photographe et documentariste Raymond Depardon, le réalisateur japonais Takeshi Kitano et son homologue américain David Lynch, la chanteuse rock américaine Patti Smith, qui prête sa voix à des projections…

Trois ans ont été nécessaires pour monter cette exposition aux allures de superproduction. De nombreux scientifiques ont apporté leur contribution et huit d’entre eux en ont été les maîtres d’œuvre. Tous mathématiciens français et étrangers, spécialisés dans leur domaine.

Les mathématiques, domaine idéal de l’abstraction

Pourquoi avoir voulu associer mathématiques et art ? « Cela faisait longtemps que le directeur de la Fondation Cartier, Hervé Chandès, voulait traiter des sciences, livre Thomas Delamarre, commissaire-adjoint de l’exposition. Les mathématiques lui sont apparues comme le domaine idéal de l’abstraction. Pour lui, cela représentait un énorme champ d’expérimentation pour les artistes. »

Thomas Delamarre nous explique qu’à la différence de lieux comme la Cité des sciences, qui a pour mission de vulgariser les sciences, la Fondation Cartier se devait de « donner le goût de cette pensée mathématique abstraite, rendre sensible cette discipline. »

La « Salle des quatre mystères » du monde, plus un, ajouté par Patti Smith : la poésie.
La « Salle des quatre mystères » du monde, plus un, ajouté par Patti Smith : la poésie. Photo : Olivier Ouadah

La « salle des quatre mystères » du monde

Avec la « salle des quatre mystères », toujours scénarisée par David Lynch, l’exposition devient plus énigmatique. Sur un immense écran est projeté un film crée par le CERN, le Centre européen de recherche sur le nucléaire. La voix d’un scientifique explique en termes simples la physique de particules.

A côté, une demi-sphère géante sur trépied livre à travers des films d'animations la réponse aux quatre mystères de l’univers : la nature des lois de la physique, l’apparition de la vie sur terre, le fonctionnement du cerveau et la structure mathématique. Ce dernier mystère explique les trois premiers. Le mathématicien Michel Gromov a écrit le commentaire dit par Patti Smith. Elle a d'ailleurs rajouté un cinquième mystère : la poésie.

L'installation des "Ergo-Robots" : curiosité artificielle et langage.
L'installation des "Ergo-Robots" : curiosité artificielle et langage. Photo : Olivier Ouadah

Le public arrive dans la troisième salle, encore plus étonnante : celle des « Ergo-Robots ». Le chercheur en intelligence artificielle Pierre-Yves Oudeyer de Institut national de recherche en informatique et automatique , l’Inria, les a conçus, en collaboration avec l’université de Bordeaux. Il s’agit d’une nouvelle génération de robots. Ce qui est programmé est leur capacité à se développer.

Explications sur les « Ergo-robots », de Thomas Delamarre, commissaire-adjoint de l’exposition.

« Nous avions besoin d’artistes généreux »

« Il a fallu compter déjà deux ans pour dialoguer avec les mathématiciens », ajoute Thomas Delamarre, commissaire-adjoint de l’exposition. Côté artistes, la Fondation a fait un choix parmi ceux qui avaient déjà exposé ici et connaissaient l’espace.

« Nous avions besoin d’artistes qui aient de la curiosité, de la modestie, de l’humilité et de la générosité pour un tel pari avec la science et l’art, précise Thomas Delamarre. Ils devaient accepter de se mettre au service des mathématiciens, d'écouter ce dont ils voulaient parler. »

La matière venait des mathématiciens et « nous voulions qu’ils approuvent le travail et le rendu des artistes, qu’ils soient d’accord et signent les projets. Ce qu’ils ont fait. »

Raymond Depardon et Claudine Nougaret ont la part belle

La mathématicienne Nicole El Karoui.
La mathématicienne Nicole El Karoui. Isabelle Artus / RFI

L’exposition continue au sous-sol. Le photographe-documentariste Raymond Depardon et la chef-opératrice du son Claudine Nougaret ont la part belle : une grande salle avec un écran cinémascope leur est dédiée. Neuf de leurs portraits de mathématiciens de l’exposition sont projetés en boucle. Des films en noir et blanc aux contenus à la fois étonnants, puissants, passionnants.

« Le hasard, ça se mesure » évoque la mathématicienne française Nicole El Karoui dans le film. Tout est probabilisable ! » Elle citera plus loin Edgard Morin : « Le hasard est consécutif de toute vie »… de quoi méditer.

Des idées qui questionnent

Le public, assis sur des tabourets est conquis. Car les mots et les idées de ces scientifiques sonnent comme de la littérature, de la poésie, de l’art, de la philosophie aussi. Ils questionnent. Sur nous-même, notre environnement, l’univers. Mais toujours avec humanité et une passion maîtrisée.

Autre portrait, autre belle rencontre entre le public et le scientifique : Don Zagier. Mathématicien américain, titulaire de la chaire de Théorie des nombres au Collège de France. Il raconte combien les chiffres et la musique sont proches. La recherche, « c’est une bataille, dit-il. Après avoir travaillé pendant des mois, des années, on peut percevoir une beauté supérieure ».

Donnons le mot de la fin à Hiroshi Sugimoto, un artiste dont l’œuvre photographique est construite sous forme de séries : « Je crois que l’art, les mathématiques et même la religion servent le même but : nous expliquer des choses que nous ne comprenons pas. »

Autour de l’exposition :

- Comment se rendre à l’exposition ?

- fondation.cartier.com/itunes : cette page spéciale dédiée à l’exposition réunit les conférences, cours et outils didactiques de l’Institut des hautes études scientifiques, l’université Pierre et Marie Curie, l’Institut Henri Poincaré, le Collège de France et l’Unesco.

- Une application iPad autour de l’exposition Mathématiques, un dépaysement soudain existe.

- Des ateliers originaux pour les enfants et des parcours en famille sont prévus les mercredis et samedis. Les « Ergo-Robots » les enchanteront.

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