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Littérature

Décès du Prix Nobel de littérature Gabriel García Márquez

L'une des dernières photos de l'écrivain, sur le pas de la porte de sa maison le jour de son 87ème anniversaire en mars dernier, sa rose jaune porte-bonheur à la boutonnière.
L'une des dernières photos de l'écrivain, sur le pas de la porte de sa maison le jour de son 87ème anniversaire en mars dernier, sa rose jaune porte-bonheur à la boutonnière. REUTERS/Edgard Garrido
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Pour beaucoup, ses lecteurs et les autres, il était « Gabo », une manière de s’approprier cet écrivain touche à tout qui tutoyait les plus grands de son siècle à commencer par Fidel Castro dont il était un compagnon de route. Devenu, à 40 ans, un auteur classique de la littérature avec Cent ans de solitude, l'écrivain colombien Gabriel García Márquez est mort ce jeudi 17 avril 2014 au Mexique.

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Hospitalisé ces derniers jours à Mexico où il avait installé depuis une trentaine d’années son camp de base, Gabriel García Márquez avait célébré son 87e anniversaire début mars. Il s’était peu à peu retiré de la vie publique en raison de problèmes de santé après avoir marqué de façon inédite tant le monde des lettres que la sphère politique latino-américaine par ses œuvres et ses engagements.

L’ami des grands de ce monde

Gabriel García Márquez y son oeuvre phare « Cent ans de solitude ».
Gabriel García Márquez y son oeuvre phare « Cent ans de solitude ». Random House Mondadori.

Il a fréquenté le président français François Mitterrand et le Premier ministre espagnol Felipe Gonzalez, parlé de Faulkner et sans doute d’autres choses avec le président américain Bill Clinton, côtoyé les intellectuels les plus en vue de l’époque contemporaine comme Vaclav Havel, Edward Saïd et bien d’autres.

Cette proximité avec les cercles du pouvoir, son soutien indéfectible à Fidel Castro, son statut - accablant - de romancier à succès couronné par un prix Nobel de littérature en 1982 lui ont valu d’être considéré comme un intouchable en Colombie et plus généralement en Amérique latine, une sorte de figure tutélaire bien encombrante parfois notamment pour les jeunes générations d’écrivains. Elle lui valut aussi quelques fâcheries comme la brouille avec une autre grande figure de la littérature sud-américaine, le Péruvien Mario Vargas Llosa dont il fut un très proche avant que leurs engagements politiques réciproques ne les séparent.

L’écriture et la vie

Gabriel Garcia Marquez : « j'étais prêt à crever de faim pour être un écrivain »

« Ecrire des livres est une profession suicidaire, déclarait García Márquez. Aucune autre n’exige autant de temps, autant de travail, autant de dévouement, au regard des bénéfices immédiats qu’elle prodigue… On est écrivain comme on est juif ou noir. Le succès est encourageant, les faveurs du public sont stimulantes, mais ce n’est que du bonus, parce qu’un bon écrivain continuera toujours à écrire, quoiqu’il arrive, même si ses chaussures ont besoin d’être recloutées, et même si ses livres ne se vendent pas ». Jusqu’à la notoriété et l’aisance matérielle que lui assura Cent ans de solitude (paru en 1967), l’écrivain - et sa famille - vécurent parfois dans une grande pauvreté. Ainsi à Paris où il s’installa au milieu des années 1950 « quelques mois dont les jours passaient sans miséricorde » !

Annie Morvan : « Le réalisme magique est une expression inventée après la publication de Cent ans de solitude »

Né en 1927 à Aracataca, petit village de la côte caraïbe de la Colombie - le Macondo de Cent ans de solitude -, Gabriel García Márquez a été alternativement journaliste, écrivain et même scénariste. C’est dire s’il est avant toute chose un conteur d’histoires. Le titre de son autobiographie Vivre pour la raconter, parue en 2002, est déjà un manifeste. En préambule cette phrase : « la vie n’est pas ce que l’on a vécu mais ce dont on se souvient et comment on s’en souvient ». Les souvenirs de la riche vie de Gabriel García Márquez ont nourri son œuvre et son ambition de devenir un grand écrivain, le panthéon familial de son enfance et notamment son grand-père donnent chair à ses personnages comme le fameux colonel Aureliano Buendia, l’homme qui fabriquait des petits poissons d’or dans Cent ans de solitude.

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Ses récits tressent des liens entre réel et imaginaire, visible et invisible, le passé est revisité dix ou vingt fois au gré des œuvres, et ses souvenirs finissent par vivre leur propre vie. Au sujet de Cent ans de solitude, son biographe, le Britannique Gerald Martin écrit que García Márquez a pu écrire ce livre parce qu’il « a compris, par un éclair d’inspiration, qu’au lieu d’un livre sur son enfance, il devait écrire un livre sur ses souvenirs d’enfance ». De cette pâte, baptisée par les critiques littéraires « réalisme magique », Gabriel Garcia Marquez pétrira des romans savoureux, à la langue sonore et au phrasé limpide. Comme l’artisan, l’écrivain est aussi un travailleur acharné, pétrissant dans le secret, de longs mois, ses œuvres, malaxant la langue et ses sonorités, peaufinant l’architecture de ses récits.

Il est d’ailleurs un romancier finalement peu prolifique au regard de sa longue carrière et de son intense production littéraire. Une œuvre romanesque qui comporte une dizaine de titres dont certains majeurs comme Cent ans de solitude, L’automne du patriarche, Chronique d’une mort annoncée, Le général dans son labyrinthe, un hommage à Bolivar, le héros « libérateur » de l’Amérique latine ou encore Le journal d’un enlèvement inspiré de plusieurs affaires d’enlèvements en Colombie, notamment de journalistes.

Mais c’est avec Cent ans de solitude, son deuxième roman mais sa première œuvre majeure, saluée dans le monde entier et qui lui vaut notoriété même chez ceux qui n'ont jamais ouvert un livre, que García Márquez entre dans le cercle des « écrivains du boom », la galaxie des étoiles de la littérature latino-américaine des années 1970 : Julio Cortazar, Miguel Angel Asturias, Jorge Luis Borges, Alejo Carpentier, Mario Vargas Llosa, Carlos Fuentes, João Guimarães Rosa et les autres.

Carlos Fuentes : « Il y a des lecteurs de "Cent ans de solitude" partout dans le monde »

Raconter des histoires

Gabriel García Márquez (2è D) dans la salle de rédaction du journal El Nacional, Barranquilla, Colombie,1953.
Gabriel García Márquez (2è D) dans la salle de rédaction du journal El Nacional, Barranquilla, Colombie,1953. FNPI

Ecrire des histoires pour des romans, mais aussi pour des journaux, le premier métier de García Márquez ou encore pour le cinéma auquel il voue une passion au point de s’installer quelque temps à Rome, à Cinecittà, l’une des plus grandes usines à rêve au monde et d’écrire au Mexique ou en Colombie des scénarii de films. Il sera même jury au Festival de Cannes, sous la houlette de Giorgio Strehler. L’argent de la notoriété lui servira à financer un mouvement de gauche au Venezuela, pays frère, mais surtout à créer des écoles : de journalisme, en Colombie, pays où les journalistes ont payé un lourd tribut à la sale guerre contre le narcotrafic et à la violence politique, et de cinéma à Cuba. Ecoles dans lesquelles il exercera lui-même ses talents de conteur.

A (re)lire : Tout savoir sur le journaliste Gabriel García Márquez

Le jeune écrivain colombien Andres Burgos raconte comment il rencontra le « Maître » à Cuba, dans l’école de cinéma qu’il avait créée et comment il comprit que tout ce qui intéressait García Márquez, c’était de raconter des histoires. « A chaque fois que je veux expliquer quelque chose, je finis par raconter une histoire. Et, quand il n’y a plus personne pour écouter, je me la raconte à moi-même », dit-il à ses jeunes élèves.

Gabo a refermé son livre d’histoires.

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