Festival de Cannes 2014

Un «Sommeil d’Hiver» profond et émouvant de Nuri Bilge Ceylan

« Winter Sleep » (Sommeil d'Hiver), de Nuri Bilge Ceylan.
« Winter Sleep » (Sommeil d'Hiver), de Nuri Bilge Ceylan. Festival de Cannes 2014

Un chef d’œuvre d’un cinéaste réputé pour ses recherches appuyées sur la nature humaine. Avec Winter Sleep (Sommeil d’Hiver), en lice pour la Palme d’Or, le réalisateur turc Nuri Bilge Ceylan nous invite dans un petit hôtel en Anatolie centrale pour parler d’un amour plus fort que le froid.

Publicité

Un enfant lance une pierre qui brise la vitre d'une voiture qui passe et nous voilà propulsés dans cette Anatolie chère au cœur de Nuri Bilge Ceylan. Cette steppe aride, hostile et enneigés représente beaucoup plus qu’un paysage à couper le souffle. C'est un véritable personnage avec ces maisons bâties dans la pierre et le rocher, ces chambres dotées de murs et plafonds galbés comme des grottes.

C’est un voyage d’hiver dans la steppe anatolienne. Solitaire et marqué par un amour non partagé, Aydin souffre que sa jeune épouse Nihal s’éloigne de plus en plus. Le petit hôtel qui permet de vivre confortablement dans cette région où tout semble hostile et difficile, n’est plus un refuge pour sa belle bien-aimée. « On vit en paix depuis deux ans, sans occuper l’un de l’autre ». Elle sent son corps et son esprit vidés par cette vie dans la dépendance d’un mari qu’elle ressent comme égoïste et cynique.

Lui-même, après 30 ans de métier, a fait une croix sur ses espoirs de devenir un comédien charismatique qui réussit. Alors il gère son auberge, accueille les touristes, rédige des chroniques sur la perte esthétique dans les villages anatoliens pour la revue local La Voix de la steppe, mais n’arrive pas à écrire le livre qui l’habite depuis si longtemps et dont il connaît déjà le titre : L’Histoire du théâtre turc.

Et puis il y a sa sœur qui s’est retirée chez lui, dans cet hôtel hérité du père, pour oublier son récent divorce. Elle passe son temps à verser toute sa morosité sur son frère jalousé et à philosopher : « Ne pas s’opposer au Mal ? Cela t’inspire quoi ? »

Le scénario est ciselé, raffiné comme la technique du nouage des tapis qui couvrent le sol. D'apparence simple et jolie, il s'y cache des milliers de fils tissés et de multiples nœuds. Les querelles entre habitants sont fréquentes et violentes et la seule richesse qui leur reste est souvent leur fierté. Les images tournées par Ceylan épousent le caractère d’un cheval anatolien : beau, fort et endurant.

De la générosité des comédiens naît un jeu d’acteur sublime, rigoureux et puissant. Et il y a aussi la durée de trois heures de film qui permet des longs plans-séquences incroyables rappelant la densité des films d’un Bergman : des dialogues portés par un regard et une langue de vérité ; des échanges habités par un gestuel qui émane de l’intimité du corps ; l’introspection psychologique qui décortique les fondements d’un couple ; le décor – le paysage, les maisons, mais aussi des livres, des tableaux, des photographies et des masques accrochés au mur- qui semble concentrer l’essence et l’expression d’une existence.

Il n’y a aucune larme qui tombera dans la neige anatolienne. L’amour survivra sous une forme renouvelée et l’art servira comme dernier refuge, encore plus solide que les maisons sculptées dans les rochers. Ainsi se termine Sommeil d’hiver, une odyssée initiatique.

Qui gagnera la Palme d’or 2014 ? Le classement au jour le jour
Festival de Cannes 2014: Les listes des films de la sélection officielle

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail