Culture / Exposition

Robert Mapplethorpe, la nostalgie au complet au Grand Palais

Robert Mapplethorpe: Thomas (1987). 61x50,8 cm. Epreuve gelatino-argentique. New York, Fondation Robert Mapplethorpe.
Robert Mapplethorpe: Thomas (1987). 61x50,8 cm. Epreuve gelatino-argentique. New York, Fondation Robert Mapplethorpe. Robert Mapplethorpe Foundation. Used by permission

Le mythe du corps, la beauté des sexes, la quête de la perfection, son amour charnel et artistique avec Patti Smith, ses amitiés avec les artistes avant-gardes de la planète new-yorkaise des années 1970 et 1980… Autant de raisons pour visiter la vaste rétrospective du célèbre photographe Robert Mapplethorpe qui ouvre ce 26 mars au Grand Palais à Paris. Avec 263 œuvres, dont beaucoup de tirages originaux, c’est la plus grande exposition jamais réalisée. Dommage qu’elle regarde surtout en arrière.

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C’est le fameux autoportrait avec une canne à tête de mort qui trône comme un prologue à l’entrée de l’exposition. C’était en 1988, un an avant que le sida lui enlève la vie. Même pas vingt ans sont passés entre ses premiers tout petits polaroids du début des années 1970 et cette photographie de fierté qui dit adieu et sonne comme un avertissement en grand format. « Je cherche la perfection dans la forme, dans les portraits, avec les sexes, avec les fleurs » résumait Robert Mapplethorpe son art (et sa vie) quelques années avant de mourir.

L'obsession pour la beauté

Le parcours de l’exposition est conçu à rebours. La fin poétique et presque académique donne ainsi une autre dimension aux précédents portraits tumultueux de nus et pénis qui ont forgé sa réputation et sa célébrité. Alors on commence avec les visages marquants de Ken Moody and Robert Sherman (1984) avant d’aborder des sculptures classiques comme le Lutteur (1989) et le Cupidon endormi (1989), mais qui nous emmènent rapidement aux mises en scène époustouflantes et viriles du culte du corps nu et des icônes de la culture gay.

« Mapplethorphe est un obsédé de la beauté, affirme Jérôme Neutres, le commissaire général de l’exposition. Il est obsédé par la perfection dans la forme. En pensant à son modèle absolu qui est Michel-Ange et dont il collectionne tous les livres qui reproduisent les œuvres, il va essayer de se confronter à la question du corps. » L’art de son idole lui guida dans sa recherche des lignes pures et formes parfaites. Même son modèle fétiche, Lisa Lyon, championne de bodybuilding, a été sélectionné parce qu’elle lui rappelait les modèles du maître absolu de la Renaissance italienne.

La chapelle Sixtine de Mapplethorpe est le corps : le cou, la gorge, le nombril, l’aisselle… font autant partie de son vocabulaire photographique que les têtes, les jambes ou les sexes qu’il montre sans gêne comme un élément physionomique et architectural comme les autres, à un détail près. Selon le photographe « il y a plus d’énergie dans le sexe que dans l’art ».

L'Origine du monde chez Mapplethorpe

Les photographies montrant explicitement le sexe sont rassemblées et confinées dans une salle interdite aux moins de 18 ans. C’est une plongée dans l’univers sadomasochiste du New York de l’époque, des backrooms SM que Mapplethorpe fréquentait, avec une œuvre emblématique nommée Cock and Gun où l’arrogance et la taille d’un pénis rivalisent avec celles d’un revolver. « Mapplethorpe a commencé sa carrière avec des photographies assez érotiques, notamment sur le thème homosexuel, rappelle Jérôme Neutres, des photos qui ont fait scandale et qui lui ont rendu célèbre. Mais, il faut voir ses photos pour ce qu’elles sont, c'est-à-dire des œuvres d’art. Quand Mapplethorpe montre un sexe d’homme, il le montre comme Courbet montrait en 1866 un sexe de femme dans L’Origine du monde qui avait fait scandale aussi. »

Mapplethorpe voulait sculpter sa vision du monde.

Jérôme Neutres, commissaire de l'exposition Robert Mapplethorpe au Grand Palais.

La sculpture a joué un rôle primordial dans l’œuvre de Mapplethorpe : « La photographie est une façon rapide de regarder, de créer une sculpture », expliquait-il sa démarche. Alors, le portrait d’Ajitto (1981) fait penser à Rodin (le musée Rodin présentera à partir du 8 avril l’exposition Mapplethorpe-Rodin), Milton Moore (1981) ressemble à un exercice de style sur les postures académiques et Thomas (1987) s’apparente à un point d’orgue sur la quête d’une esthétique absolue.

Un espace-temps neutre

Bref, tout ce qui avait modelé l’art et l’image de Mapplethorpe est présent dans l’exposition. Malheureusement, on ne découvrira pas plus. Étonnamment, malgré l’ampleur du travail exposé, il n’y a aucune réelle surprise qui nous attend. Accrochée d’une façon assez froide, la scénographie de l’œuvre de cet artiste majeur ne respire pas l’univers artistique de l’époque, et ne questionne pas plus l’époque d’aujourd’hui. Les photos restent centrées sur elles-mêmes, dans un espace-temps neutre qui manque d’inspiration et rend ces chefs d’œuvres de la photographie et du nu presque impuissants.

Comme ces portraits accrochés au mur comme dans une grande bulle représentant le star-système new-yorkais, avec Andy Warhol au centre, encadré en croix. Ils restent assez pâles quant à leur puissance artistique dans cette époque mouvementée. Restent les très touchants portraits de Patti Smith avec laquelle il avait partagé la vie entre 1967 et 1970 et qui était son premier modèle. C’est elle qui avait poussé le jeune artiste Robert Mapplethorpe de faire lui-même les photos au lieu de découper les images des autres pour faire des collages. Mais quand la légendaire et toujours très vivante poètesse et rockeuse défend aujourd’hui son Robert, cela souffle, à l’instar de l’exposition, la nostalgie : « Robert au Grand Palais à Paris, c’est un rêve devenu réalité ».

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 Mapplethorpe, une exposition du 26 mars au 13 juillet au Grand Palais à Paris.

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