Henri Lopes : «Oui, les livres peuvent révolutionner notre regard sur le monde»

Henri Lopes.
Henri Lopes. Gallimard

Henri Lopes est diplomate et romancier, un des plus importants romanciers africains. Originaire du Congo-Brazzaville, il a raconté à travers sa dizaine de romans et recueils de nouvelles les heurs et malheurs de l’Afrique post-coloniale. La comédie du pouvoir et le métissage sont quelques-uns de ses thèmes de prédilection. Son dernier roman Une enfant de Poto-Poto (Gallimard) est paru en janvier 2012.

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Vous êtes un grand lecteur. Combien de livres avez-vous mis de côté pour lire pendant les prochaines vacances ?
Plus que je ne pourrais lire. Comme je crains d’être déçu par une de mes lectures, j’emmène toujours des livres de secours lorsque je pars en voyage. Au plus grand désespoir d’ailleurs des gens avec qui je voyage, car mes valises sont toujours trop lourdes ! Je ne peux pas voyager sans livres.

Quels auteurs lirez-vous cet été ?
Cette année, j’ai envie de relire les classiques. Les Correspondances (Folio) de Flaubert, notamment ses lettres à Louise Colet avec qui il avait une liaison. Il tient dans ces lettres des propos passionnants sur son métier d’écrivain, il donne aussi des conseils d’écriture à sa maîtresse qui avait des ambitions littéraires. J’emmènerai en plus L’éducation sentimentale (Folio) Ce sont des textes revigorants qui nourrissent ma propre réflexion sur la littérature. J’ai mis également de côté des livres d’histoire. Pourquoi des livres d’histoire ? J’ai l’impression que dans ce monde moderne dans lequel nous vivons, nous sommes obnubilés par l’immédiat, par l’actualité. Au point qu’on a perdu de vue la dimension historique. En plongeant dans des livres d’histoire, j’espère pouvoir retrouver cette perspective distanciée dont on a besoin pour comprendre le présent.

Vous souvenez-vous de vos premiers chocs de lectures ?
Je me souviendrai toujours de mon chamboulement émotionnel à la lecture des Yeux d’Elsa (Nathan) d’Aragon. J’avais dû trouver le livre chez un bouquiniste. Lorsque j’ai fini de lire les 21 poèmes du recueil, je me souviens de m’être demandé pourquoi je ne l’avais pas lu plus tôt ? J’ai ensuite lu toute la poésie d’Aragon. Aragon est à mon avis le plus grand poète de langue française. J’ai lu aussi ses romans qui m’ont profondément marqué. La découverte d’Aragon a été un des grands moments de ma vie. Je lisais la revue Les Lettres françaises dont Aragon était le directeur. C’était un journal hebdomadaire à l’époque. Chaque semaine, je m’en souviens, j’allais chercher le journal, j’étais à l’affût des éditoriaux d’Aragon, malicieux et militants.

Avez-vous des livres de chevet ?
C’est surtout et avant tout Lettres à un jeune poète (Mille et Une nuits) de Rainer Maria Rilke. Je lis et relis ce bref livre à cause de sa sensibilité poétique et sa lucidité. Il m’apprend à vivre. Je relis également Patrick Modiano. C’est un maître styliste. Je suis emporté par la musicalité de ses phrasés. Enfin, un autre écrivain dont je me sens proche, c’est Simenon. Je n’ai pas lu tout Simenon. Personne ne peut lire tout Simenon car il a peut-être écrit plus de 800 livres. Alors que Simenon est souvent réduit à ses intrigues policières, pour moi ce qui est encore plus important, c’est ce qui se passe à l’intérieur de ses personnages. Il est plus proche de Dostoïevski que d’Agatha Christie.

Quand est-ce que vous lisez ? Est-ce qu’il y a un moment de la journée qui est plus propice à la lecture ?
Je peux lire à n’importe quel moment de la journée, n’importe où. Si le livre m’intéresse, rien ne peut m’arracher à la lecture.

Que pensez-vous des e-books ?
Au début, je croyais que ce n’était qu’un gadget. Mais avec l’arrivée des liseuses, les e-books sont devenus un moyen de lecture très pratique. On peut surligner, écrire des notes en marge, mettre des repères. Le choix malheureusement reste encore très limité en offres francophones.

Croyez-vous qu’un livre puisse changer la vie d’un homme ?

Oui, je crois. C’est la lecture de Dostoïevski qui m’a persuadé de prendre position contre la peine de mort. Il y a ce passage dans L’Idiot (Actes Sud) où le prince Mychkine raconte ce qui se passe dans la tête des condamnés à mort juste avant l’exécution de la sentence. C’est un paragraphe bouleversant de lucidité et d’humanité, plus fort que tous les discours de Badinter. Oui, les livres peuvent révolutionner le regard que vous portez sur le monde. Vous en sortez transformé.

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