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Cinéma / Bande dessinée

«Couleur de peau : miel», film d'animation du dessinateur belge Jung et de Laurent Boileau

Le cerveau-commode, aux souvenirs-tiroirs, du héros du dessin d'animation «Couleur de Peau: Miel»
Le cerveau-commode, aux souvenirs-tiroirs, du héros du dessin d'animation «Couleur de Peau: Miel» © Gebeka Films
Texte par : Marion Urban
4 mn

En 1991, le dessinateur belge Jung Sik-jun fait irruption dans le royaume de la bande dessinée, en publiant le premier album de la série Yasuda avec le scénariste Martin Ryelandt. Quatre albums que son auteur regarde aujourd'hui comme l'oeuvre «d'un dessinateur débutant». Ce 6 juin 2012, Jung et le documentariste, passionné de BD, Laurent Boileau, présentent au public français le film d'animation Couleur de peau : miel, résumé des deux tomes autobiographiques éponymes, publiés aux éditions Quadrants.

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Couleur de peau : miel. En fallait-il de la poésie à cet employé de l'agence Holt*, lorsqu'il écrivit cette mention sur la fiche d'adoption du petit Jung Sik-jun ! Il aurait pu tout aussi bien trouver une qualification plus mordante : « jaune », suggère le dessinateur dans l'un des ses albums. Couleur qu'il illustre férocement d'une caricature d'enfant japonais aux dents mal plantées. En 1970, un policier coréen avait trouvé le petit garçon de 5 ans, errant dans les rues de Séoul et l'avait déposé au siège de l'association caritative américaine. De l'autre côté de la planète, en Belgique, une famille, forte déjà de 4 enfants, lui ouvre les bras. C'est dans ce foyer, que le garçonnet déraciné va se construire, à coups de sabre, puis de crayon.

De la BD au film d'animation

A l'origine était l'idée de Laurent Boileau de tourner pour la télévision un documentaire sur le dessinateur Jung, incluant l'inévitable retour au pays natal, la Corée du Sud. Puis, de rencontre en rencontre, l'horizon s'élargit : pourquoi ne pas tourner un film d'animation tiré des albums déjà publiés par Jung ? En cours d'élaboration, les deux compères ne se contentent plus des seules images en 3D. Ils intègrent des images « à plat » pour illustrer les rêves et les cauchemars du jeune Jung. Pour retourner à la réalité, ils utilisent les films familiaux de Super-8 et des bribes de vidéo. Au final, Couleur de peau : miel est une œuvre hybride et c'est justement ce qui fait sa force. Dans le film d'animation, l'intégration des éléments du réel épure le drame intérieur que vit le petit garçon de la bande dessinée originelle.

Le dessinateur belge, Jung, de retour en Corée du Sud.
Le dessinateur belge, Jung, de retour en Corée du Sud. © Gebeka Films

Le dessin est la première étape de Jung Sik-jun pour narrer son désarroi d'enfant, d'adolescent et d'adulte. Abandon, déracinement et quête d'identité constituent la trilogie qui domine ses angoisses, explique-t-il, au détour d'un coup de pinceau. La sensibilité, née de ces déchirements, le pousse à utiliser dans ses premiers croquis, des teintes, des couleurs, des personnages dotés de détails qui le ramènent vers ses racines. Tous ces éléments « parlent » à ses amis coréens de Belgique, qui l'encourageront dans ce moyen d'expression, devenu aujourd'hui son art.

Sur la voie de la réconciliation

De l'étude de l'histoire et des traditions asiatiques, Jung a sélectionné les thèmes de ses premiers récits. De la lecture des mangas de son enfance, il a retenu la dynamique et le mouvement.

Lorsque Jung s'attaque à son autobiographie dessinée, il gomme toute couleur. Il se raconte en un uniforme gris-brun comme s'il s'agissait de peindre sa vie de la couleur de l'amertume ou de la rancœur à moins que ce ne soit pour marquer une certaine distance émotionnelle. Cette sobriété sait pourtant devenir effrayante lors des scènes de disputes familiales ou oppressante lors de séquences intimes.

Adapté à l'écran cinématographique, le récit est devenu à dominante « miel », une teinte plus douce qui offre son ombre protectrice à toutes les autres. Le gris et le noir sont réservés aux scènes en 2D, oniriques. Comme si les choses commençaient à trouver leur place. Une étape vers l'autoréconciliation ?

Le film est en compétition dans le cadre du festival international d'Annecy (4-9 juin 2012). Il sort en salle ce 6 juin 2012.

 

Des autres dessins animés autobiographiques :

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 * du nom de Bertha et Harry Holt. L'association a organisé l'adoption internationale de milliers d'enfants, notamment en Corée dans les années 50 et 60. De nombreux forums d'enfants coréens adoptés via Holt existent sur internet. Les commentaires des participants témoignent des sentiments d'abandon, du racisme et des difficultés identitaires qu'ils ont connus en étant transplantés dans des cultures si différentes de leur pays maternel.

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