Festival de Cannes 2014

On rit bien avec «Les Nouveaux sauvages» de Damian Szifron

Julieta Zylbergerg et Rita Cortese respectivement serveuse et cuisinière dans « Relatos Salvajes » (Les Nouveaux sauvages) de Damian Szifron.
Julieta Zylbergerg et Rita Cortese respectivement serveuse et cuisinière dans « Relatos Salvajes » (Les Nouveaux sauvages) de Damian Szifron. K&S Films & EL DESEO

Un véritable feu d’artifice d’histoires acides et surréalistes nous envoie l’Argentin Damian Szifron au Festival de Cannes avec Relatos Salvajes. Agé de 38 ans, il est le seul réalisateur de l’Amérique latine en lice pour la Palme d’or. Les Nouveaux sauvages (titre en français) réunit plusieurs épisodes autour du thème du pétage de plombs de personnes dans des situations vulnérables. Un portrait acerbe sur ce que le sentiment de l’injustice peut provoquer chez chacun de nous et la toute petite frontière qui nous sépare de la barbarie.

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C’est incontestablement le film qui a provoqué le plus de rires dans la compétition du Festival de Cannes. Relatos Salvajes nous sert des histoires à péter de plombs à un rythme infernal. Un crash test cinématographique pour les muscles zygomatiques. Avec un sens irréfutable pour l’action qui tue, Damian Szifron met en scène des situations de la vie quotidienne qui mène inéluctablement à la catastrophe.

Ca commence avec une scène anodine à bord d’un avion. Un critique de musique classique drague un mannequin. Il s’avère que monsieur connaît l’ancien petit ami de la belle et en parle avec un dégout exquis. Quand ils découvrent, qu’il y a encore d’autres passagers qui ont croisé et détesté l’homme en question, une institutrice, un psychiatre, un ancien de l’école…, c’est déjà trop tard. C’est l’ancien souffre-douleur qui a organisé le voyage et pilote l’avion à destination d’Apocalypse now.

Le deuxième épisode part d’un petit accrochage sur une route perdue dans les montagnes. Le chauffeur d’une limousine noire insulte le conducteur d’une petite voiture délabrée qui lui a barré la route. Suit alors un enchainement de violences d’une barbarie totale, mais présenté sous une forme de slapstick où même des coups et l’étranglement déclenchent l’hilarité.

Une gaieté malsaine rarement connue

Ce n’est pas un hasard que Damian Szifron s’est octroyé l’avatar du renard dans le générique du film. Avec une caméra qui bouge sans cesse et des dialogues ciselés qui forcent le trait, Damian Szifron introduit avec une intelligence distinguée chez les spectateurs une gaieté malsaine rarement connue. Comme dans cette histoire où la serveuse d‘un petit restaurant reconnaît dans un client l’homme qui avait poussé son père au suicide. Le résultat est aussi sanglant qu’un massacre à la tronçonneuse, pourtant qu’est-ce qu’on rit bien chez Szifron avec la recette de mort-aux-rats dans les frites et le couteau de la grosse cuisinière qui vide ce « connard » comme un poulet sous les airs de « Lady, Lady, Lady… »

Certaines scènes rappellent ATouch of Sin. Mais là où le Chinois Jia Zhang-Ke nous livre une fresque assassine valide pour toute une société et civilisation qui déraille, l’Argentin Damian Szifron s’arrête à des satires autour de cas individuels pour provoquer le rire.

Incroyablement réussi dans le genre de persiflage cruel figure aussi l’histoire du mariage survolté où la mariée découvre pendant la valse la maitresse de son mari. Elle se vengera en faisant suer sang et eau à son chéri dans une soirée qui se transformera en hôpital ambulant et comédie poignante. Il y a aussi le récit de l’ingénieur spécialisé en explosif qui perd toute son existence à cause d’une voiture mal garée et mise à la fourrière. Son sentiment d’injustice (« le marquage sur le sol était effacé ! ») est tel, qu’il rate l’anniversaire de sa fille, divorce de sa femme et perd son job à cause de ses bagarres stériles avec l’administration. Désespéré, il fait exploser le parking de la fourrière. « Bombita » finira bien en prison, mais il sera fêté comme un héros par la société entière.

Racheter la bêtise


Et pour finir bien : le père qui veut racheter la bêtise de son fils qui avait tué une femme enceinte avec la voiture paternelle. Le jardinier dévoué accepte de jouer l’assassin, le procureur et l’avocat ont donné aussi leur prix, mais les exigences des corrompus atteignent de tels sommets que le père se rend compte qu’il sera peut-être préférable pour sa bourse que son fils ira quand même en prison.

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